Intox prévisible sur le chômage !

            L’actualité politique m’amène à évoquer la problématique du chômage en France,  premier sujet d’inquiétude pour notre société…
Depuis plus de trente ans, nous avons entendu les prêches constants de nos « experts économistes », éditocrates néolibéraux autoproclamés, soi-disant neutres, omniprésents dans les médias, réciter leurs mantras, appeler constamment à la reprise afin de retrouver la fameuse croissance, comme ailleurs on tambourine, on prie pour appeler la pluie : le PIB français doit progresser de 1,5 à 2% par an pour réduire le chômage ! La simple observation des faits montre que depuis plus de 30 ans, la croissance n’a pas réduit le chômage : le PIB augmente et, d’année en année, des emplois sont supprimés et le chômage progresse… Depuis 1974, la richesse globale de la France s’est accrue de 70% tandis que le nombre de chômeurs a été multiplié par 7 (700%).

      Nous savons que le PIB n’est ni la preuve ni de l’avancée d’une société, ni de son degré de civilisation, particulièrement dans notre monde, désormais limité ! MAIS le PIB est un indice qui cumule revenus du travail et revenus du capital. Il convient donc de distinguer la part de ces 2 revenus, ce qui indique le choix de société qui est fait. Pourquoi les revenus du travail, avec leurs cotisations sociales, seraient-ils une mauvaise chose alors que les revenus du capital distribués aux actionnaires en seraient une bonne ? Or, depuis 30 ans, ceux du capital ont augmenté de 12% et ceux du travail diminué d’autant comme le montre un rapport sur l’emploi publié par la Commission Européenne (pas spécialement peuplée de  gauchistes !). En fait, si crise il y a, il ne s’agit pas d’une crise de production (laquelle a ses limites), mais bien d’une crise de la redistribution des richesses produites, y compris par ceux dont le revenu vient du travail, et pas seulement par le capital. Il est bon de nous rappeler constamment que l’organisation de notre société repose sur le travail et ses cotisations sociales.
       Depuis plus de 30 ans, face au chômage, les réponses de nos responsables politiques  ont été pathétiques. Impuissants, englués dans une pensée sociale-libérale, puis libérale et enfin néolibérale déclarée. Ils nous ont rabâché leurs phrases creuses, désarmantes, qui sont restées gravées dans nos mémoires… Valéry Giscard d’Estaing « Contre la mondialisation, on ne peut rien », J. Chirac « la feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi »… F. Mitterrand  « en matière de chômage on a tout essayé »… A. Juppé, beaucoup plus direct : « Le chômage, c’est l’élimination de la « mauvaise graisse », comme si l’inégalité était féconde et l’Égalité injuste… L. Jospin « l’Etat ne peut pas tout ! »… Plus récemment F. Hollande… « L’inversion de la courbe du chômage ».
         Résultat : après plus de trente ans de « lutte contre le chômage », à la sauce néolibérale ou social libérale, nous atteignons des chiffres inacceptables : 8 à 9 millions de chômeurs et de quasi-chômeurs ! Cet aveuglement nous a conduits à inventer des systèmes d’exclusion, de stockage d’êtres humains qui sont de véritables barbelés virtuels, tout en les occupant sans trop faire de bruit ou en les endormant pour qu’ils deviennent, selon une appréciation trop souvent entendue, des « heureux  bénéficiaires des dispositifs » !

Emmanuel Macron actuellement Président de la République Française

          Heureux bénéficiaires ? C’est ce que pensent vraisemblablement certaines personnes, quelquefois des députés, qui se permettent des réflexions sur les chômeurs lesquels  iraient, par exemple, dépenser leurs allocations aux Bahamas ou encore « profiteraient » du système en restant des « assistés » et que s’ils étaient chômeurs, c’est parce qu’ils ne cherchaient pas vraiment d’emplois. Or, il y aurait 120 000 emplois par an vacants à offrir à 6 millions de chômeurs, soit 2%. Et les 98% autres ? Il y a 83 candidatures pour 1 offre… Mieux qu’à l’ENA !

