Faut-il mourir pour AREVA ?

Le nucléaire civil ne va pas bien en France : vétusté, accidents, pannes à répétitions dans les centrales existantes, perte de savoir-faire et malfaçons constatées sur des équipements vitaux de certaines centrales en activité, mais aussi sur des pièces fournies aux deux centrales de «nouvelle génération» construites en France et en Finlande.

Contrairement au discours optimiste répété pendant de longues années, le nucléaire civil s’avère de plus en plus dangereux et coûteux.

Pire encore : il n’existe toujours pas de solution fiable pour traiter et neutraliser les déchets produits par cette industrie. Ce problème avait été sous-estimé il y a plus d’un demi-siècle alors que, dans l’euphorie de l’époque, l’essor du nucléaire civil était vécu comme un progrès bénéfique à l’humanité !

Qu’ils soient faiblement ou fortement radioactifs, les déchets nucléaires ne sont pas inertes
et leur période de radioactivité toxique peut durer, selon les cas,
de quelques années à plusieurs millions d’années.

Faut-il mettre en péril la santé des habitants de l’agglomération narbonnaise et des environs pour traiter à moindre coût des déchets nucléaires encombrants ?


Le contexte AREVA / Malvési

La cathédrale St Just de Narbonne vue depuis Malvési – Au premier plan, les bassins de stockage des déchets

L’usine AREVA de Malvési, située au cœur de l’agglomération Narbonnaise et à moins de 3 km de la cathédrale Saint Just, traite près de ¼ de l’uranium mondial destiné à l’alimentation en combustible des centrales nucléaires.

En plus de 50 ans de fonctionnement, l’usine de Malvési a accumulé et stocké dans des bassins à ciel ouvert près de 350 000 m3 d’effluents nitratés faiblement radioactifs. Les capacités de stockage ont atteint leur limite tandis que l’usine de Malvési accroît sa production.

Après avoir étudié diverses solution permettant de réduire le volume des effluents stockés et de les entreposer de manière plus pérenne, AREVA a choisi de réduire le volume de ces effluents nitratés par un procédé de traitement chimique et thermique, désigné par l’acronyme THOR (THermal Organic Reduction). Ce procédé transforme une partie des effluents nitratés en gaz répandus dans l’atmosphère (40 000 m/ h, soit près d’un million de m3 par 24h) et l’autre partie en résidus solides, entreposables en centre habilité.


L’instruction critiquable du projet AREVA par les autorités

Selon la réglementation, ce type de projet doit être soumis à enquête publique. À cette fin, un dossier doit être présenté au public et aux autorités compétentes. Ce dossier détaille les caractéristiques du projet et décrit son impact en matière sanitaire et environnementale.

Est-il normal qu’un tel dossier soit établi et présenté par le demandeur c’est-à-dire AREVA ? N’y a-t-il pas conflit d’intérêt ?

A l’issue de l’enquête publique et sur la base du dossier présenté par AREVA, le commissaire enquêteur a donné son feu vert au projet. Ce n’est qu’à la suite de ce feu vert que l’association RUBRESUS, qui disposait des moyens intellectuels et techniques d’analyse du dossier, a pu, à partir des éléments contenus dans l’étude d’AREVA, établir un diagnostic contradictoire. Ce diagnostic mettait en évidence des manques, des inexactitudes et des approximations conduisant à conclure au caractère dangereux du projet THOR d’AREVA, dont les émissions de gaz disperseraient dans l’atmosphère une quantité importante de particules et éléments nocifs, cancérigènes.

Face à l’émotion grandissante du public, traduite par des manifestations et la création d’associations de défense (COVIDEM & TCNA), le préfet a décidé de surseoir à l’autorisation de mise en service de cette installation de traitement des déchets et de confier à deux experts choisis par lui une analyse contradictoire du dossier présenté par AREVA.

N’aurait-il pas été plus judicieux et démocratique que le choix des personnes chargées de l’expertise ne relève pas du seul préfet, mais associe des compétences qui ne soient pas liées au dossier ?

C’est sur la base de ces «expertises», qui se sont avérées favorables au dossier d’AREVA, qu’une dernière instance consultative réglementaire, le CODERST (Conseil départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques), réunissant des collectivités territoriales (5), des représentants des services de l’Etat (7), des personnalités (9) qualifiées et / ou issues du monde associatif (consommation, environnement, etc.) a émis de justesse un avis positif mais nuancé (12 votes pour le projet AREVA, 11 votes contre).

Cet avis du CODERST a été rendu sans que ses membres soient informés du contenu de cinq expertises contradictoires du dossier AREVA, réalisées par des experts renommés, commis par la profession viticole.

Toutes ces expertises dénoncent le caractère dangereux du projet d’AREVA et notamment l’émission importante d’éléments et particules cancérogènes dans les gaz issus du traitement thermique des effluents nitratés.

A l’heure actuelle le préfet de l’Aude n’a pas encore communiqué sa décision d’autoriser ou non la mise en service de l’incinérateur d’AREVA / Malvési, tandis que la mobilisation du public grandit de jour en jour.

Tout récemment, l’association RUBRESUS a par ailleurs récusé l’une des expertises demandées par le préfet de l’Aude, du fait d’erreurs grossières, d’approximations et de la partialité de l’expert (voir ici la lettre adressée au préfet par André Bories, président de RUBRESUS).

Les menaces que fait peser AREVA avec son projet de traitement des déchets nitratés ne concernent pas que la population narbonnaise.
La question du traitement des déchets de l’industrie nucléaire ne peut se résoudre en considérant le seul intérêt des firmes industrielles concernées, au détriment de la santé et de la sécurité de la population.

 

La Rédaction du Clairon de l’Atax, le 2 novembre 2017

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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