2018 : ANNEE du CONSENTEMENT ?

 « La vraie question n’est pas de savoir pourquoi les gens se révoltent, mais pourquoi ils ne se révoltent pas » Wilhelm Reich.

L’escamoteur / Jérôme Bosch XVème siècle

2017 a vu fleurir la technique politique du « en même temps » qui consiste faire une chose tout en proclamant être engagé à réaliser son contraire. On équilibre une action avec un discours, un préjudice avec une promesse…

Ainsi la flexibilisation du marché du travail profite tout d’abord aux grandes entreprises en leur offrant une main d’œuvre plus facilement « modulable ». Mais « en même temps » elle est présentée comme une réponse au chômage et une stimulation aux évolutions professionnelles. Etrangement, les mesures favorables aux entreprises sont rapidement mises en place en arguant l’urgence économique, tandis que les mesures favorables aux salariés réfléchies, débattues, seront établies dans un second temps.

Ainsi la fiscalité où le président et son gouvernement proclament lutter contre les paradis fiscaux tout en supprimant au 31 décembre 2017 le « service de traitement des déclarations rectificatives», autrement nommé -cellule de régularisation fiscale-. Ce service chargé depuis 2013 chargé de régulariser la situation des «évadés fiscaux» repentis n’a traité que 32 milliards € d’avoirs déclarés sur les 300 milliards estimés être localisés « offshore » !

Ainsi le jeu de bonneteau consistant à modifier la répartition des impôts et taxes au prétexte d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés, tandis qu’il réduit celui des retraités aux revenus moyens et diminue l’imposition des plus riches.

Ainsi le durcissement de la politique d’accueil des réfugiés depuis la mise en place du gouvernement –Philippe-, tandis que le président Macron ne manque aucune circonstance nationale ou internationale pour se référer à l’histoire glorieuse de la France « patrie des droits de l’homme »

Pourtant cet artifice politique, employé depuis toujours, ne fonctionne pas éternellement : les peuples se rendent compte à la fin qu’ils ont été bernés. Ceci explique peut être pourquoi le « ressenti » des inégalités est aussi fort en France. Depuis fin 2017 les grands médias, y compris ceux d’inspiration libérale, favorables à nos gouvernants, exposent et commentent abondamment les chiffres de cette montée des inégalités en France comme dans le Monde.

Curieusement et « en même temps » le gouvernement Philippe a oublié de publier le rapport annuel, associé par la loi SAS à la présentation du budget. Ce rapport (*) comporte un ensemble d’indicateurs de qualité de vie, d’inégalités, de développement durable.

Alors, devant cette montée fortement ressentie des inégalités, on peut se demander pourquoi  il y a si peu de mouvements sociaux. Pourquoi les citoyens ne bougent-ils pas plus, alors qu’autour d’eux la nature s’effondre, les ressources s’épuisent et que leur travail est disqualifié par la spéculation financière ? Pourquoi consentent-t-ils à être maltraités de la sorte ? Croient-ils devoir se soumettre parce qu’ils auraient consenti librement au pacte républicain, alors qu’il n’est qu’une longue histoire de mystification du peuple ? Croient-ils avoir librement choisi ceux qui les oppriment ?

Pour le moment on consent encore. On consent parce qu’on croit que, malgré tout, le pacte républicain est  ce qu’il y a de « moins pire ». On consent à perdre un peu parce qu’on pense qu’on pourrait perdre plus à se rebeller. On consent par peur de l’autre. Consentir c’est finalement se faire prisonnier de soi-même en pensant faire un choix libre. Consentir c’est laisser faire, s’abandonner !

La maltraitance peut aller très loin avant que le sujet ne se révolte : l’année 2018 sera-t-elle celle du consentement ou celle du retour d’un citoyen sujet et bâtisseur de la Cité ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/01/2018

 

(*) Ce rapport, issu des travaux de la commission Stiglitz / Sen, vise à compléter les indicateurs de croissance fournis par le PIB par des données plus aptes à rendre compte de l‘évolution générale de notre société

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4 commentaires

Patrick Chevalier

C’est une grande question: pourquoi ne nous révoltons-nous pas? Elle n’est pas nouvelle, hélas! En 1552, Etienne de la Boétie, sidéré que le peuple ne mette pas en cause le féodalisme, écrivait à peu près ceci dans son « discours de la servitude volontaire »:
« Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever le plus beau, le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, vous viennent de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort. Ce qu’a de plus ce maître, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elle les sentaient, vous pourriez pourtant vous délivrer si vous essayiez seulement de le vouloir. »

Merci Patrick ! J’ai hésité à citer La Boétie et son discours génial mais j’étais à la bourre… La citation est effectivement géniale inspire une réflexion en profondeur… Si tu es ok je reproduis ta réponse / citation dans le prochain Clairon Hubes

cet article devrait être en Une de tous nos journaux, mais il n’y sera pas !

Merci de votre appréciation. C’est bien parce que nous n’étions pas satisfaits du contenu et du ton d’un grand nombre de journaux quotidiens, que le Clairon de l’Atax, Journal citoyen fait par des citoyens est né !
Cordialement

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