La Servante Écarlate

Un roman de Margaret Atwood / Robert Lafont (Pavillons poche) (*)

 

Une claque effrayante !

Defred est une jeune femme, une servante recluse dans sa chambre. Defred n’est pas son nom de naissance, mais un nom qui lui a été donné par le régime. Elle ne peut sortir en ville qu’accompagnée de Deglen, une autre femme, vivant dans les mêmes conditions qu’elle. Toutes deux doivent s’espionner mutuellement, et quand elles partent en ville, leurs pas les portent vers le mur des pendus où restent accrochés plusieurs jours les hommes et femmes exécutés. Elles ne possèdent rien et tout a été pensé afin qu’elles ne puissent pas envisager le suicide.

Elles portent des robes écarlates, des coiffes qui leur cachent le visage et les yeux…seul leur utérus présente un intérêt pour la République de Gilaed, où elles vivent. Elles sont servantes écarlates que parce qu’elles ont déjà eu un enfant en bonne santé, dont elles n’ont aucune nouvelle. La couleur de leur robe permet de les distinguer des autres classes sociales, chaque caste, chaque classe étant facilement identifiable par  une tenue et des couleurs imposées. 

Le régime attend d’elles qu’elles donnent un bel enfant à la femme stérile d’un Commandant, (avec un grand C). 

Alors régulièrement et mécaniquement le Commandant vient la besogner, sans amour, sans caresse, pendant que son épouse tient les bras de Defred…

En effet, du fait d’évènements que nous connaitrons plus tard, la natalité a fortement baissé, les fausses couches sont nombreuses, des enfants naissent atteints de malformations, de nombreuses femmes sont devenues stériles….

Avant d’être réduite à ce rôle, la jeune femme a eu une fille, elle a connu le bonheur avec son mari Luke…ils n’ont pas pu fuir vers le Canada quand ce régime s’est installé…..aux États-Unis à la suite de la disparition d’un autre régime. Je n’en dirai pas plus.

Le droit à l’avortement n’était pas généralisé, loin de là en 1984, (tiens, un chiffre qui  me dit quelque chose !), date à laquelle Margaret Atwood écrivit ce roman paru en 1985, cette nouvelle dystopie semble-t-il.  Dans de nombreux pays, y compris en Europe, les femmes étaient encore des citoyens de second ordre n’ayant pas liberté de ne pas garder un embryon non désiré, des voix intégristes se faisaient encore entendre pour revenir sur la libéralisation de l’avortement, sur les libéralités gagnées de haute lutte contre les églises, contre l’Église. Les femmes étaient encore rares à occuper des postes de direction. 

Certes le trait peut sembler être poussé à l’extrême. Mais….

Mais un peu plus de trente ans après la parution du livre, le monde découvre avec inquiétude et une horreur dont les limites sont régulièrement repoussées, les exactions commises par les islamistes, les femmes voilées, lapidées, les hommes exécutés pour adultère, les pendaisons pour de prétendus crimes sexuels….et en Europe et en Occident des voix se font toujours entendre pour que le ventre des femmes appartienne aux hommes.

Une claque parce que j’ai lu ce livre avec bonheur. J’ai été pris, capturé par le scénario, mais aussi une claque « Effrayante » car comme le dit Margaret Atwood dans la postface du livre : « Je m’étais fixé une règle: je n’inclurais rien que l’humanité n’ai pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d’exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang; l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété : tout cela a des précédents, et une bonne partie se rencontre non pas dans d’autres cultures ou religions, mais au sein même de la tradition « Chrétienne ».

Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 10/02/2018

 

Lien avec le site littéraire de Jean Pierre Vialle :
https://mesbelleslectures.com/2018/02/11/la-servante-ecarlate-margaret-atwood/

(*) Cet ouvrage est disponible à la Médiathèque de Grand-Narbonne en livre papier et en format tablette e-pub,  ainsi qu’à la médiathèque de Port la Nouvelle en format papier.

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