Les années 2010, avènement de la voiture électrique ?

En matière automobile, le nouveau millénaire ne change rien : les clients continent d’acheter des voitures thermiques avec un pétrole pas cher, les automobiles prennent de l’embonpoint en raison d’équipements ajoutés en matière de confort, de sécurité et de « propreté » (climatisation, radio connectée, Airbag, pots catalytique et vanne EGR), la motorisation Diesel vampirise les autres pour atteindre plus de 75% du parc automobile et 85% du carburant consommé en France. Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas si sûr ….

Le coût du « tout bagnole » finit par questionner les utilisateurs :

  • la voiture n’est plus LE signe distinctif de sa place dans la société,
  • les indications « constructeur » s’avèrent trompeuses, notamment pour ce qui est de la consommation, des rejets polluants et des coûts,
  • les contraintes occultent le plaisir d’usage : limitations de vitesse et restrictions en tous genres, amendes, permis à points, stationnements problématiques, contrôles techniques. Les urbains commencent à se détourner de l’automobile au quotidien,
  • le coût d’usage des voitures diesel, utilisées en ville pour de courts trajets, devient « insupportable » : pannes à répétition des vannes EGR, de pot catalytique, d’injecteurs-pompes quand ce n’est pas la casse moteur et une surconsommation coûteuse,
  • en 2005, l’étude « Diesel : Et si on nous trompait » de Jean Louchet, chercheur à l’INRIA, fait grand bruit. Il tente d’alerter l’opinion publique et les gouvernants des dangers du Diesel : le nombre total de décès dus aux particules fines dans l’atmosphère (donc essentiellement au diesel) est estimé à 31 700 morts en 2000 en France (rapport AFSSE, page 60). ce chiffre est à comparer aux 7 000 décès environ dus aux accidents de la route. Cette étude renforce les avis des rapports Roussel (1983), Martin & Bellec (1994), Société Française (1996).

En 2008, le pétrole abondant et pas cher va connaître une augmentation de prix atteignant en juillet les 146 dollars le baril (159 litres). Certains prédisent même un baril à 300 ou 400 dollars. Mais la mise sur le marché de pétrole non conventionnel (pétrole de schiste aux USA, sable bitumineux au Canada..) va contraindre les pays producteurs à augmenter leur production et donc à faire baisser les prix : le baril repassera sous la barre des 30 dollars en janvier 2016, créant des difficultés pour certains pays producteurs (Venezuela, Algérie, Russie …). Mais les consommateurs restent inquiets, tout comme les constructeurs de véhicules et redoutent une nouvelle envolée du prix du pétrole.

Le véhicule électrique relancé ?

Face à ces “faits”, les petits constructeurs français se relancent, en ordre dispersé, et proposent de petits véhicules électriques de ville, offrant une autonomie théoriquement suffisante. Mais leurs aspect décalé de voiture sans permis et le manque d’équipements (climatisation notamment) et le prix qui reste élevé au regard des prestations (25 000€) ne suscitent pas l’adhésion des consommateurs, hormis quelques militants.

C’est ainsi que Courb, Luménéo, Kraft, MIA, Fam F City, Brandt Motor, Think City (Norvégien) Reva (Indien), Goupil, Andruet, Heuliez simplicity sont concurrents d’un marché de niche les obligeant à jeter l’éponge les uns après les autres, au lieu de mutualiser en se regroupant.

Exemple d’échec cuisant : Heuliez, qui a connu son heure de gloire dans les années 1990 comme sous-traitant de grands constructeurs (notamment les Véhicules Electriques PSA : AX, Saxo et 106 électric) se lance dans la production de la MIA. voiture 100% électrique française, offrant une autonomie de 80 ou 125 kms selon batterie (8 ou 12 kW lithium fer phosphate). Imaginée pour un service d’auto partage à Paris, avec recharge sur prises simples installées sur les luminaires et à destination des collectivités. Malheureusement, malgré – ou a cause de –  l’engagement de Mme Royal présidente de la région, il n’en sera rien. Disponible en 2 longueurs elle ne se vendra de 2011 à 2013 qu’à 1 500 exemplaires en France et à l’étranger au lieu des 12 000 exemplaires / an prévus ! Au-delà de moult soubresauts, un projet de relance d’une nouvelle MIA est néanmoins annoncé pour 2018.

En 2008, le milliardaire australo-américain, Elon Musk, commercialise un roadster électrique TESLA aux performances incroyables pour l’époque : le 0 à 100 km/h en 3,9 secondes et une autonomie de 400 kms. 2 500 exemplaires seront vendus entre 2008 et 2012, au prix de base de 65 000 €. La concurrence est scotchée mais le milliardaire réussit à s’attirer les financiers pour construire son usine de véhicules et fabriquer ses propres batteries.

En 2009, Carlos Ghosn, patron de l’alliance Renault Nissan, annonce la stratégie du constructeur – ambitieuse et sans équivalent sur le marché : proposer une gamme complète de véhicules 100 % électriques accessibles en prix. Il considère que les véhicules électriques contribuent à la transition énergétique car ils réduisent le recours aux énergies fossiles (carburants classiques).

