AREVA / Malvési : l’opposition au projet THOR s’amplifie…

Mais pour autant il ne faut pas baisser la garde !

Vendredi 30 juin 2017, une manifestation de citoyens et de représentants des associations COVIDEM et RUBRESUS, faisait pacifiquement le siège de la sous-préfecture de Narbonne afin de remettre à Madame la sous-préfète Béatrice OBARA, une pétition signée par près de 10 000 habitants de la Narbonnaise qui s’opposent au dispositif de traitement thermique «THOR» qu’AREVA NC projette d’installer dans son usine nucléaire de Malvési, située aux portes de Narbonne, afin de traiter 350 000 m3 d’effluents et de boues nitratées, issus de son activité passée et présente. Une délégation fut reçue dans l’après midi par Madame la sous-préfète : chacune des parties exposant son point de vue lors de cet entretien…

Photo JFL

Le traitement de ces déchets participe de la problématique, toujours pas résolue, qui concerne l’ensemble de la filière nucléaire : que faire des déchets produits ? Cette question semble avoir été longtemps éludée, voire ignorée, par les concepteurs et acteurs de cette filière; une réponse sensée et fiable devient urgente compte tenu du volume des déchets accumulés, mais aussi des futurs déchets issus du démantèlement prochain des réacteurs en fin d’activité…

Le procédé THOR vise à transformer par combustion une partie des effluents stockés à Malvési en fumées, réputées inoffensives en termes de santé publique, et de les disperser dans l’atmosphère autour de son usine. Le reliquat solide, issu de cette combustion, serait de moindre importance et donc plus facile à stocker…

C’est suite à un processus réglementaire de consultation publique, étayé par une enquête d’impact réalisée par AREVA, et supervisé par les services de l’État,  que les autorités locales ont accordé le permis de construire à cette installation.

L’analyse du dossier, faite ultérieurement par des associations locales disposant des capacités techniques nécessaires, a révélé le caractère incomplet, voire superficiel, de l’étude présentée par AREVA NC et remis en question le bien fondé des décisions publiques qui accordaient le feu vert à cette installation.

Dès lors, l’alerte lancée par ces associations a entraîné une mobilisation croissante de l’opinion. Des conférences/débats avec des experts reconnus dans le domaine de la santé publique, mais aussi du nucléaire, ont sensibilisé le public ainsi que les élus locaux sur les dangers de ce projet d’AREVA NC, alors qu’il existait des solutions alternatives…

Si le permis de construire accordé par la ville de Narbonne autorise désormais  le démarrage des travaux, la mise en service de cette installation « THOR » nécessite l’obtention d’un feu vert du Préfet. Compte tenu de l’opposition croissante de la population et d’un certain nombre d’élus, le Préfet a édicté deux sursis à statuer dont le dernier prend fin au 9 août 2017. Désormais une course de vitesse est engagée pour stopper le processus d’autorisation et reprendre le dossier en le basant sur des études complémentaires faites par une expertise indépendante d’AREVA NC.

C’est ainsi que, le 27 juin, le député européen Eric Andrieu a adressé un  courrier à Nicolas Hulot, ministre de l’environnement, ainsi qu’un courrier au préfet de l’Aude et dans lesquels il demande de surseoir à la décision d’autoriser l’exploitation du procédé THOR par Areva NC.

C’est ainsi que, le 30 juin, suite aux échanges entre D. Codorniou maire de Gruissan (**) et Vice-président et président du groupe PRG et Madame Carole Delga, Présidente de la région Occitanie, le conseil régional a voté en assemblée plénière un vœu « pour un moratoire de suspension sur l’installation du nouveau procédé́ de traitements de déchets » par 122 voix Pour, 15 Contre et 5 Abstentions.

Des motions, votées par les conseils municipaux des communes du Grand Narbonne, menacées par le projet (Sallèles d’Aude, Gruissan, Moussan, St Marcel, Coursan, Vinassan, Armissan, …), ainsi que celui de la ville de Narbonne, ont émis des vœux analogues.

C’est ainsi que, le 10 juillet, le député européen José Bové c’est rendu sur le site de Malvési et dans la commune limitrophe de Moussan. Après information et échanges avec le groupe des lanceurs d’alerte et le public, le député européen a exprimé son soutien à une solution alternative de traitement par extraction des nitrates et envisagé les actions à entreprendre au niveau national comme au niveau européen (voir ici le communiqué publié dans cette édition).