         Malgré cette réalité implacable, nous continuons à entendre, dans les médias ou autour de nous, l’exemple de personnes ou de catégories de personnes qui « profitent du système » soit par des détournements sociaux, soit par des attitudes égoïstes, spéculatives ou encore passives… Une façon de stigmatiser les chômeurs qui coûteraient trop chers et en plus tricheraient ! La fraude aux indemnités de chômage représenterait 39 millions € par an. C’est important, même inacceptable, mais totalement dérisoire face à 80 milliards € de fraudes et 20 milliards € de détournements fiscaux… On voit ici les enjeux !
        Vous comprendrez que je ne supporte plus cela l Ces discours comportent les prémices d’une véritable épuration sociale et humaine dont les conséquences peuvent devenir immaîtrisables ! Non seulement, cela prouve la déconnexion de la situation de ceux qui profèrent ce type d’arguments mais surtout cela est faux, méprisant, voire crapuleux : une personne sur deux ne part pas en vacances, 50% des chômeurs ne sont pas indemnisés et beaucoup ne sont pas comptabilisés… Des vies sont fracassées ! Quelle famille n’a pas été, n’est pas, ou ne sera pas, directement ou indirectement, hier aujourd’hui ou demain, concernée ?
       Comme si les chômeurs étaient coupables à un titre ou un autre de la situation de l’emploi dans notre pays ! Alors pourquoi vouloir sanctionner absolument les chômeurs, les punir en rendant les allocs chômage dégressives ? Et, pourquoi pas les entreprises ou le gouvernement qui n’arrivent pas à créer de nouveaux  emplois ?
       Et la situation va se tendre encore davantage. Avec le développement de l’industrie numérique, les emplois perdus dans certains secteurs de l’économie ne seront plus compensés par des créations d’emplois nouveaux. Selon plusieurs chercheurs, on aura besoin de 4% de travailleurs en moins chaque année. D’ici 2030 à 2040, 17% d’emplois supplémentaires seront créés. Dans le même temps, environ 47% des emplois seraient détruits en Grande Bretagne et 42% en France.
        Aujourd’hui, qui pourrait croire que 5 à 7 millions de personnes « disponibles » vont être embauchées à court, ou même moyen terme, par le secteur productif et marchand traditionnel ? Que les entreprises vont augmenter leurs effectifs de 15 % ?
         L’INSEE utilise le terme « poétique » de « halo de chômage » pour définir une  « zone grise » où la précarité est devenue la norme. Ici, nous avons vu se développer une multiplication de contrats atypiques et de statuts professionnels qui affaiblissent les droits et les protections attachés à l’emploi salarié : intérim, emplois précaires, création d’activités (auto-entrepreneurs) et d’entreprises, cumul emploi- retraite, portage salarial, chômage, emploi partiel, emplois saisonniers, CDD, vacataires, missions de micro expertise, contrat de missions, prestations de « gré à gré » : tout ça pour retourner ensuite à Pôle emploi… avec un zeste de travail au noir ; 4 à 5 millions de personnes seraient concernées !
       Et là dessus on entend des réflexions du niveau du café du commerce soutenir l’idéologie  néolibérale : « un travail à temps partiel ou un emploi faiblement rémunéré, voire un stage, valent mieux que pas de travail du tout, parce qu’ils facilitent la transition du chômage vers l’emploi ».
         Cette « zone grise », n’est-elle pas l’outil idéal pour l’ubérisation de la société ?
       Tout cela va encore s’accélérer avec les dernières réformes du code du travail fondées sur l’idée folle que le chômage va baisser en flexibilisant davantage le droit du travail qui serait devenu trop protecteur.
        Voilà des années que nous avons flexibilisé le travail en créant cette « zone grise » évoquée ci-dessus, tout en compliquant le droit du travail, en grande partie sur propositions patronales, que l’on veut simplifier maintenant !
         Derrière tout cela, il y a des vies en déflagration sociale. La « main invisible du marché » est lourde pour les plus faibles. Cette situation ronge notre société. Comme aurait dit La Fontaine dans les animaux malades de la peste : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient touchés ».

