Narbonne – Présentation du projet de Salle Multimodale par le Maire Mouly

Le projet de salle multi-modale, d'une capacité de 5 000 places, pour un budget de plus de 23 millions €, a été présenté par M. Mouly, actuel maire de Narbonne, au cours d'une réunion "de concertation" qui s'est tenue le 20 septembre 2017. Fragilisé par plusieurs recours, ce projet, s'il est mis en œuvre, risque de grever le budget d'une ville à faible capacité d'endettement, et illustre le peu de cas que fait l'actuelle équipe municipale des autres besoins non satisfaits de la municipalité, du mauvais état des équipements existants et des avis exprimés par les citoyens et les associations présents à cette réunion. Une autre vision du projet est pourtant possible, intégrant les équipements existants à rénover.

Le mercredi 20 septembre 2017, M. Mouly et sa majorité municipale avaient convié les narbonnais à une réunion de «concertation» relative à son projet de salle multimodale.

Dans un 1er temps, M. le Maire expliqua avec force diapositives peu lisibles qu’il s’agissait de construire une grande salle modulable pouvant contenir jusqu’à 5 000 places, destinée à accueillir des spectacles culturels et des manifestations sportives d’envergure, pour un coût d’investissement de 23,340 millions € TTC, précisant que le fonctionnement serait pris en charge par une société privée, dans le cadre d’une délégation de service public (DSP). Le parc des sports et de l’amitié serait préservé : tout juste 3% de surface amputée mais re-végétalisée et reboisée.

Après avoir visionné une vidéo (images de synthèse) commentée par un des architectes retenus, le public était invité à poser des questions courtes et techniques ou à formuler un avis.

En fait de concertation (*), la réunion a consisté, pour le maire à présenter son projet qui aurait été travaillé en équipe depuis plus d’un an, tout en dénigrant les opposants, balayés d’un revers de main, au nom d’un soi-disant pacte passé avec les Narbonnais lors des élections municipales. Ceux-ci auraient donc, par leur vote, accepté le projet de salle proposé par le candidat Mouly ! Selon M. Mouly, il y avait alors 6 listes, dont une apolitique (Nouveau Narbonne impliquant la société civile) et chacune présentait un projet de salle.

Rappelons pour mémoire qu’aux dernières élections municipales, Narbonne comptait 40 896 adultes majeurs, en âge de voter. Au 1er tour, M. Mouly, qui se présentait sans étiquette, est arrivé second et a rassemblé quelques 6 181 électeurs (soit 15,12% du corps électoral, et 84,88% n’ont donc pas voté pour lui). Au second tour, sa liste Nouveau Narbonne a viré en tête avec 10 815 électeurs (26,45% du corps électoral).
La question serait donc de savoir ce que voulaient, ou pas, les 73,54% de Narbonnais qui n’ont pas voté pour le nouveau maire.

Étrangement, M. le Maire n’a pas communiqué sur des études de faisabilité, de rentabilité et de fréquentation, alors même que les salles des villes alentour sont toutes déficitaires (cf. à ce sujet les rapports de la Cour des Comptes).

De plus, M. le Maire ne peut ignorer la pauvreté des habitants et la faible capacité d’endettement de la ville, alors même que de nombreux équipements existants, laissés en l’état, mériteraient d’être remis au goût du jour et inscrits dans une logique économique d’agglomération. La concurrence stérilisante Ville – Agglo, due à des problèmes d’ego et à des visions de basse politique-politicienne d’un autre âge, empêche tout débat public et risque de coûter cher aux contribuables, durant des décennies.

Pourtant les idées et propositions ne manquent pas : lancer un État des Lieux prospectif des équipements existant sur Narbonne (Palais du travail, Parc des expositions, Théâtre Scène nationale, Salle de l’annexe de la MJC, Salle Léo Lagrange …), organiser une vaste concertation publique via les conseils de quartier, avec les associations (plus de 500 à Narbonne !), afin de connaître les besoins mais aussi les suggestions – propositions.

Alors quelle sera la suite ? M. le Maire a exprimé son souhait de voir sa salle inaugurée sous son mandat (le 18 décembre 2018), après un an de travaux, au prix clé en main de 23,340 millions €, tout en reconnaissant qu’il existait un risque d’empêchement, si l’État en venait à annuler la procédure en cours, ou si les recours de l’opposition étaient reconnus comme fondés, ce qui entraverait le bon déroulement du calendrier.