  • 2010 : Commercialisation de la Nissan Leaf, première voiture de grande série à propulsion purement électrique. C’est le modèle le plus vendu au monde, à plus de 300 000 ex., ayant parcouru 3,9 milliards de km. 12 000 exemplaires ont trouvé preneur en France. La nouvelle LEAF lancée en 2018 semble promise au succès avec une autonomie de 240 km. Une version dotée d’une batterie 64 kW sera proposée en 2019 avec une autonomie de 360 km,
  • en 2011 apparaît la Renault Fluence : berline 4-5 places pour 20 900 € + location de batterie de 82 à 148€ / mois offrant une autonomie de 185 km (de 70 à 140 km dans la réalité). La vente est stoppée en France en 2013, mais la voiture est rebadgée SM3 et vendue en Corée par Samsung (marque appartenant à Renault),
  • en 2012, la Renault Twizy est un petit véhicule de 2 places déjà vendu à plus de 16 400 exemplaires dont le  prix varie entre 7 340 € et 8 040 € + location de batterie (de 54 € à 78 € / mois) offrant une autonomie de 100 à 120 km (70 à 90 en réalité),
  • en 2013, commercialisation de la ZOE. Annoncée depuis 2009 et très attendue, la ZOE va connaître un véritable succès commercial. Elle propose une autonomie officielle de 240 à 400 km (150 à 300 dans la réalité) selon moteur et batterie. Renault propose 4 niveaux de finition, avec un prix d’attaque de 17 600 € + location de batterie de  69 € à 119 € (et même 1€ si ZOE d’occasion à 9 950 €) Quelques 100 000 ZOE ont déjà trouvé preneur. En 2018, Renault annonce la possibilité d’acheter le véhicule batterie comprise moyennant un surcoût de 8 900 € (amortissement en 6 ans !)

En 2011, lancement réussi d’Autolib’, service public d’autopartage de voitures électriques en libre-service, disponible dans l’agglomération parisienne (110 000 abonnés pour 80 000 prévus, utilisant 4 000 voitures électriques « Bluecar du groupe Bolloré ), avec 110 stations couvrant 102 communes de l’agglomération parisienne. L’agglomération lyonnaise (Bluely) puis bordelaise (Bluecub) ont adopté depuis le même dispositif, ainsi que la ville américaine d’Indianapolis aux USA. A noter toutefois une stagnation de l’usage, qui serait imputable au manque de véhicules disponibles, à l’augmentation du nombre de VTC et à la multiplication des concurrents (CityScoot, Zipcar, Ubeeqo, etc.).

En 2012, fort de son succès, la société californienne TESLA commercialise une berline de luxe «MODELE S» déjà vendue à plus de 200 000 exemplaires, 100% électrique, disponible en plusieurs puissances de batterie (40 puis 60, 85 et 100 kW) et offrant jusqu’à plus de 600 km d’autonomie (cf. record d’autonomie d’un client Italien effectuant 1078 km). Ces voitures peuvent être rechargées rapidement et gratuitement sur un réseau de super chargeurs permettant de récupérer 80% de la charge en 40 minutes (cf. les 8 bornes disponibles à Narbonne). A noter que les clients préfèrent les versions les plus puissantes, offrant la plus grande autonomie, malgré un prix conséquent pouvant dépasser les 160 000 € (pour le modèle X).

En septembre 2015, survient le DIESEL GATE : l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) révèle que des voitures Diesel du groupe Volkswagen, commercialisées aux États-Unis, explosent les normes anti-pollution dans des proportions inégalées et très suspectes : les émissions de NOx sont 15 à 35 fois supérieures aux normes pour un premier modèle de Volkswagen et 5 à 20 fois supérieures pour le second ! Sous la pression de la justice américaine, le géant allemand de l’automobile admet rapidement avoir trompé les autorités fédérales depuis 2009 en équipant ses véhicules de «logiciels truqueurs», capables de détecter automatiquement les phases de test de mesure antipollution et limiter les émissions de NOx du moteur lorsque le véhicule est sur banc d’essai. Le scandale est énorme et rejaillit sur l’ensemble des constructeurs proposant des motorisations Diesel. Volkswagen acceptera de verser 23 milliards de dollars aux États-Unis, notamment pour indemniser quelque 600 000 automobilistes et réparer les dégâts causés à l’environnement par ses moteurs Diesel. La plupart des constructeurs seront poursuivis, y compris en France, et l’Europe sera amenée à durcir ses normes de contrôle (voir http://fidesconseils.eu/octobre/).

Aujourd’hui, l’offre des grands constructeurs se diversifie : avec des véhicules 100% électriques, des véhicules hybrides et des véhicules hybrides rechargeables, dotés de différentes motorisations, plus de 100 000 véhicules électriques sont immatriculés en France, soit autant que la Norvège, pays leader en la matière. Les collectivités installent des bornes de recharge comme REVEO et ses 900 bornes installées en Occitanie, dont 44 en fonctionnement dans 25 communes du Grand Narbonne. Sans omettre les bornes d’ENEDIS et des grandes surfaces. Selon le réseau Charge Map, il existe actuellement en France 13 500 points de charge, dotés de 60 000 prises, soit plus que de station services. De quoi voyager partout sans bruit ni soucis, hormis la planification des recharges.

Le consommateur a désormais la possibilité:

  • d’acheter ou louer le véhicule complet (avec batterie) ou de louer la batterie,
  • de choisir la motorisation et la puissance « batterie » nécessaire à son utilisation : plus la batterie est puissante, plus l’autonomie est importante, mais aussi plus l’auto est chère et plus il faut de temps pour « faire le plein » … Certes il existe des possibilités de recharge rapide, mais elles éliminent de fait la recharge à la maison sur une prise domestique.

Prochain article: Et maintenant ?

Joël Raimondi, pour le Clairon de l’Atax, le 23 mars 2018

Voir aussi:

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