Traitement des nitrates par Areva Malvési/Narbonne : une réunion d’information passionnante !

Le jeudi 16 février 2017, le Collectif de Vigilance sur les Déchets de Malvési (Covidem) (*) a tenu à la Médiathèque de Narbonne une réunion publique d’information sur le projet de traitement des effluents nitratés (TDN) issus du raffinage du minerai d’uranium dont ¼ de la production mondiale est traité à l’usine de Malvési. La solution retenue par AREVA, parmi une vingtaine de procédés possibles, consiste à réaliser un traitement thermique de ces effluents, qui sont transformés d’une part en gaz, d’autre part en déchets solides. Les rejets gazeux issus de ce procédé sont diffusés par une cheminée de 30 mètres de haut au cœur de l’agglomération narbonnaise à moins de 800 m des premières habitations de la ville de Narbonne ! Ce projet TDN d’AREVA a été analysé par l’association Rubrésus (**) et relayé par le collectif Covidem. C’est le résultat de ce travail qui a été exposé lors de la réunion publique. Deux intervenants experts, le Dr Mariette Gerber et le Dr André Bories ont mis en évidence, devant une salle comble, la complexité du processus TDN retenu par AREVA, ainsi que le caractère particulièrement toxique des rejets gazeux qui menacent directement une population d’environ 80.000 habitants (pour le seul Grand Narbonne).

Photo floue – H.R.

Les rejets TDN Malvési seront de 5 à 10 fois plus importants que ceux de l’incinérateur d’ordures ménagères de Lunel qui dessert une population de 200.000 habitants

Dans son exposé, le Dr Bories, expert RUBRESUS en sciences de l’environnement, a fait l’inventaire de l’ensemble des émissions produites par le procédé de traitement thermique retenu par AREVA. Ce procédé, connu sur le nom de THOR (Thermal Organic Reduction), a été conçu aux Etats Unis et testé en laboratoire mais jamais en situation réelle de traitement des effluents type « Malvési » ! L’exploitation par RUBRESUS des chiffres fournis par AREVA dans son dossier de demande d’autorisation d’exploitation, indique que l’installation produira une grande quantité de rejets gazeux chargés de produits toxiques et de particules fines.

Ainsi, des rejets massifs de 40 000 m3/h devraient être émis par l’installation. Ces rejets seraient chargés d’oxydes d’azote (NOx = 38,88 tonnes/an), de dioxyde de soufre (SO2 = 19,44 tonnes / an), d’acide chlorhydrique (HCl = 3,8 kg/an), d’acide fluorhydrique (HF = 146 kg/an). S’y ajoutent des particules fines, des composés organiques volatiles (benzène, biphtalates, etc.) et probablement, comme pour tout incinérateur de cette nature, des rejets de dioxine qui n’ont pas été chiffrés par AREVA.

La comparaison des rejets atmosphérique de l’installation TDN projetée par AREVA avec les rejets de l’incinérateur d’ordures ménagères de Lunel-Viel (200 000 habitants desservis) fait apparaître que les émissions d’AREVA / Malvési seraient supérieures en flux annuels :

  • + 33% pour les oxydes d’azote (NOx),
  • + 470 % pour le dioxyde de souffre (SO2),
  • + 770 % en particules fines.

Enfin, ce procédé de traitement est extrêmement consommateur en ressources diverses. Pour traiter 20 000 m3 d’effluents, l’installation TDN :

  • consomme annuellement 80 000m3 d’eau et 5 700 tonnes de charbon,
  • produit annuellement 30 000 tonnes de gaz à effet de serre, ce qui va à l’encontre des orientations gouvernementales (COP 21 et loi de transition énergétique).

Le Dr Gerber, expert à l’ANSES et à l’INSERM, indique que les recherches sur les effets de ce type de pollution sont encore à poursuivre et à compléter. Toutefois, le caractère cancérogène de certains composants est actuellement reconnu. Il est aussi établi que certains composants comme les oxydes d’azote sont extrêmement nocifs pour la santé. Il existe différents types de toxicités : celles qui attaquent directement le métabolisme et qui ont des effets directs sur l’organisme (comme l’acide chlorhydrique, qui provoque des lésions pulmonaires) et celles qui entraînent des réactions en chaîne dans le métabolisme et qui provoquent des troubles différés. Ainsi il a été démontré que les particules fines (2,5μm) sont responsables de l’augmentation des morts prématurées, mais aussi de 33% des AVC chez les personnes exposées à ce type de pollution.

Enfin une étude de l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) a constaté une recrudescence des cancers dans un rayon de 5 à 15 km autour de l’incinérateur OM de Lunel (+ 49% de lymphomes et + 37% de cancers du poumon).

NDLR : une étude publiée en 2016 par la revue « Environmental Health Perspectives » (USA) et portant sur un échantillon de 9,5 millions d’américains âgés de plus de 65 ans assurés au système Médicare (***) a montré l’impact des PM 2,5 (les plus petites de particules fines) sur la franche recrudescence des maladies neuro-dégénératives : démences (Alzheimer et autres) & maladie de Parkinson. Ainsi, lorsque la concentration en PM 2,5 augmente d’un microgramme / m3 d’air, le risque d’être hospitalisé pour Parkinson augmente de 8% et de 15% pour Alzeimer.

Le traitement des déchets AREVA / Malvési: un dossier bien embarrassant

On ne peut que s’étonner de la présence d’une usine de traitement d’uranium si près d’une ville et au cœur d’une agglomération !

Lorsque l’usine fut implantée, à l’époque des « trente glorieuses », un climat d’euphorie entourait les prouesses scientifiques et techniques françaises (paquebot France, supersonique Concorde, et industrie nucléaire). Dans cette euphorie, en période de pleine expansion de la filière nucléaire, l’installation d’une usine (on disait «atomique») était vécue comme un emblème de modernité pour le territoire mais aussi comme une source d’emplois.

La situation a bien changé aujourd’hui. La filière nucléaire comme source idéale d’énergie est critiquée sous de nombreux aspects : sûreté et sécurité des installations, coût réel du kilowattheure produit, gestion des déchets produits. Après une période de stagnation, où de nombreux «savoir-faire» industriels ont été perdus, la filière a tenté de se relancer à la fois en développant de nouvelles technologies (EPR) et en modifiant la structure et l’envergure des entreprises EDF et AREVA qui la constituent. Dans les deux cas, ces tentatives n’ont pas eu le résultat escompté : des avatars technologiques et des erreurs de stratégie financière ont conduit AREVA à une situation de quasi faillite, tandis qu’EDF, très endettée, connaît de graves difficultés financières nécessitant l’injection de fonds publics.

C’est dans ce contexte que se situe le projet TDN / AREVA. Les intervenants de la réunion d’information publique ont mis en évidence les failles du projet TDN en l’état actuel : tant dans le caractère parcellaire et incomplet des études de faisabilité menées par AREVA que dans les non-dits et les irrégularités administratives du dossier de demande d’autorisation d’exploitation.

La société civile dispose de capacités d’expertise performantes qui se mobilisent de plus en plus : Rubresus et le Covidem en sont un exemple tout à fait remarquable puis qu’ils ont alerté les autorités sur les failles et manques de ce dossier dont l’instruction semblait jusqu’alors suivre un cours favorable. L’arrêté de surseoir à exécution jusqu’au 9 mai 2017, pris par le Préfet de l’Aude, illustre l’embarras de l’administration prise en défaut par une expertise citoyenne.

Il s’avère ainsi de plus en plus difficile de manipuler l’opinion dans les simulacres de consultation orchestrés par des intérêts politiques ou économiques particuliers.

Au cours du débat qui a clos cette réunion d’information, beaucoup d’intervenants, dans le public, ont remarqué l’étonnante discrétion des élus de la Narbonnaise à débattre publiquement du projet AREVA/TDN qui pose a minima de gros problèmes de pollution et de santé publique.

Rappelons que RUBRESUS et le COVIDEM ne s’opposent pas au principe du traitement des effluents nitratés de Malvési, mais qu’ils rejettent fermement le procédé THOR actuellement choisi par AREVA.

Compte tenu du succès de cette manifestation qui a fait salle comble – ce qui témoigne à n’en pas douter et de l’efficacité de la mobilisation du COVIDEM et de la réalité de l’inquiétude des citoyens – tandis que de nombreuses personnes sont restées à l’extérieur (60 personnes n’ont pas pu entrer), les organisateurs comptent poursuivre et élargir leur travail d’information, notamment en organisant d’autres réunions publiques d’information, ce qui est certainement justifié très au-delà du seul territoire du Grand Narbonne, terre de vents.

L’équipe de rédaction du Clairon de l’Atax le 20/02/2017

(*) COVIDEM: courriel = covidem@gmx.fr

(**) RUBRESUS est une association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude, fondée en 1998. Elle dispose d’une capacité d’expertise bénévole et indépendante sur une variété de problèmes comme : la prévention des risques d’inondation, les nuisances sonores, l’eau potable, etc. La qualité de son action lui a apporté la reconnaissance des autorités qui la consultent sur certains dossiers…
Pour en savoir plus : www.rubresus.org

(***) Medicare est le système d’assurance-santé géré par le gouvernement fédéral des États-Unis au bénéfice des personnes de plus de 65 ans ou répondant à certains critères.

Print Friendly, PDF & Email

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

Laisser un commentaire