Économie – Mais où s’arrêteront-ils ? Ou alors seront-ils arrêtés un jour ?

Le capitalisme financier mondialisé qui règne sur notre planète n’arrête pas de creuser les inégalités, plus de 8 ans après la crise économique catastrophique de 2008. Son modèle économique, que l’on pourrait aussi appeler celui de l’ « économie casino » épuise l’économie réelle et les rapports humains qui la sous-tendent. Une réflexion scrupuleuse sur le fonctionnement actuel et l’évolution de ce modèle économique ne peut qu’aboutir à une issue : un gigantesque clash à l’échelle mondiale qui perturberait violemment les rapports politiques, sociaux et les modes de production. Si ces assertions peuvent apparaître exagérément pessimistes, il suffit de faire l’état des lieux de l’économie en ce début d’année 2018 à partir d’un recoupement d’études d’origines diverses.

Pour la seule année 2017, 82% de la richesse créée dans le monde a terminé entre les mains du 1% le plus riche de la population de la planète qui possède désormais 88% des richesses mondiales. A l’inverse en 2017, 50% de la population mondiale n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale.

Répartition de la richesse (wealth) mondiale en 2017

On peut y voir que les 70% d’adultes les moins riches de la planète se partagent 2,7% de la richesse mondiale,
alors que les 0,7% les plus riches se partagent 45,9% de cette même richesse

 

Depuis 2010, la richesse de cette « élite économique » a augmenté en moyenne de 13% par année, avec un pic atteint entre mars 2016 et mars 2017, où la richesse mondiale a progressé de 6,4% pour atteindre 280 000 milliards de dollars. Ainsi, pour les seuls États Unis et pendant cette même période, les gains sur les marchés financiers ont contribué à ajouter 8 500 milliards de dollars à la richesse des ménages américains, soit une hausse de 10,1%.

Dans cette même période et au niveau mondial, les 500 personnes les plus riches ont vu leur fortune augmenter de 23% pour atteindre près de 5 400 milliards de dollars ce qui représente quatre fois le PIB de la France.

Parmi ces 500 personnes les plus riches on relève notamment 159 américains, 38 chinois et 13 français. Parmi les français, on trouve notamment Bernard Arnault (6ème), Françoise Bettencourt Meyers (18ème) et François Pinault (30ème).

La richesse des dix plus grandes fortunes du monde et sa progression entre 2016 et 2017

Le classement ci-dessus fait apparaître en tête des milliardaires qui ont acquis leur fortune dans le développement des nouvelles technologies. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon arrive en tête : sa fortune s’est accrue de 34,2 milliards en un an et frôle désormais les 100 milliards de dollars il est devenu l’homme le plus riche du monde en 2017. Il est suivi par Bill Gates (Microsoft) et Warren Buffet qui, lui, est un financier. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, est en cinquième position. Le français Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, est sixième et c’est Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, qui occupe la dixième position.

On imagine comment de telles fortunes pourraient contribuer au bien être de l’humanité si elles étaient soumises par le pouvoir politique à une fiscalité juste et redistributive. Hélas la concurrence, voire le dumping fiscal entre les pays, ainsi que les ressources inépuisables de l’optimisation fiscale, permettent à ces fortunes de rester entre les seules mains de ceux qui les ont acquises plus ou moins « correctement ». Il est ainsi tout à fait édifiant de mesurer le poids de l’évasion fiscale dans la non répartition des richesses au moyen de l’impôt !

Taux de fuite de la richesse dans les « paradis fiscaux », en pourcentage du PIB, par pays
Source ???

Pour la France, les ménages français détiendraient environ 300 milliards € dans des paradis fiscaux, soit 15% du PIB national. On estime par ailleurs que les 3520 ménages les plus fortunés, qui représentent 0,01% des ménages, détiendraient 50% de ces richesses soit 150 milliards €. Sachant que la moyenne mondiale en termes d’évasion dans des paradis fiscaux est de 9,8% du PIB, la France se situe à un niveau comparable à l’Allemagne et au Royaume-Uni.

Mais ce qui est remarquable, c’est que la France fait beaucoup moins bien que certains pays d’Europe du Nord comme le Danemark, la Finlande et la Norvège, pays réputés pour exercer une forte pression fiscale sur les ménages. Ceux-ci ne placeraient leurs revenus dans les paradis fiscaux qu’à hauteur de 3% du PIB national !
L’argument que nous serinent nos gouvernants actuels pour justifier leurs cadeaux fiscaux au riches serait donc erroné ?
Une trop grande pression fiscale ne ferait pas forcément fuir les capitaux ?

On peut se faire une idée de ce que représentent ces 300 milliards € en les comparant avec le déficit public français qui s’élevait à 75,9 milliards d’euros en 2016 soit 3,4% du PIB : ce déficit représente seulement un quart de la richesse soustraite au fisc.

L’ampleur des chiffres exposés montre qu’il ne s’agit pas de pratiques marginales, quasi-clandestines, mais bien du résultat d’une politique qui privilégie sciemment les riches et les gros revenus. En France, ces faveurs qui leurs sont accordées sont loin d’être diminuées en ce début de mandat d’E. Macron, bien au contraire ! Le « service de traitement des déclarations rectificatives», autrement nommé « cellule de régularisation fiscale », qui avait été mis en place en juin 2013 pour les «évadés fiscaux» repentis, a fermé ses portes le 31 décembre 2017 après avoir récupéré 7,8 milliards d’impôts et pénalités pour 32 milliards € d’avoirs déclarés. Selon les estimations il resterait donc 268 milliards € évadés dans les paradis fiscaux, dont le recouvrement fiscal permettrait, à peu de choses près, de couvrir notre déficit public. Mais, comme l’avait déclaré le ministre de l’Action et des comptes publics en septembre dernier : «Ce bureau a eu son utilité, il ne l’a plus».

Combien de temps ce système pourra-t-il se perpétuer et croître ? Combien de temps les peuples toléreront-ils cet accroissement des inégalités qui de plus varient selon les pays, alors que la globalisation de l’économie favorise les comparaisons ?

Les PDG américains gagnent 265 fois le salaire moyen d’un travailleur américain ; en Inde le salaire moyen des patrons est 229 fois supérieur au salaire moyen des travailleurs ; au Royaume-Uni il est de 200 fois supérieur ; en France le patron d’une entreprise du CAC 40 gagne 70 fois le salaire moyen d’un travailleur. Il n’y a qu’en Norvège ou le salaire moyen est 20 fois moins élevé que celui des patrons, rapport qui était considéré de bonne pratique et faisait encore consensus chez les économistes il y a une cinquantaine d’années…

Ces inégalités croissantes donnent des moyens croissants aux riches pour accroître leur poids politique. Ainsi les classes sociales dites « supérieures » font pression sur le pouvoir politique, lorsqu’elles ne l’asservissent pas complètement, afin que ce pouvoir prenne des mesures qui renforcent encore leurs avantages. Dans nos « démocraties », de puissants moyens sont ainsi déployés pour contrôler le résultat des élections nationales ainsi que l’exercice du pouvoir politique.

L’évasion fiscale et l’inégalité des revenus constituent des indicateurs pertinents pour apprécier la santé d’une démocratie.

Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 15 janvier 2018

Sources:

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2 commentaires

Patrick Chevalier

Il faut lire d’urgence les livres du couple Pinson-Charlot, sociologues de haute volée qui décrivent la société des riches et son incommensurable cupidité.

La bonne nouvelle est que le patron français est un peu moins rapace que le patron étasunien..
Ce qui interroge néanmoins sur le poids des syndicats dans notre vie sociale, a moins que ce ne soit que l’expression la plus visible de notre éducation judéo-chrétienne à une époque où le nom de Jésus évoque plus mécano le plus doué du département que celui du Sauveur de l’Humanité!
(Je tiens son adresse à la disposition du public)

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