De la même manière, une partie du monde économique local (filière viticole, hôtellerie, tourisme) a fait part de ses préoccupations quant aux conséquences néfastes d’une telle installation.

Enfin le 12 juillet, par un arrêt inédit, le Conseil d’État (la plus haute juridiction administrative française) a enjoint au gouvernement d’agir dans les meilleurs délais contre la pollution de l’air aux particules fines PM10 et au dioxyde d’azote : « Il est enjoint au Premier ministre et au ministre chargé de l’environnement de prendre toutes les mesures nécessaires pour que soit élaboré et mis en œuvre (…) un plan relatif à la qualité de l’air permettant de ramener les concentrations en dioxyde d’azote et en particules fines PM10 sous les valeurs limites fixées par le code de l’environnement »…

Cette injonction du Conseil d’État (sensibilisé par les 48 000 morts prématurées par an, suite à la pollution atmosphérique) est de nature à menacer la réalisation du projet THOR par AREVA NC puisque, à partir des données établies par l’étude d’impact, on estime l’émission de dioxyde d’azote à 38 880 kg NOx/an (soit 1 550 tonnes en 40 ans) et l’émission de particules fines à 3 880 kg de particules fines/an (155 tonnes en 40 ans), serait respirée par les habitants de l’agglomération narbonnaise et des communes alentours.

Dans le rapport de force entre ceux qui sont favorables au projet THOR et ceux, de plus en plus nombreux, qui s’y opposent, l’issue reste incertaine. Les considérations relatives à la santé publique l’emporteront-elles sur le soutien que l’État devrait une fois de plus apporter à une entreprise si souvent défaillante dans son histoire récente ? Le préfet, qui représente l’État est aux avant-postes : il  lui faudra beaucoup d’habileté pour ménager à la fois la chèvre et le chou et satisfaire ceux qui l’emploient et décident de sa carrière… Dans un tel contexte, la société civile et les associations citoyennes doivent redoubler de vigilance et maintenir leurs capacités de réaction…

Information de dernière minute !

Le préfet de l’Aude vient de diffuser un communiqué en date du 19 juillet dans lequel il annonce avoir « pris deux initiatives » : la première consistant à demander à la société AREVA une note complémentaire sur les alternatives techniques au procédé THOR, assortie d’explications justifiant son choix actuel. La seconde de surseoir à la convocation du CODERST de l’Aude, l’instance départementale censée donner son avis sur l’autorisation d’exploitation du procédé THOR, en attendant les résultats des informations complémentaires demandées par le préfet.

Par ailleurs, le préfet a nommé deux experts réputés « indépendants », qu’il charge de réaliser un rapport « afin que la volonté de transparence et d’objectivité qui aura guidé l’instruction de ce dossier soit complète ». Sur la base de ces rapports rendus en septembre 2017, le CODERST pourra donner son avis à partir duquel le préfet prendra sa décision d’autoriser ou non la mise en exploitation de l’installation…

Cette communication du préfet appelle plusieurs remarques. Tout d’abord la désignation des experts a été faite de la seule initiative du préfet (après consultation de la DREAL qui a montré les limites de ses capacités en la matière lors de l’enquête initiale), sans concertation avec les associations engagées dans ce dossier et contrairement aux souhaits exprimés par les élus et les personnalités qui se sont prononcées sur ce dossier…. On peut ensuite se poser des questions sur l’indépendance des experts choisis, d’autant plus que le contenu de la commande qui leur a été faite n’a pas été rendu public par le préfet. Heureusement, les travaux de l’IRSN bénéficient généralement d’une réputation de sérieux et d’objectivité. Il ne reste plus qu’à souhaiter que le rapport des experts soit, dès sa remise au préfet, largement diffusé au public, aux élus et aux associations concernées.

H.R. pour le Clairon de l’Atax le 19/07/2017

Merci à JFL pour sa contribution et à AB pour ses conseils et informations

Print Friendly, PDF & Email

1 commentaire

Les deux derniers paragraphes indiquent clairement qu’il est urgent d’attendre….
D’un autre côté, nous revenons de l’Ariège où l’on trouve une opposition farouche à l’installation d’un « champ » d’elioliennes! Va comprendre…. Pas d’énergies alternatives mais pas de nucléaire non plus !! Retour a la bougie?

Laisser un commentaire