          Aujourd’hui, dans les conditions politiques, démographiques, économiques et financières actuelles, la majorité des français a acquis la certitude que la courbe du chômage ne s’inversera pas, au mieux stagnera… Sans toujours analyser que l’on va transformer les chômeurs en pauvres !
          C’est la situation qui prévaut désormais dans tous les pays européens.
         Aux USA, les chômeurs sont devenus des pauvres. On a partagé le travail d’une façon sauvage : il y a tellement de petits boulots, souvent mal payés, entre 10/15 heures par semaine, que la durée moyenne du travail est de 33 h par semaine… et le niveau de chômage officiel annoncé de 5% est plus bas qu’en France, mais avec 24% de personnes en-dessous du seuil de pauvreté ! C’est sûrement la raison principale de l’élection de D. Trump.
         Prenons le cas éclairant de l’Allemagne, présenté comme « exemplaire » par notre nouveau Président.  En 1999, MM. Schröder et Blair signent leur manifeste sur l’emploi…
         En Allemagne les réformes HARTZ, sont mises en place par la coalition SPD-verts dite « social-démocrate »… Entrés en vigueur en 2005, ces accords orchestrent la dérégulation du marché du travail qui consiste à « enfourner les chômeurs » dans les job centers (une sorte de mission locale plus prégnante) avec des minijobs à 400 euros par mois, défiscalisation des bas salaires, déplafonnement du recours au travail temporaire, subvention aux agences d’intérim qui voient leur activité exploser…
         Fin 2016, le filet HARTZ IV englobait près de 6 millions de personnes, dont 2,6 millions de chômeurs officiels + 1,7 million de non officiels, sortis des statistiques par la trappe des « dispositifs d’activation » (formations + coaching), des jobs à 1 euro. C’est peut-être cela qui séduit tant notre Président ! 
         HARTZ fonctionne à la manière d’un service de travail obligatoire qui consiste à chercher un travail qui n’existe pas : un vrai sport de combat ! Ce qui n’empêche pas les menaces et les sanctions qui pèsent sur l’allocataire tenu en permanence à la merci d’un guet-apens. Par le job center, près d’un million de sanctions ont été prononcées en 2016, avec ponction sur les allocations de 409 euros par mois pour une seule personne, sanctions censées motiver l’allocataire, rebaptisé « client ».
       Ce minimum vital ne leur permettant pas de s’acquitter d’un loyer, le job center prend celui-ci en charge, à condition qu’il ne dépasse pas le plafond fixé par l’administration selon les zones géographiques. Le job center peut aussi débloquer au compte-gouttes des aides d’urgence, ce qui lui confère un droit de regard qui s’apparente presque à un placement sous tutelle : compte bancaire, achats, déplacements, vie familiale et même amoureuse. Aucun aspect de la vie privée n’échappe à l’humiliant radar des contrôleurs.
        Dans une société structurée par le culte du travail, la stigmatisation des chômeurs est si prégnante que beaucoup éprouvent de la honte à seulement évoquer leur situation devant les autres. Il y a beaucoup de détresse, beaucoup d’impuissance aussi, devant ce monstre bureaucratique que les chômeurs perçoivent non sans raison comme une menace… Ici aussi on pourrait trouver quelques explications sur le vote d’extrême droite en Allemagne !
Apparemment, cela importe peu pour les dirigeants de ce pays, car ces dispositions sur l’emploi viennent renforcer la politique de l’Allemagne : comprimer les salaires donc la demande interne, diminuer les dépenses publiques, miser sur les exportations tout en produisant avec les salaires les plus bas de l’ex-RDA et des pays de l’Europe de l’Est… C’est ainsi que l’Allemagne impose l’austérité ailleurs en Europe.
          Et c’est ce « modèle allemand » que l’on nous cite en exemple constamment tout en oubliant de préciser que le nombre des pauvres est passé de 14 à 18 %, comme en Grande-Bretagne, tandis qu’il atteint 24 % aux USA…
          En France, le taux de pauvreté atteint 14%, soit 1 français sur 7, donc 9 millions de personnes… C’est énorme. Mais les libéraux, en prenant modèle sur ces pays « exemplaires », pensent que nous avons encore des marges de manœuvre… Attendez-vous à voir les statistiques du chômage officiel indiquer une baisse, mais avec de plus en plus d’exclusion en allant vers une précarité en attendant la pauvreté dont on parlera peu.  
         C’est en France que, curieusement (ou pas !), Mr HARTZ se réfugie quand il est condamné, en Allemagne, en 2007 à deux ans de prison avec sursis et à 500 000 euros d’amende pour avoir « acheté » la paix sociale chez Volkswagen : pots de vin, voyages, prostituées, etc. Il n’empêche. Les lois HARTZ constituent depuis 12 ans une source inépuisable de ravissement dans les cercles patronaux, médiatiques et politiques. Pour Mr HARTZ, invité régulièrement par le MEDEF, reçu par F. Hollande, c’est désormais E. Macron qui lui réserve ses oracles, par presse interposée. E.Macron salue lui aussi « l’exceptionnelle réussite de l’économie allemande ». Il estime que HARTZ IV, non seulement « c’est mieux pour l’emploi », mais c’est préférable aussi pour diffuser la joie et la bonne humeur puisque « les Allemands se déclarent de plus en plus satisfaits de leur situation, alors que la satisfaction des Français stagne ». Il n’est pas contestable que les projets de M Macron s’inspirent en ligne directe du « modèle » allemand.
        Ainsi, pour E. Macron, tout est cohérent !  Et le sort réservé aux personnes en difficulté apparaît clairement. Après l’évidage en 2017 du code du travail, sous le prétexte grossier de lutter contre le chômage en licenciant plus facilement, nous voyons fleurir dès début 2018 les plans de licenciement « concertés », juste après le plan de licenciement massif provoqué par la suppression de 260 000 emplois aidés !  
          Tout cela conforté par une politique fiscale qui renforce les revenus du capital mais pas ceux du travail…
       Pour justifier cette politique, il faut donner des exemples : communiquer sur la « chasse aux chômeurs », devenus des boucs émissaires, même si cela n’est pas pertinent vu que ce sont les emplois qui manquent !
        Déjà, au mois de novembre 2017, une enquête de Pôle emploi, ciblée ou pas (?), a été publiée concernant le contrôle des chômeurs : sur 270 000 personnes contrôlées, il s’est avéré que 86 % étaient en recherche active et 14 % avaient été radiées ; 40 % seulement des chômeurs étaient indemnisés, 23% bénéficiaient d’allocations de solidarité, 36% ne touchaient plus rien… Ce qui revient à dire qu’un peu plus de 5 % des chômeurs indemnisés ont été réellement sanctionnés et leur allocation chômage a été réduite de 20% pour une durée de 2 à 6 mois. Ce qui vient confirmer qu’une indiscutable majorité d’entre eux souhaite ardemment retrouver un emploi…  Mais cette réalité ne suffit pas à calmer les ardeurs de nos gouvernants : il faut renforcer les sanctions !
       Les chômeurs, présumés fainéants, devront rendre des comptes « plus serrés ». Pôle emploi a fait appel à Antoine Foucher, ancien du MEDEF, ce dernier évoquant un contrôle journalier. Pôle emploi va embaucher 200 contrôleurs de plus … En voilà de nouveaux emplois !
        Ainsi, si un chômeur décline deux offres d’emploi « jugées  raisonnables » ( ?), ses allocations seront d’emblée réduites de 50% pour une durée de deux mois, S’il récidive, elles seront carrément supprimées pour une même période de deux mois, en attendant davantage…
       S’agit-il d’une façon de stigmatiser une partie de la population de chômeurs et  précaires en pensant qu’un sentiment de honte les envahissant permettrait de les voir disparaître des  radars ? Tomber dans la pauvreté, en attendant qu’ils disparaissent, c’est à dire qu’ils n’existent plus. Un pauvre c’est inexistant et beaucoup moins gênant qu’un chômeur qui pourrait demander des comptes… Ce n’est plus de l’exclusion, mais de l’élimination, en attendant l’éradication. Certains membres de notre société seraient-il en « trop », ce qui est la définition même d’une société « barbare » ?

