Narbonne : histoire d’une mobilisation citoyenne

Une nouvelle opposition se structure à Narbonne, contre le projet de "Salle Multimodale" lancé par le maire Didier Mouly. Des citoyens de Narbonne ont en effet découvert que toute l'information n'avait pas été communiquée au public sur ce projet qui, rappelons-le, n'a fait l'objet d'une communication publique qu'à la veille du dépôt de permis de construire. Édifiant exemple de l'inacceptable méfiance qu'entretiennent certains élus à l'égard de ceux qui les ont mandatés pour agir en leur nom. L'association "Touche Pas à Mon Parc" s'inquiète, à juste titre semble-t-il, de la disparition du Parc des Sports et lance une gazette intitulée "La Causette du Parc".

S’il est généralement admis qu’en matière de projets d’urbanisme et d’aménagement, l’information et la participation des habitants et des usagers sont nécessaires car ils facilitent leur acceptation, il en va tout autrement dans la pratique, car les responsables politiques comme les opérateurs se méfient de la « population » et de sa capacité à comprendre ce qui lui est présenté par les gouvernants comme relevant de l’intérêt public. C’est ainsi que le fonctionnement de cette participation, aux apparences démocratiques, devient un simulacre fondé sur une information orientée ou tronquée, une consultation publique « aménagée » et des expertises et instances représentatives « sélectionnées »… Ces mauvaises pratiques touchent autant le niveau national que le niveau local. A Narbonne, où les habitants sont déjà confrontés à un projet d’incinérateur de déchets nucléaires, la nouvelle équipe municipale, élue en 2014 et dirigée par le Maire D. Mouly, a pour « projet du mandat » la construction d’une salle multimodale de près de 5 000 places, au sujet de laquelle il semblerait bien que les citoyens n’aient pas eu accès à la totalité de l’information.

Bien que mentionné avec peu de précisons dans le programme électoral du candidat Mouly, le projet définitif de salle multimodale a été découvert par l’opinion narbonnaise, alors que les habitants n’avaient pas été consultés lors de son élaboration. Certains habitants se sont levés contre ce projet, dont la localisation menace de destruction une partie du parc des sports, espace vert et terrain de jeu familial. Ils se sont tout d’abord mobilisés, de manière informelle, pour chercher des informations plus précises sur les caractéristiques du projet.  Parmi eux Virginie Birocheau, médecin narbonnais, qui jusqu’alors n’avait jamais milité dans aucun parti politique ou association.

Virginie Birocheau, ainsi que de nombreux usagers du parc des sports, ont voulu en savoir plus. Ce qui leur est apparu très vite, c’est la difficulté faite au public pour accéder aux documents recherchés, notamment sur l’emplacement exact de cette future salle. Cette opacité qui semblait entretenue par la municipalité, loin de décourager V. Birocheau et ses amis, a renforcé leur détermination à connaître tous les aspects du projet et à donner leur avis d’habitants et de citoyens. C’est pourquoi ils se sont constitués en association « Touche pas à mon parc des sports » (TPAMP), avec Virginie Birocheau pour Présidente.
Cette association, forte de 70 membres, a obtenu 4 300 signatures à sa pétition pour défendre le Parc des Sports contre ce projet (ndlr : ce qui représente un score non négligeable pour une ville de 52 000 habitants). Elle intervient en continu dans les réseaux sociaux pour informer le public et organise des manifestations publiques, sollicite un rendez vous avec le préfet, soutient un recours en justice par un de ses membres par ailleurs conseiller municipal d’opposition, etc.

Le projet « tout ficelé » de salle « multimodale » a finalement été présenté aux Narbonnais par la municipalité à la veille du dépôt du permis de construire, sous la forme d’une communication faite d’informations tronquées, partielles ou partiales. Une large partie du public a été choquée par sa localisation, son coût et sa destination, qui ne semblent pas correspondre aux besoins et aspirations de la plupart des narbonnais. Au fur et à mesure de leur découverte du dossier, omissions, flous et incohérences sont apparus au grand jour, sans que le maire, sollicité sur ces questions, ne daigne y répondre en toute clarté.

Comme il se doit, cette contestation animée par TPAMP  et transformée progressivement en contradiction, a déplu au maire qui voyait des obstacles imprévus se dresser face à la réalisation du projet phare de son mandat, de son projet.
Sa réponse a consisté en 2 types de maladresses qui témoignaient du caractère autocratique de sa gestion des affaires municipales :

  • selon lui, le projet de salle multimodale était légitime puisque contenu dans son programme électoral,
  • il s’est laissé aller à des attaques ad personam, centrées essentiellement sur la personne de V. Birocheau, tentant de la disqualifier en la faisant passer pour une personne isolée, exaltée, irresponsable, etc.

