Mais qui veut la peau de Marcorignan ?

Marcorignan est un joli petit village à quelque kilomètres de Narbonne sur la route qui mène au Minervois, une route empruntée chaque  week-end d’été par de nombreux tarnais se rendant sur nos plages.

La légende, ou l’histoire, reprises par le site internet du village mentionnent : « En 45 avant Jésus-Christ, le Sénat, à la demande de César, attribua aux vétérans qui avaient combattu en Gaule et en Espagne, des terres et des domaines sur le parcours de la voie domitienne. La Xème légion s’installa autour de Narbonne.
 On peut donc légitimement penser qu’un de ces légionnaires donna son nom au site, le 1er nom cité semble être celui de Mercurianum ou Marcorignanum. »

En tout cas, le village  a su garder son âme, ses circulades typiques. Ici, malgré la proximité de Narbonne, pas de lotissement aux rues perpendiculaires dénaturant le paysage, pas de supérette…Bref, un petit coin d’Aude typique.

Depuis quelques semaines Marcorignan fait la une de l’actualité, une « Une » non voulue et dont le village se passerait volontiers. Dans la plaine qu’il domine, devraient s’installer d’une part une aire de grand passage des gens du voyage et une prison.

Différentes manifestations ont été organisées afin d’informer les habitants qui se sont rapidement mobilisés en masse pour clamer leur opposition à ces deux projets situés à leur porte. A leur porte mais, dans les deux cas, sur le territoire d’une autre commune.
L’aire d’accueil se trouverait sur le territoire de la commune de Narbonne, quant à la prison, elle s’implanterait sur les terres de Moussan….

Hostiles à ces deux projets, les  habitants ont créé un collectif « Les dindons de la Farce » pour clamer haut et fort leur opposition. Un nom évocateur de leur colère.
La dernière réunion en date organisée, par ce collectif, en salle municipale le 8 mars dernier nous a permis d’en savoir un peu plus sur ces deux projets.

La prison :

En octobre 2016, le journal L’Indépendant » mentionnait :

  • « Le Sénateur Roland Courteau et la députée Marie-Hélène Fabre ont appris, du Ministère de la Justice, que l’implantation d’une prison était retenue dans le Narbonnais. Le premier Ministre va l’annoncer ce jeudi 6 octobre, à Agen. »

Mais dès le lendemain l’Indépendant revenait sur cette nouvelle :

  • « La visite de Manuel Valls à Agen n’a pas totalement confirmé les attentes des parlementaires sur le projet de construction de prison à Narbonne. »

Le serpent de mer commençait à onduler dans des eaux assez troubles

Le dimanche 4 mars une chaine humaine réunissait 500 participants à l’initiative des Dindons de la Farce de Marcorignan en accord avec les Elus, pour ceinturer le terrain retenu.

Francis Taurand, nouveau maire du village depuis le 9 octobre 2017, nous a expliqué le 8 mars dernier, à l’occasion d’une réunion publique, à laquelle nous assistions,  qu’il a découvert ce projet de prison à l’occasion d’une réunion initiée par Monsieur Alain Thirion Préfet de l’Aude, il y a quelques semaines. A cette réunion participaient notamment Monsieur Luc Ankri, Sous-Préfet, Monsieur Perea, député, Madame Fabre représentant le sénateur Courteau, Monsieur Bascou Président de Grand-Narbonne, Monsieur Codorniou, maire de Moussan, un représentant de la ville de Narbonne, le procureur de Narbonne, le Président du Tribunal de Narbonne, un représentant du milieu carcéral, deux représentants du Ministère de la Justice de Paris…..on en oublie peut-être. (Ndlr : nous présentons nos excuses aux personnes oubliées.)

