Tristesse de la terre

Une histoire de Buffalo Bill Cody

d’Eric Vuillard.

Si vous ne lisez pas le dernier ouvrage d’Eric Vuillard, celui qui vient d’obtenir le prix Goncourt, lisez de cet auteur, « Tristesse de la terre – une histoire de Buffalo Bill Cody », paru chez Actes-Sud en 2014.

Cet ouvrage de 158 pages raconte, certes l’histoire de Buffalo Bill, mais surtout la triste histoire du massacre des indiens, premiers habitants de l’Amérique du nord, pour laisser place à la société de spectacle américaine, avec tous ses défauts, sa morgue, et son génie.

Cody et son West Wild show, qui firent le tour du monde, furent acclamés par des foules innombrables et salués par toutes les têtes couronnées, mettaient en spectacle l’épouvantable extermination des tribus indiennes par l’armée américaine soutenue et encouragée par sa classe politique. Le spectacle racontait à la sauce Buffalienne les guerres indiennes transformant en honorables batailles militaires des massacres systématiques sans distinction de guerriers, femmes, enfants ou vieillards.

Le spectacle fut interprété par les réels acteurs de cette histoire mystifiée, des Indiens sioux et leur chef Sitting Bull le vainqueur de Little Big Horn où furent tués le général Custer et son régiment. Buffalo Bill les sortis des réserves misérables où les avait parqués l’armée et leur promis salaires et voyages à travers le monde. Devant de grandes toiles peintes tournaient des centaines de chevaux, de bisons, poursuivis par des soldats de l’armée américaine et des hordes d’indiens emplumés et hurlants devant un public émerveillé qui en redemandait toujours plus de ces cavalcades, de ces coups de feu, de ces morts violentes, où tous les cadavres se relevaient à la fin du spectacle.

Avant l’invention du cinéma ce grand show populaire eut un succès phénoménal.

Si comme le dit Eric Vuillard « Une légende vivante est un être mort » alors Buffalo Bill quand le show s’arrêta laissa la place à William Cody, ruiné, seul et misérable. Ce vieux clown triste qui joua son propre rôle des années durant juché sur son grand cheval blanc paré de son immense chapeau à larges bords, connu après la griserie de la gloire une effrayante dépression.

Cet ouvrage inclassable, ni roman, ni essai, est un récit presque journalistique, écrit dans une belle langue nerveuse et acide qui vous fera découvrir des aspects peu connus de l’histoire américaine, histoire pas si lointaine et qui a marqué si profondément nos sociétés occidentales.

 

                                                                                 Lydie Valero pour le Clairon de l’Atax, le 13/10/2017

 

 

 

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