Lors des débats, s’est posée la question du bien fondé de cet investissement, alors que d’autres besoins peut-être plus urgents, ne sont pas satisfaits. Un travailleur social a interpellé le maire a propos des personnes SDF qui vivent actuellement dans la rue, tandis que d’autres participants évoquaient les familles qui viennent se promener avec de jeunes enfants au parc, ou interrogeaient le maire sur le manque de voies de circulation douce ou sur le besoin d’une école pour les enfants des quartiers Réveillon, Roches Grises, Montplaisir, ou sur la nécessité de poursuivre l’aménagement des Barques. Bref, les priorités sont loin d’être partagées !

A notre avis, la décision prise par le maire en 2017 de réaliser en 2017, sans réelle concertation avec ses administrés, un équipement de cette nature et d’un tel coût pour une ville comme Narbonne, relève d’un autre temps. De plus en plus de citoyens veulent être associés aux décisions qui les concernent et demandent des comptes à leurs élus quant aux dépenses publiques et ce d’autant plus qu’en l’état actuel du projet, M le Maire n’a pas annoncé de partenariats avec les autres collectivités (Agglomération, Département, Région, État, Europe), ni de mécènes.

La ville de Narbonne, seule contre tous ?

Plusieurs personnes soulignant le besoin d’une synergie avec le Théâtre Scène Nationale et le parc des expositions (une même direction et un même calendrier), il serait innovant d’imaginer un vaste espace «territoire d’économie sportive et culturelle», intégrant le parcs des sports et de l’amitié, le Parc des expositions, le MURENA, l’Aspirateur et le Théâtre Scène Nationale, afin de positionner Narbonne au centre de l’Occitanie et de l’Eurorégion et accueillir toutes sortes de congrès réunions, rassemblements colloques, assemblées générales, etc.… Les moyens humains et matériels seraient ainsi optimisés avec une singularité de l’offre : accueil congres + offre culturelle et sportive adaptées dans des équipements rapprochés.

On peut rêver….

Joël Raimondi pour le Clairon de l’Atax le 21/09/2017

 

Les Narbonnais peuvent aller consulter le dossier technique et écrire leurs observations du jeudi 21 septembre au vendredi 27 octobre,
aux services techniques, quai Dillon à Narbonne  

 

(*) La concertation est l’action, pour plusieurs personnes, de s’accorder en vue d’un projet commun.

  • La concertation se distingue de la négociation en ce qu’elle n’aboutit pas nécessairement à une décision, mais qu’elle vise à la préparer.
    C’est le cas par exemple lorsqu’une collectivité territoriale engage un processus de concertation avec la population locale dans la perspective d’un aménagement : la décision finale appartient aux élus qui seuls en détiennent formellement le pouvoir, mais qui devront intégrer les résultats de la concertation.
  • La concertation se distingue de la consultation en ce qu’elle ne se résume pas à une demande d’avis. La concertation suppose la confrontation entre les parties, l’échange d’arguments, l’explicitation des points de vue de chacun.
  • La concertation se distingue de la médiation en ce qu’elle ne fait pas intervenir un tiers pour faciliter la recherche d’un accord entre les parties.

 

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3 commentaires

Merci, belle analyse en effet, fidèle à ce qui s’est dit et surtout à ce qui ne s’est pas dit à cette réunion, car… inavouable.
Outre le fait qu’il n’y aucune étude des besoins, outre le montant exorbitant des dépenses annoncées, il n’y a aucune étude de marché permettant d’évaluer le taux de remplissage et la rentabilité éventuelle de cette salle.
Si j’ai bien compris la réponse du maire à ce sujet : « On ne peut pas savoir avant, construisons d’abord la salle et on verra après ».Comme si l’organe créait la fonction !
Quel entrepreneur sérieux oserait engager une telle dépense sans avoir évalué ses chances de réussite ?
Quelle entreprise sérieuse va vouloir hériter de ce « Titanic » pour le faire fonctionner ?
L’expérience et les chiffres prouvent de manière criante que ce type de salle n’est plus adapté à l’économie française actuelle.
Conclusion : C’est chronique d’un échec annoncé et j’espère de tout cœur que Monsieur MOULY épargnera les Narbonnais d’avoir à supporter une dette durable pour un bâtiment qui risque de devenir une coquille vide.

Bravo et merci pour votre analyse fine de la situation. Votre article synthétise les propositions & alternatives à la salle, dans le but de gérer et améliorer notre ville dans la concertation. Merci encore.

excellente présentation claire et argumentée.
détail amusant : le dossier que l’on peut consulter à la mairie est intitulé : « dossier de concertation »

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