A l’occasion de cette réunion, Monsieur le Préfet mentionna que les services du Ministère de la Justice projetaient d’implanter une Maison d’arrêt au lieu dit « Pradines »…c’est-à-dire loin du village. Présentant le plan il pointait cependant du doigt un terrain jouxtant le cimetière de Marcorignan et les premières maisons de Marcorignan…un terrain appartenant à la commune de Moussan, bien éloigné du site de Pradines… sous les fenêtres des habitants.

C’est à l’occasion de cette réunion que Francis Taurand découvrit ce projet…

Photomontage –Dindons de la Farce- vue prison depuis le carrefour de Moussan

Les habitants de Marcorignan précisent clairement leur position… »Notre mouvement n’est pas orienté contre l’implantation d’une prison, n’a pas pour arrière pensée de s’opposer à la politique de sécurité du gouvernement ni à celle de réinsertion des détenus…nous nous opposons seulement au lieu envisagé pour cette implantation »

C’est en effet le lieu retenu pour l’implantation qui causa la levée de boucliers des Marcorignanais. Qui voudrait avoir une prison sous ses murs, un lieu éclairé la nuit par de puissants projecteurs, un lieu bruyant ceint par un mur béton de 20 mètres de haut ? (On nous dit depuis que les murs ne devraient pas atteindre cette hauteur)…Le reportage diffusé au 20 heures de France 2 le 4 mars dernier donne une idée claire des nuisances.

Un voisinage « idyllique » :  https://www.francetvinfo.fr/societe/prisons/baumettes-les-voisins-au-bord-de-la-crise-de-nerf_2638910.html

Pourtant en effectuant une recherche rapide à partir des dates de création des prisons les plus récentes, on se rend compte que toutes ont été implantées loin d’habitations, dans des zones d’activité, ou en pleine campagne. (Centre pénitentiaire de Nancy Maxeville (2009), de Saint Quentin-Fallavier (1991), Roanne (2008), Maison d’arrêt de Lyon-Corbas (2009), de Valence (2015), Perpignan (1987), Béziers (2009)…).

Certaines d’entre-elles ont été presque rattrapées par l’urbanisation depuis leur implantation. Si tel est le cas, c’est parce que les familles qui habitent à proximité l’ont choisi…Ce n’est pas le cas des habitants de Marcorignan qui verraient leur cadre ainsi que leurs conditions de vie fortement modifiés et leur patrimoine fortement dépréciés.

Si la Mairie de Marcorignan n’était pas informée… Qui donc l’était ? Qui donc avait déjà entendu parler de cette implantation, et qui avait proposé ce terrain?
3 mystères…Personne n’en revendique la paternité….Nous avons l’habitude d’entendre très tôt des cocoricos, ici le silence assourdissant est difficilement compréhensible.

C’est sans doute un ou une jeune stagiaire de la Chancellerie à laquelle on remit une carte de l’arrondissement. Et yeux fermés, une aiguille en main, il ou elle pointa ce terrain… Ce serait prendre les habitants de Marcorignan pour des imbéciles que de les laisser dans l’ignorance. Alors rions-en !

L’aire de grand passage des gens du voyage :

En ce qui concerne l’aire de grand passage des gens du voyage, tout est plus simple, bien qu’aussi complexe… mais pas plus logique.
Tout est simple car chaque intercommunalité doit proposer une aire d’accueil engazonnée. Une aire existe à Lapalme, mais sa localisation n’intéresse pas les gens du voyage, et semble-t-il d’autres implantations sont envisagées…
C’est alors que Jacques Bascou, Président de Grand-Narbonne a demandé aux maires de l’agglomération si leurs communes pouvaient mettre un terrain à disposition pour matérialiser ce projet…Celles-ci ne se sont pas bousculées : aucune n’avait envie d’accueillir sur ses terrains cette population. Seule la ville de Narbonne a proposé un terrain lui appartenant, jouxtant la commune de Marcorignan…Bingo, il est presque à coté de celui retenu pour la prison !…Voir le plan ci-dessous

Montage D. Vexenat

Ce site ne convient pas non plus aux habitants de Marcorignan, ni à ceux de la commune de Névian, pour ne citer qu’elle, car elle se verrait traversée par des convois de caravanes…tous les GPS indiquant au départ de la RN 113 un passage par Nevian…Sans compter que ces  convois couperaient la circulation sur la route Narbonne-Marcorignan qui compte plus de 10 000 véhicules jour, 15 000 durant la période estivale… Bref, ce site présente lui aussi beaucoup de désavantages.

