Bure, la bataille du nucléaire

Comment une région française est sacrifiée depuis un siècle pour finir en poubelle nucléaire et comment elle devient le symbole d'une résistance déterminée contre la violence du monde industriel, c'est ce que racontent, dans ce livre passionnant, deux journalistes dont l'un est installé depuis plus d'un an à Bure, dans la Meuse.

Un livre nécessaire sur le traitement des déchets nucléaires !

Gaspard d’Allens, Andrea Fuori / Seuil, 2017/ (Reporterre)

La première guerre mondiale, c’est la ligne de front, des dizaines de villages rasés, des milliers d’hectares classés impropres à la culture, l’exode des paysans, renforcé après la 2e guerre par l’agriculture industrielle, ses monocultures à grand renfort de pesticides et d’engrais chimiques et, désormais, la volonté de l’État d’imposer la plus grande poubelle nucléaire de l’Europe. 

« Sur cette terre de l’est, une guerre au vivant a été menée sans relâche pendant un siècle ».

C’est dans ce « désert », où il n’attend guère de résistance de la part d’une population clairsemée, que l’État veut implanter le projet CIGEO, soit 265 km de galeries taillées dans l’argile pour accueillir 99 % des déchets radioactifs produits en France, déchets qui resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années. L’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) intimide les paysans, colonise les terres, corrompt les élus, subventionne larga manu les projets inutiles,  organise des visites scolaires, soutenue par la gendarmerie et une milice privée.

Le livre veut monter qu’il n’y a pas de problème nucléaire qui ne soit le problème d’un système économique et social. 

« La catastrophe nous frappe déjà : c’est celle d’une idéologie du progrès arrivée à son stade terminal »

Néanmoins la résistance des « indigènes » prend forme peu à peu, soutenue par des militants qui aident à son organisation.  Résistance qui s’exprime aussi dans la reconquête des villages et des terres pour faire vivre ce pays, condamné par le pouvoir central et certains édiles locaux, et inventer ensemble de nouvelles manières de vivre ensemble et de survivre dans la simplicité.

Ayant vécu avec les gens, les journalistes leur donnent la parole et l’on se sent revigoré de rencontrer  des paysans, des mères de famille, des jeunes « hiboux «  vivant dans la forêt, ayant osé se rebeller alors que rien ne les y prédisposait.

Un livre qui se lit comme un roman et donne néanmoins les informations nécessaires pour se faire une idée de ce qui se joue actuellement aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, mais qui nous concerne tous.

Suzanne Rousselot pour le Clairon de l’Atax le 16/01/2018

 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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