Nucléaire – Embrouilles à Malvési, Fessenheim et Flamanville

En septembre 2015, l'usine AREVA du site Malvesi, à quelques kilomètres de Narbonne, a été condamnée pour la deuxième fois, pour non respect des prescriptions en matière de prévention des pollutions atmosphériques, des eaux et du sol et en particulier sur la surveillance des rejets d’oxydes d’azote. Une première condamnation avait eu lieu en 2011, pour pollution des eaux. En parallèle, les atermoiements de l'exécutif dirigé par François Hollande depuis 2012, révèlent que la fermeture de la centrale de Fessenheim, promise par F. Hollande et demandée par de nombreux acteurs y compris outre-Rhin, pourrait être conditionnée à la mise en service de l'EPR de Flamanville, qui ne cesse d'accumuler échecs et retards.

L’usine de Malvési

Au milieu de l’agglomération Narbonnaise, à moins de 3 kilomètres du centre ville, l’usine AREVA de Malvési traite, depuis 1971, l’uranium naturel (yellowcake) et jusqu’en 1983 de l’uranium de retraitement (URT) pour le convertir en uranium enrichi. Au cours de ce processus sont produits des déchets, parmi lesquels des effluents liquides contenant des boues nitratées chargées en uranium naturel. « Ces effluents sont décantés et évaporés dans des lagunes. La boue est entreposée dans des bassins et le surnageant est évaporé dans des lagunes d’évaporation« , explique l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). Par ailleurs des oxydes d’azote sont rejetés dans l’atmosphère.

Cette usine, classée « Seveso seuil haut », traite environ ¼ du minerai d’uranium mondial c’est-à-dire la totalité de l’uranium consommé par les centrales nucléaires françaises.

Depuis sa création, le site de Malvési a connu divers accidents et dysfonctionnements qui ont entraîné la pollution de son voisinage.

AREVA / Malvési condamné pour la seconde fois

Le 10 septembre 2015, le tribunal correctionnel de Narbonne a condamné au civil l’usine AREVA / Malvési à verser 7 000 € aux associations France Nature Environnement et ECCLA (Association Ecologie du Carcassonnais des Corbières et du Littoral Audois) qui avaient assigné la société au civil. En effet, 20 infractions au code de l’environnement avaient été décelées depuis 2009. Ces infractions portaient notamment sur le non respect de certaines prescriptions en matière de prévention des pollutions atmosphériques, des eaux et du sol et en particulier sur la surveillance des rejets d’oxydes d’azote.

Rappelons qu’en 2011 la société avait déjà été condamnée à une amende de 60 000 euros pour pollution des eaux.

On ne peut qu’être inquiet quand au fonctionnement du site de Malvési et les explications de son directeur à l’issue du procès ne sont pas en mesure de nous rassurer. D’autant plus que la société AREVA connaît actuellement de sérieuses difficultés (5 Mds € de pertes en 2014 et projets de licenciement de 3 à 4000 personnes par le groupe). A Malvési, soixante suppressions de postes pourraient être envisagées.

Dans ce contexte de restriction, le projet ECRIN, (augmentation du stockage et des capacités de production) dont nous avons décrit les limites dans un article précédent, semble bien mal parti.

Des élus bougent  mais nous aurions aimé voir les signatures de plus de maires et d’élus de l’agglomération narbonnaise !

Nous publions ici une lettre ouverte adressée au gouvernement, à Areva et EDF ainsi qu’aux candidats-es aux élections régionales par des élus PCF, PG, EELV et des personnalités de la société civile pour que lors de cette campagne un vrai débat soit tenu sur le problème posé par Malvési.

 

Fessenheim / Flamanville : comment noyer le poisson !

Le 14 septembre 2012, François Hollande s’engageait à ce que la centrale de Fessenheim soit « fermée à la fin de l’année 2016, dans des conditions qui garantiront la sécurité des approvisionnements de cette région, la reconversion du site et la préservation de tous les emplois ».

Aujourd’hui il semble que cet engagement de fermer une vieille centrale qui connaît de nombreux incidents et problèmes se réduise finalement à un objectif aux délais flous. En mars 2015, F. Hollande expliquait que la centrale cesserait de produire « à l’horizon de la fin du quinquennat » (ndlr : on serait alors en 2017 !).

En juillet 2015, la loi sur la transition énergétique fixe un plafond des capacités électronucléaires au niveau actuel de 63 200 mégawatts (MW). Plafond veut dire maximum mais depuis, le discours officiel du gouvernement, relayé par EDF, présente ce maximum comme étant aussi un minimum. Ce qui signifie que la fermeture de Fessenheim devra être compensée par l’ouverture d’une nouvelle centrale ! Justement il y a l’EPR de Flamanville qui pourrait prendre le relais. Il est donc évident pour Ségolène Royal, (Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie !!) que Fessenheim fermera quand Flamanville produira…

Hélas le 3 septembre 2015, le PDG d’EDF annonce un retard dans l’achèvement de l’EPR de Flamanville qui reporterait sa mise en service au quatrième trimestre 2018 ! (ndlr : après les présidentielles). Donc en toute logique et selon Ségolène Royal, Fessenheim ne fermera que fin 2018 !

Si c’est Fessenheim qui ferme, ce qui n’est même pas sûr ! Car la fermeture de Fessenheim n’est pas mentionnée dans la loi sur la Transition énergétique ; ce n’est qu’une vieille promesse électorale de F. Hollande, tandis que S. Royal déclare récemment qu’elle laissera EDF choisir quelle ancienne centrale fermer…

Du côté allemand, où la fermeture de Fessenheim est souhaitée par tous car la centrale est considérée comme dangereuse (Fessenheim est construite en zone sismique au bord du Rhin à quelques centaines de mètres du Bade Wurtemberg), cette embrouille suscite colère et déception chez les élus et dans la société civile.

En France le lobby nucléaire n’a pas trop de soucis à se faire !

Le Collectif Citoyen Cuxanais pour le Clairon de l’Atax le 10/09/2015

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Malvési, voici ci-dessous 2 vidéos de la conférence organisée par Sortir du Nucléaire à Narbonne (SDN) le 21 février 2015. Intervention de Bruno Chareyron, Ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) 

Print Friendly, PDF & Email

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

Laisser un commentaire