Pour la justification de son projet, l’argument est bien connu : il joue la confusion entre légalité et légitimité. Le système électoral français permet de confier les pleins pouvoirs à un exécutif national ou local à un candidat fortement minoritaire au premier tour, mais élu au second tour, dans des conditions qui n’ont rien à voir avec son programme annoncé. C’est le cas pour le maire D. Mouly, élu au second tour par 360 voix d’avance avec 48% d’abstentions et qui n’a rassemblé sur son nom et donc sur son projet que 15,12% du nombre total d’électeurs potentiels au 1er tour !
Pour l’attaque ad personam, elle dénote, en plus du caractère autocratique du maire,  un manque de sang froid inquiétant. Il serait utile qu’il se rappelle qu’en démocratie, il dispose d’un mandat qui lui a été confié par les électeurs et qui lui fait obligation de leur rendre compte de façon claire et transparente de l’exécution de ce mandat. Les gesticulations censées prouver l’autorité sont toujours contre-productives et les insultes aux contradicteurs ne font que renforcer leur position au détriment de l’insulteur : comment peut-on oublier cela, comment peut-on s’oublier à ce point ?

En tout cas, la violence des réactions du maire et de ses affidés (discrédit, menaces, expulsion du conseil municipal avec mise en place d’un huis clos, prise à partie personnelle pendant une autre séance de conseil municipal – ce n’est pas rien cette pression exercée par « les autorités » sur une simple citoyenne), n’a fait que renforcer la détermination de V. Birocheau à continuer et élargir le combat citoyen, pour une gestion municipale plus démocratique et plus soucieuse du bien public.

Désormais Virginie Birocheau, Sandrine Sirvent, entourées de nombreux sympathisants et contributeurs,  publient un journal, «La Causette du Parc » qui se propose de jeter un regard citoyen sur l’actualité et la gestion municipale.

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/01/2018

Vous pouvez consulter ici la copie du premier numéro de « La Causette du Parc« 

 

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5 commentaires

Excellent article démontrant qu’une citoyenne peut se lever et dire « stop parlons en » et regrouper en quelques semaines plus de 4000 signatures d’une pétition qui demande un débat arugumenté et des « comptes » des futures dépenses payées par les impots des citoyens ! Jusqu’a quand cette impunité des élus auto proclamé « roi », déguisé en démocrate ? La situation a Narbonne est ubuesque : la Ville engage 24 millions pour une méga salle de 5000 places, pendant que l’Agglo investit pour rénover et agrandir le parc des expositions… pendat que la Région fait construire le Musée de la Romanité (avec l’aide de l’Europe) et que l’Etat continue d’abonder le budget du Théatre Scene Nationale … tout cela avec les impots des citoyens quyi n’ont pas leur mot a dire …. Jusqu’a quand ? Si la Cathédrale n’a jamais été terminée, Il est affligeant de constater que la Municipalité de M Moynier avait construit un « aspirateur » avec un camion a 1,5 M€ (!) alors même qu’aucune parcelle d’un futur éco-quartier n’avait trouvé préneur! La nouvelle équipe municipale a alors décidé de vendre non sans mal le fameux camion neuf et transformer l’aspirateur en lieu d’art contemporain …. que l’équipe municpale actuelle va transformer en hotel de police !!!! sans doute pour assurer la sécurité des visiteur du nouveau musée ? A quand une réféxion – concertation de Narbonne 2040 ? en terme d’aménagement, de maitrise fonciere ? de déplacements durables ? en utilisant le canal de la robine et réhabilitant le centre ville …. Merci a l’équipe Touche pas a mon parc d’avoir oser se lever et s’exprimer malgré les intimidations de toute nature… Narbonne mérite mieux

Nathalie Delvallez

Cet article est excellent ! Merci.

Vraiment bien rédigé : tout est clair !! Bravo et merci de soutenir TAMP

Birocheau Virginie

Très bel article en soutien à l’action de Touche pas à mon Parc !

Merci de votre appréciation ! N'(hésitez pas quand vous avez une nouvelle à faire passer (réunion, manifn etc.) nous relayerons !
Amitiés
Hubert

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