AREVA / Malvési : une intéressante réunion d’information des élus et du public à Narbonne

Suite aux alertes répétées concernant le projet TDN d'AREVA, alertes lancées par l’association narbonnaise RUBRESUS et le collectif COVIDEM, le maire de Narbonne a décidé d’organiser, le 6 avril 2017, une réunion d’information du conseil municipal, ouverte au public. Le Dr André Bories pour l’association Rubresus, l’ingénieur Yves Lenoir, expert en énergie nucléaire, Maryse Arditi présidente de l’association ECCLA et le Dr Mariette Gerber étaient invités à développer leurs arguments.

Conseil Municipal de Narbonne (06/04/2017) : info sur Malvési (Photo HR)

L’entreprise AREVA envisage de traiter les effluents nitratés issus du traitement du minerai d’uranium qui sont stockés sur son site de Malvési depuis plus de 50 ans, par un procédé expérimental américain dénommé THOR (Thermal Organic Reduction).

Suite aux alertes répétées concernant ce projet, lancées par l’association narbonnaise RUBRESUS (*) et le collectif COVIDEM (*), le maire de Narbonne a décidé d’organiser, le 6 avril 2017, une réunion d’information du conseil municipal, ouverte au public.

Le Dr André Bories pour l’association Rubresus, l’ingénieur Yves Lenoir, expert en énergie nucléaire, Maryse Arditi présidente de l’association ECCLA (*) et le Dr Mariette Gerber, étaient invités à développer leurs arguments.

Après les exposés clairs et précis d’André Bories et Yves Lenoir sur la nature et le caractère toxique des rejets issus de ce procédé de traitement, l’intervention volubile et verbeuse de madame Arditi a semé la confusion dans l’auditoire et soulevé de nombreuses protestations ; elle a de plus raccourci le temps d’intervention du Dr Gerber (ANSES / INSERM) (*) empêchant ainsi le public d’entendre l’exposé détaillé du Dr Gerber sur les effets néfastes à la santé de la population de la Narbonnaise qui seraient générés par l’installation projetée par AREVA.

L’histoire, le contexte

L’usine AREVA Malvési a été crée il y a plus de 50 ans, pendant la période d’essor économique dite des « trente glorieuses » (1946 /1975), où la technologie française semblait devoir redorer le blason de la France (paquebot France, avion Concorde, usines « atomiques »).

Le nucléaire civil était alors paré de toutes les vertus et signifiait le progrès et l’indépendance énergétique. C’est pourquoi l’implantation d’une usine « atomique » dans l’Aude, obtenue de haute lutte par un élu local, avait été considérée à l’époque comme un avantage important pour ce territoire faiblement industrialisé.

Le désenchantement vis-à-vis du nucléaire civil ne s’est fait que progressivement, au fur et à mesure qu’apparaissaient difficultés et dysfonctionnements (nécessité d’importer le minerai d’uranium, question des déchets produits par la filière, pannes diverses, accidents multiples et parfois majeurs, coût réel de l’énergie produite, etc.). Ainsi le nucléaire est devenu actuellement objet de défiance pour une grande partie de l’opinion, d’autant plus que le poids de la filière et l’action des lobbies qui la soutiennent, ont causé un retard de la France dans le développement des énergies renouvelables. Enfin une succession d’erreurs stratégiques, financières, politiques a placé les deux principaux opérateurs de la filière, EDF et AREVA, dans une situation de quasi faillite, tandis que son savoir-faire technologique se trouvait remis en cause par divers incidents et malfaçons. C’est dans ce contexte que se situe le projet de création d’une installation de Traitement Des effluents Nitratés (TDN) par AREVA Malvési.

Le projet TDN AREVA / Malvési

L’usine de Malvési, située en plein cœur de l’agglomération narbonnaise, traite actuellement ¼ de la production mondiale d’uranium destinée aux centrales nucléaires. Ce traitement a produit jusqu’à présent 350 000 m3 de déchets pollués et radioactifs, stockés dans 50 ha de bassins à ciel ouvert.

Ce sont ces déchets, ainsi que ceux, nouveaux, produits par le fonctionnement continu de l’usine de Malvési, qu’AREVA se propose de traiter avec ce procédé TDN. Le traitement par le système THOR retenu par AREVA produira en continu, 7 jours / 7, des fumées (40 000 m3/h) contenant des gaz (12 000 m3 de gaz sec) et des déchets solides (12 000 tonnes/an).

