De quoi le changement de nom est-il le nom ?

Janus aux deux visages.

Au Front National, la grande affaire en ce  début du mois de mars a été le changement de nom de ce parti qui est devenu le Rassemblement National. Une exégèse approfondie permettrait d’explorer les motivations psychologiques ou politiques qui ont incité à ce changement de nom, mais ce qui est sûr et reconnu, y compris par les acteurs de cette opération, c’est qu’il est un des moyens imaginés par l’état major du FN pour sortir de la crise que subissait le parti, suite aux  présidentielles de 2017.

Le changement de nom comme solution pour sortir d’une crise : cela vaut réflexion !

A l’examen cette pratique est relativement fréquente : laissons de côté le monde des escrocs et autres criminels qui changent de nom pour échapper à la justice, on s’aperçoit qu’elle est relativement courante dans le monde politique et dans celui de l’entreprise…

Les précédents politiques sont nombreux, par exemple :

  • le RPF Gaulliste (Rassemblement du Peuple Français) disparu en 1953 suite à des échecs électoraux renait sous forme d’UNR (Union pour la Nouvelle République) dans le but de soutenir de Gaulle aux législatives de 1958 qu’elle remporte.
  • La SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) fondée en 1905 disparait suite à son échec aux législatives de 1968 et fusionne en 1969 pour créer le PS parti socialiste
  • L’UDF (Union pour la Démocratie Française), suite à des désaccords internes sur le soutien à Sarkozy lors de la présidentielle 2007 la crise éclate et l’UDF se transforme le 10 mai 2007 en Modem (Mouvement démocrate)
  • Le RPR (Rassemblement Pour la République) créé en 1974 pour succéder à l’UNR se transforme en UMP en 2002, suite au succès de Chirac aux présidentielles pour lui trouver une majorité parlementaire soutenir puis se transforme en LR (Les Républicains) en 2015 suite aux scandales internes qui agitent l’UMP et à la volonté de Sarkozy de prendre sa revanche aux élections présidentielles de 2017 après sa déconfiture de 2012…

Le changement de nom est une pratique qui touche tous les bords politiques.

Du côté des entreprises les exemples sont aussi nombreux :

  • La SNCF va mal : on la scinde en 1999 en RFF (Réseau Ferré de France) qui gère les infrastructures et les loue à la SNCF qui fait rouler les trains. Malgré cela la SNCF va encore et toujours mal et des litiges se sont crées entre elle et RFF : alors en 2012 dans le cadre de la réunification de la SNCF, RFF prend le nom de SNCF Réseau, etc…
  • AREVA initialement appelée TOPCO est créée en 2001 par absorption de Cogema, Framatome et CEA Industries. En 2006 Cogema prend le nom d’Areva NC, Framatome prend le nom d’Areva NP et CEA industries devenu entretemps Technicatome prend le nom d’Areva TA. En 2016 suite à de nombreuses difficultés et de lourdes pertes financières Areva se restructure en séparant ses acticités : la filière combustible prend le nom d’Areva New Co, tandis que l’activité de construction des réacteurs est reprise par EDF. En janvier 2018 Areva NC, après restructuration des activités du groupe Areva autour de la filière combustible et déchets devient Orano

On pourrait se livrer au même exercice avec EDF, avec des banques, ou avec toutes sortes d’industries et d’établissements commerciaux. Mais quel est le but de ces changements de nom ? Dans certains cas ils correspondent à une réalité : par exemple un changement de nom résultant de à la fusion de plusieurs sociétés dans une entité nouvelle. Mais pour beaucoup d’autres cas le changement de nom semble surtout résulter d’une action de communication, d’un « coup de com », d’un effet cosmétique destiné à se refaire une « virginité », après avoir constaté que l’image de l’entreprise, du service ou du parti politique était devenue désastreuse auprès du public, des clients, des électeurs ou des investisseurs.

Ces « coups de com » sont-ils efficaces ?  Leurs opérateurs ne prennent-il pas le public pour un ramassis de demeurés, juste capables de gober leurs tours de passe-passe ? Il semblerait pourtant que parfois ça marche : la valse des dénominations tend à donner le tournis et à semer la confusion dans un public peu attentif aux péripéties politiques ou au fonctionnement des entreprises. Nombreux sont les gens qui pensent qu’Orange est un établissement public, voire une administration, et qui ne savent pas qu’Enedis est le successeur d’Erdf…

Mais ces changements de nom ont parfois des effets inattendus, non prévus par les agences de communication qui les conçoivent. Ainsi certains de nos lecteurs ont associé Orano à « Ora pro Nobis » : chaque ancien enfant de cœur sait que cette expression latine se traduit par « priez pour nous ». Drôle d’appellation pour un acteur majeur de notre filière nucléaire qui connait tant de difficultés !

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/03/2018

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1 commentaire

Eh Oui, quand on ne veut traiter les problèmes au fond on trouve une raison de forme pour « noyer le poisson »… On communique. C’est du marketing, cet abus de conscience ou de confiance de tous nos stratèges d’entreprises, d’institutions administratives et politiques qui se plient à des approches « markétisées ». Ce qui évite de traiter réellement les problèmes.
Oncle JEF

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