Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé…

Le nucléaire est-il en train de devenir un boulet pour la France ?

L’histoire récente du nucléaire français est riche en problèmes de toutes sortes : scandales financiers (Uramin), déboires financiers (EDF / AREVA), ingénierie défaillante (EPR Flamanville et Olkiluoto), malfaçons (Forges du Creusot), incidents et pannes d’un parc vieillissant, stockage des déchets (Bure, Malvési), démontage problématique des réacteurs, etc.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Au début c’est-à-dire dans la première partie du 20ème siècle, tout était beau et bon : la « science » progressait de façon spectaculaire dans tous les domaines. Ainsi dans les années 1930 les propriétés de la fission nucléaire furent mises en évidence par des savants français (Joliot-Curie, Perrin, etc.) Puis il y eut la bombe atomique qui, selon l’opinion de l’époque, avait accéléré la fin de la seconde guerre mondiale. L’atome fut alors vécue comme Le Progrès : on consacrait des chansons à la bombe, on imaginait illimitées les perspectives offertes par l’atome civil  (cf. Atomium, expo universelle de Bruxelles 1958)…

C’est dans ce climat euphorique que s’est développée la filière atomique française. La confiance dont bénéficiait la « science » dans les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ns les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ème siècle la question du démontage du cœur des réacteurs en fin de vie et celle du stockage des déchets nucléaire n’est toujours pas résolue de manière satisfaisante…

L’état des lieux est aujourd’hui inquiétant !

58 réacteurs nucléaires sont actuellement en activité sur 19 sites, 9 centrales sont à l’arrêt et 6 centrales « uranium naturel graphite gaz » (UNGG) sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville). Le coût du démantèlement de ces centrales, dont certaines sont fermées depuis 30 ans, fait l’objet de controverses entre EDF, la Cour des Comptes et la mission parlementaire qui a rendu ses conclusions en février 2017 : de l’avis de ces 2 institutions EDF aurait largement sous-évalué le coût du démantèlement de ses centrales et réservé des provisions insuffisantes….De plus l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) a engagé un bras de fer avec EDF sur les délais de démantèlement des six réacteurs de première génération (UNGG) alors que les méthodes du démantèlement du cœur des réacteurs prévues par EDF étaient changées (travail sous immersion du cœur du réacteur à travail à l’air libre). Selon l’ASN : « la nouvelle stratégie présentée par EDF indique des durées globales de démantèlement de l’ordre de la centaine d’années après l’arrêt des réacteurs ». Le démantèlement des 6 centrales UNGG serait, selon EDF, repoussé à 2100 tandis que l’ASN (*) demande à EDF de : « garantir la sureté des installations jusqu’à l’achèvement de leur démantèlement« .

Centrale nucléaire de Brennilis

C’est dans ce contexte que Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, annonce que : « jusqu’à 17 réacteurs pourraient fermer d’ici 2025 » !

Il est vrai qu’on ne peut que souhaiter une fermeture rapide du plus grand nombre de réacteurs possibles lorsqu’on se réfère à la situation actuelle.

A la kyrielle de pannes et d’incidents qui ponctuent le fonctionnement du parc nucléaire vieillissant s’ajoutent des problèmes de malfaçon :

Ainsi le 14 septembre 2017 EDF annonçait avoir découvert 471 « anomalies » et 130 « non-conformités » sur les équipements de douze de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. A cela s’ajoutaient 95 anomalies et 16 non-conformités découvertes sur les équipements de l’EPR de Flamanville en cours de construction !

Le coût non maitrisé du nucléaire français à la dérive :

Aux coûts générés par ces retards et ces problèmes techniques s’ajoutent ceux provoqué par la défaillance des entreprises de la filière nucléaire :

  • En mars 2017 l’état a versé 3 milliards pour recapitaliser EDF
  • En juillet 2017 l’état a injecté 5 milliards dans les sociétés crées suite à la faillite d’AREVA dont AREVA SA conçue comme une structure de « defeasance » (gérant les actifs douteux)
  • De nouveaux frais sont attendus suite aux recours devant la Chambre de Commerce Internationale du finlandais TVO, opérateur de la centrale nucléaire d’Olkiluoto, qui demande à AREVA près de 3 milliards de dédommagements suite aux retards et incidents du chantier de l’EPR Finlandais !
  • Alors que le savoir faire français en matière de construction d’EPR est pris constamment en défaut, la fuite en avant d’EDF qui s’est lancée à son tour dans la construction de 2 EPR à Hinckley Point (Angleterre) et qui a déjà investi des sommes colossales dans ce projet dont les coûts n’arrêtent pas de déraper (un surcout de 2 milliards a été annoncé en juillet 2017) et qui ne sera peut être même pas construit.

La débâcle du nucléaire coute cher à la France mais pas qu’à nous :

Selon Emmanuel Macron il manquerait 4,5 milliards à la France pour contenir le déficit dans les 3% du PIB selon les critères de Maastricht, les aides financières versées à EDF et AREVA ont coûté 8 milliards en juillet 2017…Le premier ministre recherche de son côté 8 milliards : le nucléaire contribue donc largement au déficit budgétaire de la France, mais ce constat est passé sous silence par nos politiques….

Mais la France n’est pas la seule à subir le déclin de son industrie nucléaire : c’est aussi le cas pour les USA et le Japon. Aux USA la  société Westinghouse a fait faillite en mars 2017 tandis que son actionnaire principal le japonais Toshiba était obligé de vendre des actifs pour faire face à ses pertes (**)…

L’industrie nucléaire française devient un boulet pour les finances publiques. Qui ose encore parler en France du nucléaire comme source la moins chère d’énergie électrique ? Mais ses méfaits ne s’arrêtent pas là, l’argent public versé dans ce tonneau des danaïdes, manque là où il est indispensable : dans la reconversion énergétique et le développement des énergies renouvelables. Y-a-t-il une alternative à la situation présente ?

                                                            Hubert Reys et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/09/2017

(*) La lettre de l’ASN :

https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-29379-courrier-asn-strategie-demantelement-reacteurs-premiere-generation.pdf

(**) Pour ceux qui veulent en savoir plus :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article181

 

 

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