Réflexions sur l’urbanisme et l’aménagement

Le territoire de Narbonne & alentours

Note de la rédaction

Les questions et problèmes liés à l’urbanisme et au développement de l’agglomération narbonnaise suscitent de nombreuses réflexions chez nos lecteurs et contributeurs. Par ailleurs divers collectifs et associations se mobilisent en réaction à des projets d’investissements publics et privés, ou à tel ou tel aspect du fonctionnement de ce territoire. Une réflexion prospective, menée par l’association ECOLOCAL, tente d’esquisser ce que pourraient devenir Narbonne et ses environs, en mobilisant  habitants, professionnels et élus et en animant leurs échanges. C’est dans ce contexte riche et varié qu’il a paru opportun à la rédaction du Clairon de l’Atax de contribuer à la réflexion générale et au débat par la publication d’une série de textes émanant de contributeurs divers ou de notre équipe de rédaction.
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L’agglomération narbonnaise et le département de l’Aude

Le département de l’Aude est l’un des plus pauvres de France. Cette situation est bien connue, répétée et parfois évoquée comme une excuse…Peu d’industries, une agriculture qui se repositionne face aux mutations qualitatives et quantitatives en cours aux niveaux national et européens, etc.  Mais ce qui semble un handicap peut devenir un atout. L’Aude n’a pas connu le même développement que les autres départements de la façade méditerranéenne française. Alors que ces départements attractifs par la qualité de vie qu’ils offraient ont pu, en sus de leurs particularités économiques, développer une importante économie résidentielle (*1) et touristique, l’Aude a été relativement épargnée par les investissements massifs qui ont saturé le littoral méditerranéen (ndlr : la station de Gruissan est la seule réalisation de la « mission Racine » dans l’Aude). Cette particularité a permis de préserver d’importantes zones non bâties sur le littoral et le peu d’enjeux immobiliers, à l’époque, a certainement facilité la mise en place de règlementations protectrices.

La situation a désormais changé : la saturation en espaces bâtis des autres départements de la façade méditerranéenne rend l’Aude et en particulier sa façade littorale de plus en plus attractive. Mais cette attractivité présente un risque : faute d’être confrontée à une stratégie de développement réfléchie, partagée et organisée, elle risque de se traduire par un développement anarchique aux conséquences sociales, économiques et environnementales néfastes.

L’agglomération narbonnaise et son territoire

Le territoire de la Communauté d’agglomération de Narbonne occupe la quasi-totalité de la façade littorale de l’Aude. Cette situation privilégiée lui confère un potentiel de développement et une attractivité remarquables. Cette attractivité se traduit au plan démographique puisque Narbonne ville moyenne de 53.462 hab. (*2) augmente sa population tandis que Carcassonne (42.865 hab.), chef lieu du département voit la sienne diminuer. Il s’agit d’une tendance lourde : dans ses indicateurs de fragilité, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) situe Narbonne en situation favorable de développement tandis que Carcassonne est positionnée négativement. Cette dynamique ne peut que se poursuivre : Carcassonne étant de plus en plus aspirée par le développement de la métropole Toulousaine, tandis que Narbonne, de par sa situation géographique et son potentiel de développement, est en situation d’étendre son influence sur un territoire plus vaste que celui de l’actuelle Communauté d’agglomération. Peut être faut-il alors penser la question du développement de la Narbonnaise en termes de « bassin de vie »

Le bassin de vie autour de Narbonne :

Selon la Datar (*3) le « bassin de vie » est défini comme un  « territoire présentant une cohérence géographique, sociale, culturelle et économique, exprimant des besoins homogènes en matière d’activités et de services ». Penser sérieusement le développement de la région de Narbonne implique une réflexion sur l’étendue de ces cohérences et la redéfinition d’un nouveau périmètre des pratiques et usages qui ne se superposerait pas aux découpages administratifs actuels.

A titre d’exemple il est évident qu’une partie du Minervois, située dans le département de l’Hérault, relève par ses pratiques et usages du bassin de vie narbonnais et impacte le fonctionnement et le développement de ce territoire.

La « carte » du bassin de vie narbonnais reste à faire : elle est indispensable à toute prospective mais aussi aux décisions actuelles en matière d’urbanisme et d’aménagement.

Le développement du territoire narbonnais est soumis à des contraintes fortes…

Du fait de sa géographie particulière et de l’importance des espaces naturels qui le constituent, le potentiel de développement du territoire narbonnais se situe principalement vers l’ouest et le nord ouest sur 2 axes qu’on peut situer schématiquement autour des départementales D 607 (Marcorignan, Saint Marcel, etc.) et la D 6113 (Montredon, Villedaigne, etc.). Pour autant des zones naturelles, actuellement protégées, font l’objet de convoitises qui aboutissent parfois, à la faveur de contournements divers, à l’extension des surfaces bâties.

Quelle organisation politique et technique face aux enjeux de développement et à la pression foncière croissante ?

La situation actuelle n’est pas brillante : la gestion de la ville de Narbonne tout comme celle de l’Agglomération occasionnent de nombreux conflits et mécontentements (déplacements, stationnement, constructions publiques et privées, politique culturelle, pollution, etc.).
Les dispositifs de concertation associant le public, sont peu ou pas pris en compte par des élus qui argumentent peu, justifient rarement leurs choix et suscitent ainsi le ressentiment ou le découragement (*4) de leurs administrés.

Dans les communes périphériques, le développement continu des lotissements contribue à l’accumulation des problèmes d’urbanisme qui affectent la gestion communale mais débordent aussi à l’échelle de l’ensemble de l’agglomération.

On peut alors se poser la question de la capacité des organisations politiques communales et intercommunales actuelles, ainsi que de celle de leurs services administratifs et techniques, à gérer la situation et à maîtriser les outils d’une politique cohérente de développement.

L’impression qui prévaut est qu’en l’absence d’une stratégie arrêtée et partagée, le développement de la Narbonnaise se fait à la remorque des projets particuliers d’investisseurs privés, où le souci de l’intérêt public reste très secondaire, lorsqu’il n’est pas totalement absent.

La question des lotissements

La réalisation de lotissements est soumise à des pressions qui s’exercent de manières diverses : en fonction du besoin de logements d’une population autochtone ou exogène, du souci des élus de développer leur commune par un apport de population nouvelle, de loger une population autochtone dont les conditions d’habitation plus adaptées à ses besoins, de préserver par l’arrivée de nouveaux habitants l’existence d’un certain nombre de fonctions d’intérêt public ou économique, ou encore en raison d’une opportunité foncière permettant à un investisseur ou un promoteur de réaliser des profits, etc. .

Ces besoins peuvent correspondre à une réalité objective et justifier la construction d’un lotissement, mais aussi représenter une fausse bonne solution : ainsi l’ajout de nouveaux logements ne résout pas forcément le déclin d’une commune. De plus, et particulièrement dans les zones périurbaines, l’impact d’un lotissement ne se limite pas à la seule commune où il est implanté mais à un territoire plus vaste où il interfère sur les déplacements, les fonctions économiques (travail / commerce / services), sociales, culturelles…

Face aux pressions des divers lotisseurs, il existe un ensemble de documents d’orientation et/ou de règlementation (SCOT, PLU, SDAU, etc.), plus ou moins compris et respectés dans la pratique (cf. = implantations et constructions non règlementaires, cabanisation, etc.). Ainsi l’usage du foncier tend à ne plus être contrôlé par les pouvoirs publics, quand, pire encore, ceux-ci ne se laissent pas circonvenir par des pressions diverses, accordent de leur propre chef des dérogations à la règlementation et encouragent des aménagements en contradiction avec des logiques de cohérence territoriale…

Ces pratiques contestables posent la question du niveau auquel doivent se situer les compétences des collectivités en matière d’urbanisme et de permis de construire : au niveau communal, de l’agglomération, d’un bassin de vie, etc. ? Cela pose aussi la question des moyens techniques qui permettent de définir des politiques de développement territorial, des les traduire par un cadre règlementaire, d’en soutenir la réalisation opérationnelle, d’en assurer le suivi et le contrôle.

Ces questions ne sont actuellement pas résolues dans l’agglomération narbonnaise ; certaines solutions impliqueraient des modifications institutionnelles, d’autres plus immédiates et moins délicates au plan politique, impliqueraient l’amélioration de la coopération intercommunale, appuyée sur l’utilisation d’un outil technique partagé  d’études et de propositions ; ce que pourrait être une agence d’urbanisme taillée à l’échelle du bassin de vie de la narbonnaise.

En tout état de cause la situation actuelle ne peut plus perdurer : le développement anarchique du cadre bâti consomme abusivement le foncier disponible sur le territoire du Grand Narbonne, produit souvent des constructions de qualité médiocre, perturbe le fonctionnement de certaines infrastructures (réseau routier / déplacements/ stationnements / transports), déstabilises des finances communales, aggrave les problèmes environnementaux. Ainsi le cadre de vie, qui constitue encore un atout pour le développement de l’Aude et de l’agglomération narbonnaise, risque d’être progressivement grignoté par le jeu incohérent des intérêts particulier et perdre définitivement son attractivité…

Dans une prochaine édition nous illustrerons par des exemples concrets ces mauvaises pratiques dans l’aménagement du territoire et tenterons d’esquisser des solutions « aussi réalistes que possible »…

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 17/03/2018

 

(*1) Economie résidentielle = ensemble des activités destinées à satisfaire la population locale
(*2) données INSEE 2018
(*3) DATAR = Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire. Source de la définition : glossaire de la Datar
(*4) Courriel d’un habitant narbonnais : Fac similé citoyen 41

 

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1 commentaire

Bonjour,
Il me semble que gruissan n’est pas la seule station du littoral audois édifiée lors de la mission racine : port-leucate a été aussi aménagé dans ce cadre là.
Mais comme vous le signalez, le littoral audois est moins impacté par cette mission colonisatrice que la partie héraut ou Pyrénées orientales.

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