AREVA / Malvési : Traitement des effluents nitratés, quelle solution choisir ?

Les 350 000 m3 d’effluents nitratés stockés au cœur de la communauté d’agglomération du Grand Narbonne, mais aussi les effluents produits actuellement et à venir par l’installation nucléaire de Malvési, présentent d’importants risques de pollution dans une aire urbaine de 130.000 habitants dont la population s’accroît en continu. Le traitement de ces résidus s’avère urgent et indispensable. Après un quart de siècle de recherches et de tergiversations, AREVA projette un traitement de ces effluents par pyrolyse, selon un procédé breveté aux USA et dénommé THOR (Thermal Organic Réduction). Ce projet THOR d’AREVA a passé toutes les étapes de la procédure réglementaire relative à ce type d’installation, lorsque RUBRESUS, une association citoyenne de protection et desauvegarde de l’environnement, lance l’alerte : le procédé THOR produit plus de pollution qu’il n’en traite et présente un danger supplémentaire en matière de santé publique. Dans le même temps RUBRESUS expose une solution alternative plus simple et plus efficace.

Ainsi deux logiques s’affrontent : une logique «industrielle» portée par l’entreprise AREVA et une logique où prime le souci de sécurité et de santé publique, portée par RUBRESUS (*).

Le procédé THOR porté par AREVA (**)

A l’examen du dossier présenté par AREVA on constate plusieurs défauts importants :

  • le dossier est incomplet et ne décrit ni ne mesure tous les éléments produits par le procédé,
  • le procédé n’a jamais été exploité à l’échelle industrielle avec des effluents réels des bassins (nitratés et radioactifs),
  • le traitement thermique transforme les effluents en oxydes d’azote (NOx) qui nécessitent d’être dilués dans une masse considérable d’air. Ceci se fait en mobilisant des ressources considérables (eau, charbon, gaz, électricité). Ainsi, en une heure, 2,5 m3 d’effluents traités produiraient 40 000 m3 de rejets gazeux,
  • le traitement thermique des effluents stockés multiplie les éléments polluants au lieu de les réduire :
    • oxydes d’azote (NOx),
    • particules fines, oxyde de soufre, ammoniac,
    • Composés Organiques Volatils (COV), benzène, DEHP,
    • bis-phtalates, métaux lourds et probablement dioxines.
  • Alors que les effluents étaient jusque là circonscrits sur le site de Malvési, ces nouveaux éléments polluants et dangereux pour la santé publique sont dispersés sur une aire beaucoup plus vaste par les fumées de l’installation projetée.
  • les matières premières et l’énergie utilisées pour faire fonctionner le procédé THOR ne créent aucune ressource utilisable,
  • le procédé THOR implique un risque non négligeable d’explosion

Schématiquement, le procédé THOR revient à chauffer les effluents nitratés qui émettent des gaz toxiques et radiotoxiques que l’on dilue dans des masses considérables d’air !

La solution alternative proposée par RUBRESUS

Il s’agit d’utiliser un savoir-faire déjà pratiqué par l’usine de Malvési :

  • extraire le nitrate au moyen d’un solvant. Les effluents ainsi traités permettent d’obtenir de l’acide nitrique concentré, qui sera réutilisable sur place pour produire le précurseur du combustible nucléaire UF4,
  • de la même manière, l’ammonium est récupéré par un système de lavage à la vapeur (« stripping ») et l’ammoniac ainsi produit peut-il aussi être recyclé dans la production de tetra-fluorure d’uranium (UF4) qui est l’activité de base de Malvési,
  • le technétium, élément radioactif à longue durée de vie mais à faible rayonnement, contenu dans les effluents stockés à Malvési peut être extrait en amont par précipitation des effluents,
  • enfin, les déchets solides résiduels sont produits par des techniques simples : cimentation et malaxage.

Dans la proposition de RUBRESUS, il s’agit donc de recourir à des techniques éprouvées et fiables : elles présentent de nombreux avantages :

  • cette solution alternative met en œuvre des procédés connus et exploités industriellement de longue date,
  • l’impact environnemental du procédé est faible (peu d’émissions atmosphériques),
  • la majorité des éléments produits par le traitement des effluents est recyclable dans le processus de production de l’usine,
  • les déchets solides sont produits par des techniques peu consommatrices en matières premières en eau et en énergie,
  • les déchets solides et faiblement radioactifs sont relativement peu importants, ce qui facilite leur transport en centre de stockage,
  • le recours à des savoir-faire existants simplifie la mise en place et le fonctionnement de l’équipement,
  • l’installation ainsi réalisée requiert un personnel aux compétences équivalentes à celles nécessaires à la mise en œuvre du procédé THOR.

Les raisons d’un choix

La comparaison des deux solutions mises en avant pour le traitement des effluents nitratés de Malvési se fait en faveur de la solution proposée par RUBRESUS, si l’on se réfère à un point de vue logique où l’intérêt général la sécurité et la santé publique priment. Le choix de la solution THOR par AREVA semble procéder d’une autre logique où priment d’autres intérêts.

En tout état de cause le problème de fond reste posé : doit-on maintenir et développer l’usine nucléaire de Malvési au cœur d’une agglomération en expansion sur la façade littorale de l’Aude ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 15/04/2017

(*) RUBRESUS est une association de protection et sauvegarde de l’environnement des Basses Plaines de l’Aude, fondée en 1998. Elle dispose d’une capacité d’expertise bénévole et indépendante sur une variété de problèmes comme : la prévention des risques d’inondation, les nuisances sonores, l’eau potable, etc. La qualité de son action lui a apporté la reconnaissance des autorités qui la consultent sur certains dossiers…
Pour en savoir plus : www.rubresus.org

(**) Le procédé THOR – pour en savoir plus, vous pouvez télécharger

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