Nucléaire – Chronique d’un désastre annoncé (suite)

On voudrait que la longue théorie des pannes et incidents se calme : il n’en est rien. Une fois de plus, il est question de soudures défectueuses à l’EPR de Flamanville. Cette fois–ci, ce ne sont plus 38 soudures comme au mois de février dernier, mais 150 nouvelles soudures réalisées sur le circuit secondaire du générateur de vapeur qui sont mises en cause et qui pourraient présenter « des écarts de qualité » selon le langage châtié pratiqué dans le monde officiel du nucléaire. Cette découverte remonte à la fin du mois de mars 2018. Elle a été faite par EDF dans le cadre de la « visite complète initiale » en cours, avant la mise en service de l’installation prévue fin 2018.

Soudeur classique – La soudure des tuyauteries des réacteurs nucléaires est longue et complexe

De quoi s’agit-il cette fois ci ?

Selon le langage particulièrement alambiqué employé par EDF la nature des écarts constatés en février 2018 et celle des écarts constatés fin mars sont différentes.

  • dans le premier cas, les écarts seraient dus à la non-transmission par EDF d’une partie du cahier de charges relatif aux soudures : ce cahier de charges incomplet ne précisait pas que ces soudures devaient répondre à des « exigences renforcées ». Les soudures auraient donc été faites selon les normes habituelles, qui sont peut être tout de même suffisantes. En conséquence, l’ASN prendra l’avis du groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaires (GP ESPN) pour décider si on met l’installation en service sans refaire les soudures incriminées ou pas… (Ndlr : peut-être que ça tiendra comme ça !)
  • dans le second cas c’est plus sérieux. Ici, la qualité et la conformité des 150 nouvelles soudures détectées sont remises en cause : elles seraient tout simplement mal faites et elles « doivent être reprises pour être remises au standard« , selon les déclarations de Laurent Thieffry, directeur du projet EPR.

Les entreprises sous-traitantes (Framatome / ex Areva, Five Nordon, Ponticelli) seraient à l’origine de ces malfaçons, tardivement constatées par EDF : elles n’auraient pas effectué correctement les tests exigés une fois les soudures effectuées. Ce sera donc EDF qui testera les 150 soudures incriminées, opération qui devrait pendre 2 mois. Chaque contrôle est réalisé à l’aide d’ultra-sons par un binôme d’opérateurs et prend en moyenne un ou deux jours par soudure selon Laurent Thierry. Après quoi, EDF étudiera les causes et les répercussions des écarts constatés sur le planning de mise en service de l’EPR.

Il n’est pas possible pour l’instant de savoir si cette situation remet en cause la mise en service de l’EPR de Flamanville à la fin 2018 et si, par voie de conséquence, la fermeture de la centrale de Fessenheim serait différée. EDF se tait sur le sujet.

Renforcement du contrôle des centrales par l’ASN

Dans un langage « calibré », Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, a rendu compte le 12 avril aux membres de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (Opecst) de l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour l’année 2017. Le message est clair : compte tenu de la kyrielle d’incidents advenus en 2017 et au premier trimestre 2018, l’ASN qui avait déjà amélioré son dispositif de contrôle des exploitants nucléaires, va encore renforcer ses procédures. L’existence de fraudes a été clairement évoquée par lui : « Il n’y a pas de fraude généralisée, mais il y en a eu, par exemple au Creusot« , explique-t-il, faisant allusion aux malfaçons constatées sur les pièces forgées par l’usine AREVA/ Creusot-Forges (rebaptisée récemment Framatome).

Si le président de l’ASN, qui quitte ses fonctions en novembre prochain, estime qu’en matière de sûreté la situation est « globalement satisfaisante » mais qu’il faut rester « vigilant », il relève toutefois que les incidents se multiplient et que « EDF a des progrès à faire sur la détection, le signalement et le traitement des écarts« …

Compte tenu des récents incidents touchant l’EPR de Flamanville, le renforcement des procédures de contrôle est déjà appliqué sur ce chantier. C’est la nature particulière de ces incidents qui a provoqué cette mise en place rapide des nouveaux contrôles renforcés de l’ASN. En effet l’ASN ne comprend pas comment les défauts des soudures n’ont pas été détectés lors de premières inspections faites par les entreprises prestataires : une enquête va être menée sur cette question. D’une manière générale, il s’agit de remédier aux défauts de surveillance et de suivi de chantier qui ont été constatés.

Après les premières vérifications faites par EDF sur les soudures réalisées par ses sous-traitants, la qualité de leur travail semble de plus en plus remise en cause, au point que l’ASN demande à présent à EDF de contrôler non seulement les 150 soudures incriminées, mais l’ensemble des soudures réalisées par les entreprises Fives-Nordon et Ponticelli. Quid de Framatome ?

Ainsi, aux difficultés techniques diverses rencontrées et à la perte de savoir-faire éprouvée par la filière nucléaire, s’ajouterait à présent un problème de fraude que les responsables semblent encore avoir du mal à reconnaître publiquement. On les comprend : comment peut-on avoir l’idée de frauder dans un environnement aussi dangereux ? En tout cas l’ASN déclare prendre désormais en compte la possibilité de fraude dans le champ de ses contrôles qui s’est élargi afin d’ »éviter les angles morts » !

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 15/04/2018

 

Comment s’est déroulée la catastrophe de Fukushima ?

Pour les lecteurs du Clairon qui souhaitent connaître le scénario type d’une catastrophe nucléaire, voici, en vidéo, l’analyse faite par l’IRSN du déroulement de la catastrophe de Fukushima (Japon) qui a débuté le 11 mars 2011.

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