De plus cette route est la principale voie d’accès touristique vers le Minervois. Une voie jusqu’ici préservée et qu’il conviendrait de conserver dans cet état au moment où chacun, élus en tête, rappellent l’importance économique du tourisme qui représentait pour l’Aude en 2016, 1 milliard d’euro de chiffre d’affaire avec 22 millions de nuitées dont la moitié dans l’agglomération du Grand Narbonne). On peine parfois à saisir la cohérence des décisions contradictoires des instances locales.

L’aménagement de cette aire coûterait 500 000 € : une paille ! D’autant plus qu’il pourrait être réalisé à titre provisoire, dans l’attente d’une meilleure localisation…Ouf ! Chacun sait qu’en France le provisoire ne dure jamais…(Sourires).
Sans compter, cerise sur le gâteau, que personne n’est certain que cette localisation conviendrait aux usagers. Aucune étude sérieuse, aucun sondage auprès des utilisateurs potentiels ne semblent avoir été faits. C’est du moins ce qui est ressorti de la réunion publique du 8 mars et cela laisse à penser qu’elle ne serait pas plus fréquentée que l’aire de Lapalme…Bref, ce sera sans doute encore de l’argent jeté par les fenêtres.

Un point évoqué lors de la réunion laisse rêveur… A partir du moment où cette aire est utilisée hors vacances scolaires, les écoles locales doivent proposer l’accueil des gamins…Personne n’a actuellement la réponse à la question : écoles de Narbonne, commune propriétaire du site, ou école de Marcorignan….juste à côté… Dans tous les cas il sera, je pense, indispensable que le PLU de Narbonne soit modifié, la parcelle étant à ce jour très vraisemblablement à usage agricole.  Un vote qui pourrait apporter des surprises. Qui sait ?

En ayant choisi une solution de facilité… »j’interroge les communes », le Grand-Narbonne va peut-être aller au devant de lourdes désillusions et de dépenses superflues…

On aurait pu envisager, que le Grand-Narbonne sollicite un cabinet spécialisé, interrogeant les représentants de ces communautés, recherchant des terrains, y compris en zones inondables – l’aire de Carcassonne est en zone inondable-et disposant de possibilités d’accueil scolaire…

Au fait pourquoi construire une aire ? Parce que la loi l’impose ou parce que si une aire existe, mais n’est pas utilisée, des procédures peuvent être lancées pour expulser les caravanes s’implantant sans autorisation à Gruissan, Vinassan, Narbonne ?
Alors pourquoi en construire une nouvelle, si celle de Lapalme est agrée ?

Le département de l’Aude est, de ce point de vue, classé meilleur élève de toute l’Occitanie avec 100% des objectifs réalisés en matière d’accueil des gens du voyage. Loin devant un peloton de collectivités qui ne réalisent que 40 à 70 % des objectifs fixés.

Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 12/03/2018

 

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3 commentaires

Berestetsky Jeanne

Un très grand merci, Jean-Pierre après cet article les Dindons de la Farce se sentent moins seul. Bien amicalement

La Rédaction du Clairon de l’Atax

Bonjour Jeanne,
Merci pour vos commentaires.
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Bien à vous,
La rédaction

Berestetsky Jeanne

Merci beaucoup Jean-Pierre de cet article précis et détaillé. Dès que les Dindons auront des nouvelles nous ne manquerons pas de t’en faire part. Jeanne

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