Le travail d’analyse présenté par Rubresus fait l’inventaire des éléments chimiques et radioactifs dispersés dans l’air par le procédé THOR, tandis que l’intervention du Dr Gerber en explique la toxicité (voir le dossier AREVA/Malvési- dans la rubrique « dossiers » du Clairon de l’Atax).

La situation actuelle du projet AREVA

Après une procédure de consultation réglementaire, sur la base d’une étude fournie par AREVA et suite à un vote favorable du Conseil Municipal de Narbonne, le Préfet a accordé le permis de construire à l’installation projetée par AREVA.

Les décisions des autorités publiques, qui ne disposent pas en propre des moyens d’analyse de ce type de projet, ont été prises sans qu’il y ait eu une expertise contradictoire faite par un organisme indépendant.

Le dossier aurait pu suivre son cours sans débat et déboucher sur une autorisation de mise en service si l’association RUBRESUS, qui dispose en son sein des capacités d’analyse de ce type de projet et le collectif COVIDEM n’avaient alerté l’opinion et les autorités sur la base d’un dossier fourni et argumenté.

Mais pour autant n’est-il pas trop tard pour stopper la réalisation du projet AREVA ?

Les recours prévus par la procédure réglementaire étant dépassés, la pression de l’opinion publique et l’intervention des élus restent le seul moyen de stopper le projet AREVA qui menace la Narbonnaise et ses environs.

Les interventions du Docteur Gerber et de MM Bories et Lenoir ont fourni des informations et des arguments contradictoires au dossier présenté par AREVA. C’est dans ce contexte que l’intervention de Madame Arditi a été particulièrement contre-productive sur la forme comme sur le fond.

  • sur la forme : la volubilité, la familiarité, les anecdotes personnelles employées pour mettre en valeur l’oratrice ont pris le pas sur la cohérence et la clarté de sa démonstration,
  • sur le fond : dans son argumentation, Madame Arditi faisait valoir que les futurs rejets toxiques mentionnés par MM Bories et Lenoir ne représentaient qu’une faible proportion de ce qui était déjà actuellement rejeté par l’usine de Malvési et que ça ne changeait donc pas grand-chose !Faut-il donc en rajouter encore plus à ce qui est déjà nocif ?Dans la même rhétorique, elle se référait aux rejets de la cimenterie de Port la Nouvelle (sans toutefois les quantifier par des chiffres précis), selon elle infiniment plus importants que ceux projetés par AREVA !Enfin elle notait qu’AREVA avait été capable de diminuer ses émissions polluantes d’une année sur l’autre et qu’il lui semblait donc possible de demander à AREVA de continuer son effort pour maintenir le niveau actuel d’émissions, même après avoir mis en service le procédé THOR ! On ne peut imaginer argument plus flou et plus fumeux et plus facilement contournable par l’industriel « compréhensif » !

Si un tel discours est susceptible de semer le doute et démobiliser, il faut remarquer que dans le cas présent il a surtout suscité des réactions hostiles au sein du public. Il faut dire que l’exercice était difficile pour Madame Arditi qui se trouvait en position délicate puisque, lors de l’enquête publique, elle avait cautionné le projet AREVA et que ce feu vert était par la suite cité comme argument par le directeur d’AREVA Malvési (Journal Midi Libre du 1er Mars 2017).

Cette situation renvoie au problème général des procédures réglementaires de consultation : comment sont choisis les représentants associatifs et « experts divers », sur quels critères, que représentent-t-ils réellement, etc. ?

En tout état de cause et malgré cette péripétie, la contestation du Projet THOR / AREVA prend de l’ampleur. Gageons que la pression de l’opinion saura infléchir les autorités responsables de la santé et du bien être publics !

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 08/04/2018

Vous pouvez retrouver ici l’ensemble des vidéos enregistrées au cours de ce Conseil Municipal extra-ordinaire.

 

(*) RUBRESUS est une association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude, fondée en 1998. Elle dispose d’une capacité d’expertise bénévole et indépendante sur une variété de problèmes comme : la prévention des risques d’inondation, les nuisances sonores, l’eau potable, etc. La qualité de son action lui a apporté la reconnaissance des autorités qui la consultent sur certains dossiers…
Pour en savoir plus : www.rubresus.org

(*) COVIDEM : Collectif de Vigilance sur les Déchets de Malvési ; courriel = covidem@gmx.fr

(*) ECCLA : Ecologie du Carcassonnais des Corbières et du Littoral Audois (http://www.eccla-asso.fr/)

(*) ANSES = Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
INSERM = Institut national de la santé et de la recherche médicale

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire