Modestes réflexions suite à quelques articles du Clairon de l’Atax…

Par Patrick Chevalier (1)

Oui nous vivons des temps difficiles, gouvernés par les forces contradictoires d’une mondialisation qui nous ouvre aux autres cultures et favorise de nouveaux liens sociaux et d’une globalisation financière qui concentre les richesses, augmente les inégalités et tente de nous assujettir à des conduites stéréotypées. Le Clairon l’a parfaitement écrit dans sa lettre d’information. Cette constatation n’est pas celle de vieux aigris qui ne voudraient pas évoluer, considérant que tout était mieux autrefois, mais au contraire, celle de citoyens lucides, ouvrant tout simplement les yeux sur tout ce qu’il se passe dans leur vie quotidienne.

Ah ! Ces pauvres riches !…

En effet, la concentration des richesses entre les mains de quelques uns, la cupidité sans limite de ces derniers, la lâcheté des pouvoirs qui en sont simplement parfois les valets – osons sans trop hésiter cette affirmation – et dès lors l’idée de tout ce petit monde là de faire taire le peuple en l’abrutissant, tout cela ne relève pas de la névrose d’intellectuels insoumis anarchistes et ingouvernables, mais bien du même raisonnement pertinent que celui tenu par les révolutionnaires français, énonçant à l’époque que le secret de toute tyrannie consiste à retenir le peuple dans l’ignorance. Ils ne parlaient pas d’eux, bien sûr, mais de quinze siècles de féodalisme.

Ne souriez pas, vous risqueriez de rire jaune et sous peu ! Bien sûr, la mise au pas que nous subissons aujourd’hui n’a rien à voir avec celle de bolchéviques que l’imaginaire populaire a montré bave aux lèvres et couteau entre les dents ou encore avec la terreur de dictatures meurtrières de droite nombreuses et variées. Celle que nous subissons aujourd’hui a l’apparence de la douceur. Le capitalisme libéral prétend bel et bien faire le bonheur de l’ensemble de la planète, chacun pouvant à sa guise rêver au succès ! Et nous aurions soi-disant choisi cette forme de démocratie-là par notre vote ! Mais de qui se moque-t-on ?

Nous croissons, du verbe croître !…

Le Clairon a raison de considérer qu’il n’est pas pessimiste de rendre compte de l’évolution d’un système, le capitalisme libéral, qui domine actuellement la quasi-totalité des États et dont les ravages dessinent de sombres perspectives pour l’avenir de tous.

La croissance, c’est le bonheur assuré ? Mais quel philosophe aurait osé écrire une telle ineptie ? Aucun, assurément. Le bonheur est ailleurs, on le sait bien, et la croissance, à défaut de profiter à tout le monde, est juste l’outil d’enrichissement habile de ces gros malins qui nous mentent en affirmant que l‘aisance financière de chacun est le début du bonheur et qui dans le même temps refusent à tous cette même aisance au motif que le travailleur coûte trop cher et qu’il va donc falloir – c’est la mondialisation qui l’exige – s’aligner sur les salaires de pays beaucoup plus raisonnables que nous autres irresponsables, si nous voulons nous en tirer.

Et ce discours semble être sinon entendu, du moins plus ou moins accepté comme inéluctable. Nous coûtons trop cher et nos chers investisseurs ne peuvent pas, en France, créer de l’emploi car le modèle social français les en empêche. Voilà ce qu’on entend à longueur de journée dans la bouche du MEDEF et celle de ses nombreux relais.

Objection, votre honneur !

Or si nos salaires sont ce qu’ils sont, c’est juste le fruit d’une négociation entre patronat et syndicats, les deux parties, se revendiquant toutes deux de valeurs républicaines, ayant jugé alors la chose acceptable. Allons, bon ! Elle ne le serait plus aujourd’hui ? Mais pourquoi, grands dieux ?

Notre république n’a-t-elle plus le simple droit pour le peuple de construire son propre avenir ? Faut-il déléguer à quelques puissants éclairés le droit de choisir pour nous ? Dans ce cas-là disons le, nous en reviendrons au même point que du temps de Rousseau quand il constatait que le peuple, c’est la classe laborieuse et elle n’est pas dépravée, comme les gens des conditions supérieures. La société l’a asservi, ce peuple. Il est donc esclave et malheureux. Ce sont ses droits qu’il faut rétablir.

Va-t-on devoir repartir des préconisations de Rousseau, effaçant ainsi presque deux siècles de lutte ? Il vaudrait mieux pour tout le monde, et surtout pour les possédants qu’ils comprennent que le retour du politique est urgent ! Et que s’il n’est pas forcément absurde de croire à l’utilité de l’entreprenariat, lequel, reconnaissons-le, a su faire ses preuves, il convient de le réguler par une juste réglementation établie par l’Etat, à ce jour encore seule autorité qui fasse consensus. C’est bien à lui et à ses frères étrangers de rétablir les équilibres et de répartir équitablement les richesses produites. Cela à peut-être l’air d’une évidence, mais dans les faits nous en sommes loin. L’Etat démissionne devant les puissants…

Alors réveillons-nous, il est encore temps. On peut le faire sans passer par les armes, mais en résistant utilement à ce qui nous est proposé.

Le Clairon a donc raison de penser que l’État peut plus, mieux et surtout autrement, s’il est l’expression d’une volonté citoyenne, dynamique et créatrice, relayée par des institutions démocratiques.

Une autre fois, nous pourrons, si vous le souhaitez, parler des avantages et inconvénients de la décentralisation, ou si vous voulez et puisqu’on a ici fait référence à la révolution française, doit-on raisonnablement aujourd’hui être girondin ou montagnard !  Oh le beau débat !

 

  • Patrick Chevalier, diplômé de Sciences-po, aujourd’hui retraité du monde artistique a toujours été passionné de sociologie politique.
Print Friendly, PDF & Email

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

Laisser un commentaire