AREVA / MALVESI – Nouvelle Usine : serions nous déjà enfumés avant que le premier panache ne sorte de la cheminée ?

La société AREVA se propose d'investir 80 millions d'euros dans un projet visant à détruire progressivement les centaines de milliers de mètres-cubes d'effluents radioactifs, accumulés sur le site de Malvési au cours d'une cinquantaine d'années d'exploitation. Une enquête publique réglementaire vient de s’achever sur un avis plutôt favorable à ce projet, mais l’association RUBRESUS met en doute, dans un rapport très bien documenté, la fiabilité et la sécurité de l’installation prévue par AREVA.

Malvési : bassins de lagunage AREVA et cathédrale Saint Just de Narbonne en fond d’image

L’usine AREVA (ex Comurhex) de Malvési, située à moins de 3 km à vol d’oiseau du centre de Narbonne, traite le minerai d’uranium importé par la France pour le fonctionnement de ses centrales nucléaires. C’est ainsi que, chaque année, ¼ de la production mondiale d’uranium passe par Malvési.

Des effluents nitratés, issus de ces opérations de raffinage, sont stockés à l’air libre dans des bassins jouxtant l’usine de Malvési. Celle-ci, en 50 ans de fonctionnement, a ainsi produit près de 350.000 m3 d’effluents pollués et radioactifs.

 

 

AREVA se propose à présent d’investir 80 millions d’euros pour construire, sur le site de Malvési (installation classée pour la Protection de l’Environnement – ICPE / rubrique SEVESO), une usine de traitement par incinération de ces effluents (voir ici notre précédent article sur le sujet). Une enquête publique réglementaire vient de s’achever sur un avis plutôt favorable à ce projet, mais l’association RUBRESUS (association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude, fondée en 1998) met en doute, dans un rapport très bien documenté, la fiabilité et la sécurité de l’installation prévue par AREVA.

Ce que RUBRESUS critique dans le projet AREVA / Malvési

Tout d’abord une minimisation de la complexité du processus de traitement intitulé « TDN ».  Il ne s’agit pas, comme le présente AREVA, d’un simple traitement thermique mais, selon le rapport RUBRESUS, «d’un procédé thermochimique complexe, qui se déroule à très haute température (850°C), sous des conditions réactionnelles spécifiques, qui s’apparente au reformage en chimie lourde de produits pétroliers ou de charbon».

Selon ce rapport, l’installation fonctionnerait en continu (7 jours / 7 et 24h/24). Les effluents seraient traités à raison de 2,5m3 / h soit 20.000 m3 /an.

AREVA explique vouloir traiter en priorité les déchets au moment de leur production, c’est à dire pendant le traitement de l’uranium («yellow cake»). Les 350 000 m3 de déchets stockés dans les bassins seraient traités petit à petit, ce qui prendrait une vingtaine d’années pour résorber le contenu des 50 ha de bassins (déchets qui continueront pendant ce temps à représenter un risque de pollution – ndlr).

Selon Rubresus, dans le procédé choisi par AREVA, la combustion de chaque litre d’effluent traité nécessite un apport de 275 gr de charbon, soit 5 700 t de charbon par an !

(le nucléaire n’est-il pas présenté par ses thuriféraires comme une alternative moins polluante aux centrales à charbon ? ndlr)

Le traitement des effluents produit à la fois des gaz et des déchets solides. Ces derniers représentent 12 000 tonnes / an, conditionnées en 6 000 «big bags» de 2 tonnes chacun et envoyés sur un site de l’ANDRA.

Les gaz produits seront traités dans un brûleur à 850°, puis par catalyse. Les fumées résiduelles seront émises dans l’atmosphère par une cheminée de 30 m de haut et de 0,95 m de diamètre. Compte tenu du régime des vents, c’est l’ensemble des communes riveraines qui sera concerné par le nuage permanent de ces fumées et, en période de  tramontane, ce sont les communes de Narbonne, Coursan, Fleury et Gruissan qui seront les plus exposées (une aubaine pour le tourisme ! – ndlr).

Selon Rubresus, le volume brut des fumées rejetées à 208° serait de 40 000 m3/h, avec un taux d’humidité de 35%. Il contiendrait 12 000 m3 de gaz sec.

Il y aura donc production en permanence d’un nuage qui sera visible de loin !
De même, la cheminée qui émettra ce nuage et le bâtiment abritant l’installation auront une hauteur correspondant à un immeuble de 11 à 12 étages. AREVA Malvési propose de créer un écran visuel «végétalisé» (sic) en limite de site, pour atténuer l’impact visuel de l’ouvrage sur le paysage environnant !!!

Mais les gaz rejetés avec les fumées ne constituent pas seulement une pollution visuelle : ils véhiculent toutes sortes de rejets toxiques, ce que minimise AREVA, tandis que RUBRESUS insiste sur leur importance.

Selon RUBRESUS les gaz rejetés seraient chargés, à des teneurs variées mais dépassant souvent la norme autorisée, en oxyde d’azote, protoxyde d’azote, dioxyde de souffre, monoxyde de carbone, acide chlorhydrique, acide fluorhydrique, ammoniac, métaux lourds, mercure, et poussières diverses…

Par ailleurs, le procédé d’incinération retenu par AREVA devrait, selon RUBRESUS, émettre des dioxines très toxiques (cf. catastrophe de SEVESO).

AREVA ne mentionne pas la production de dioxine dans la description du procédé TDN qu’elle souhaite mettre en œuvre. Pourtant cette production est confirmée par toutes les données scientifiques établies. Au contraire, AREVA assure que son procédé TDN ne produira aucun rejet de dioxine. Sur l’ensemble des données relatives au procédé TDN, AREVA admet cependant qu’il peut y avoir des différences, voire des erreurs, par rapport aux tests réalisés en laboratoire. Ce que RUBRESUS confirme en signalant que le procédé TDN / AREVA diffère de celui de la société américaine STUDSVIK qui a réalisé ces tests !!!!

Le dernier risque pointé par le rapport RUBRESUS est celui de l’explosion d’une poche d’hydrogène dans le réacteur TDN d’un volume d’environ 85 m3. Les conditions de fonctionnement de ce réacteur présentent un risque réel de commission d’une telle explosion.

Pourtant l’étude des dangers présentée par AREVA conclut à l’absence de risque tout en assurant que le réacteur résisterait à une telle explosion !

Une fois de plus nous sommes confrontés à une situation où le public est considéré comme incapable de comprendre les contenus et les enjeux d’un projet. Les promoteurs du projet, qu’ils soient publics ou privés, pratiquent alors la rétention d’information, la dissimulation de certaines données, voire profèrent des contre-vérités pour assurer le succès de leur entreprise, tout au long d’une démarche «réglementaire» de consultation visant à conférer à leur décision une apparence de démocratie.

Malheureusement pour ces entrepreneurs, leurs pratiques provoquent une défiance croissante et une contestation de plus en plus forte de leurs stratagèmes. Ce qu’ils oublient, c’est que la société dite « civile » dispose elle aussi d’une capacité d’expertise et de communication, comparable avec les moyens qu’ils déploient de leur côté. Dans ces conditions actuelles, les démarches de contournement du public s’avèrent donc particulièrement stupides et improductives. Au contraire, la coopération avec un public correctement informé, permettra de mobiliser de l’intelligence collective et de trouver des solutions adéquates à l’intérêt du plus grand nombre !

 

L’équipe de rédaction du Clairon de l’Atax le 18/12/2016

 

Vous pouvez consulter / télécharger ici le rapport de RUBRESUS mentionné dans cet article

Vous pouvez consulter ici le site de l’association RUBRESUS

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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