Grandeur, déchéance et résurrection de la Carotte

Ou comment redonner vigueur et fraîcheur à des carottes ramollies par la disgrâce d'un oubli prolongé

C’est l’histoire d’une mésaventure ordinaire, qui m’arrive encore trop souvent. A vous qui me lisez, peut-être aussi.

L’histoire d’une magnifique botte de carottes, achetée sur le marché.
Des carottes d’un orange éclatant, fermes à souhait et couronnées de leurs fanes vertes et fournies.
Promesse de plats délicieux, en purée, en julienne de légumes, en salade ou en houmous de carottes.

Aussitôt rentré du marché, les belles sont rangées, avec leurs congénères, qui dans le bac à légumes du réfrigérateur, qui dans un cellier ou tout autre endroit approprié à leur conservation.
Rangées soigneusement certes, mais trop souvent oubliées…

Vient alors le temps d’une lente mais sûre déchéance. Hors de ma vue et de mon attention, les carottes, autrefois fières et superbes, défraîchissent, s’amollissent, perdant couleurs et fermeté.

Et lorsqu’enfin je me rappelle leur existence, c’est pour constater avec effroi les funestes conséquences de mon oubli et de ma légèreté.

Vite alors, je décide de les arracher à leur triste sort, les sépare de leurs fanes et me mets en devoir de les éplucher afin de les cuisiner.
Mais allez éplucher une carotte toute ramollie…
Quelle que soit la qualité de l’ustensile utilisé, la belle se montrera rétive à toute tentative et je ne réussirai au mieux qu’à l’écorcher consciencieusement, cela me prendra un temps fou et il me restera au final des légumes fort endommagés, impossible à cuisiner crus, pour tout dire fort piteux.

Cela ne vous rappelle rien ?

Un jour que pareille mésaventure s’était encore produite, je décidai d’en appeler aux forces invisibles, par le truchement d’une méditation sur le sort de ces chères et malheureuses victimes de ma négligence.

Et c’est au cœur de ma méditation profonde qu’une voix puissante et grave se fit entendre, proférant sentencieusement ces mots, qui resteront à jamais gravés dans mon esprit :

Les carottes non pelées
Dans un récipient tu mettras
D’eau tu les couvriras
Au réfrigérateur, le récipient tu placeras

De patience tu t’armeras
Car ta punition durera
Entre une demie et une pleine révolution de la Terre sur elle-même

Alors seulement
Le réfrigérateur ouvriras
Et les carottes retireras

Va
Fais
Et que l’on ne te reprenne plus
A ainsi négliger les fruits
De la nature et du labeur du cultivateur réunis

Tout tremblant de cette révélation, je sortis lentement de ma méditation, fis comme il m’avait été prescrit et, miracle…
Au bout d’une douzaine d’heures, mes carottes avaient retrouvé couleur, saveur et fermeté.
Pleurant de joie, je les pelai avec amour et respect, aussi facilement que si elle eussent été fraîchement cueillies. Je les cuisinai puis les dégustai en chantant des actions de grâce aux forces invisibles, non sans avoir au préalable prélevé une part du mets, déposée religieusement dans un petit bol placé sur un autel.

La nuit suivante, mon sommeil fut troublé par la voix qui m’avait si précieusement guidé. Dans un état étrange, entre sommeil et éveil, j’entendis clairement ces paroles :

Ta faute est pardonnée
Ô homme respectueux
Des forces invisibles

Par ton respect des préceptes sacrés
Tu as redonné vie et vigueur aux légumes abandonnés
Sois en remercié
Au nom de tous les légumes injustement oubliés

Sache toutefois que
Pour mon auguste palais
Il faudrait moins de sel
Et plus d’épices subtilement mélangées.

Va
Ne pèche plus
Et apprends donc à cuisiner

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2 commentaires

Merci, Jean pour ce tranfert de message des forces invisibles. Je dois avouer que le conseil m’est précieux. Les carottes et moi même te remercions pour relever tenue et honneur associés selon que l’on en visage la peau, la face ou la convive fourchette.
Très bien aussi la présentation de la boutique de Carole .
Sympa d’avoir ces signes de vous. Gros bisous de Strasbourg en soleil aujourd’hui. Sophie

Hi, hi !… J’ai bien ri ! Bravo, Jean ! (Et merci pour le « tuyau »)

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