Voilà comment nos gouvernants en s’attaquant avec acharnement aux conséquences d’un problème (le chômage) et en ignorant ou feignant d’en ignorer les causes (une mauvaise redistribution des  richesses) ; la facture économique du chômage, mais surtout humaine va s’alourdit continuellement ! Cela se fait avec toutes les conséquences que nous connaissons : dissolution des liens sociaux, impossibilité pour beaucoup de former un projet de vie, destruction des valeurs, de tout ce en quoi nous croyions, particulièrement l’abandon de nos principes républicains, la désintégration systématique de l’État-Providence, l’implosion de la démocratie, l’atomisation de la classe ouvrière, bref de tout ce qui fait société chez l’Homme.
Ainsi l’aventure de notre modernité risque de tourner au désastre.

 

                                                                                                                                     Oncle JEF
                                                                                                                            Onclejef11@gmail.com

 

 

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1 commentaire

Tout a fait clair ! Il apparait qu’une des conséquences de « 68 » mouveme,nt qui a frappé la France et nombre de pays industrialisés, les grands décideurs du CAC 40 ont décidé de se jouer du politique en créeant des holdings interagissantes au dela des frontières tout en décidant de fractionner les grandes unites de producion déménagées dans des pays à faible cout social ET de robotiser au maximum les chaines de production . Un robiot n’est jamais malade ou en burn out et n’a pas besoin de congés …En 1970 il fallait 80 h en moyenne pour fabriquer une voiture a la chainen aujourd’hui la moyenne est 13 h et même 7h dans l’usine Nissan d’Angleterre ! Aujourd’hui bien malin qui peut dire ou est fabriqué « sa » Logan ? En France ? en Alégrie ? au Maroc ? en Roumanie ? ou ? Alors ou sont passés les 45000 salariés de Renault Billancourt , poumon de la France en 1968 ?

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