Usine nucléaire de Malvési : est-ce le rôle d’une sous-préfecture de faire la communication d’Orano ?

Dans le but très probable de redorer une image vigoureusement écornée par les expertises indépendantes de son projet THOR de retraitement des déchets nucléaires, ORANO (ex AREVA) fait campagne pour inciter collégiens et lycéens de la région à visiter le site nucléaire de Malvézy. Cette initiative est déjà choquante en soi, par le caractère évidemment manipulateur qu'elle revêt, ainsi que par le cynisme d'une posture qui consiste à utiliser des adolscents pour véhiculer auprès de leurs parents et de leurs proches une image positive qu'ORANO n'est pas en mesure de promouvoir par elle-même. Mais il y a plus choquant encore : la sous-préfecture de Narbonne est intervenue auprès des établissements scolaires pour les engager à répondre positivement à l'invitation d'ORANO. Le rôle d'une sous-préfecture est-il d'assurer la sécurité des populations ou de contribuer à fausser leur discernement en assurant la promotion d'opérations visant à manipuler leur jugement ?

Les bassins de l’usine nucléaire de Malvesi et la cathédrale de Narbonne

Le contexte

L’usine de traitement de combustible nucléaire de Malvési est située à 2,5 km du centre de Narbonne. Depuis plus de cinquante ans elle constitue une première étape dans la production du combustible de centrales nucléaires françaises et étrangères. Elle importe et traite ¼ du minerai concentré d’uranium mondial destiné aux centrales. Ce traitement génère des effluents nitratés radioactifs, stockés dans des bassins de rétention et d’évaporation. Leur volume est estimé actuellement à 350 000 m3, mais ne cesse d’augmenter, compte tenu de la production du site. Le site de l’usine de Malvési est classé « Seveso haut » et en partie Installation Nucléaire de base (INB).

Le problème

Un projet de réduction et de traitement par combustion des déchets stockés et produits par l’usine de Malvési a reçu le feu vert de l’État, au terme d’une procédure d’enquête publique fortement contestée, tant sur le plan du dossier technique présenté par Areva (devenu entretemps Orano), que sur le plan de l’organisation et de la prise en compte de la consultation publique. Cette contestation ne cesse de s’amplifier dans la mesure où ce projet de mise en service d’un incinérateur menace directement la population de la narbonnaise et présente des risques importants en matière de santé publique. Elle s’est aussi traduite par des recours en justice déposés par trois associations, recours actuellement en cours d’instruction.

Les conséquences du passage en force de ce projet

Face à l’impopularité croissante de ce projet d’incinérateur, la communication d’Areva /Orano tente de déployer divers moyens de propagande : articles publicitaires dans la presse locale, plaquettes distribuées dans les boites au lettres, témoignages d’employés, etc. mais ne semble pas obtenir les résultats souhaités.

Affichette d’Orano invitant à la visite du site nucléaire de Malvési, par les enfants des écoles.

C’est dans ce contexte que se situe une intervention de la sous-préfecture de Narbonne en direction des établissements scolaires, visant à inciter les chefs d’établissements et les enseignants à organiser des visites de l’usine nucléaire de Malvési pour les scolaires, tous frais de transport payés par Orano / Areva ! Il s’agit d’un courriel adressé par la sous-préfecture à la directrice académique des services de l’éducation nationale (DA SEN) dont nous reproduisons le contenu :

On imagine difficilement qu’une telle initiative ait été prise au niveau local. Il semble plus vraisemblable qu’elle résulte d’instructions émanant de l’État central. En tout cas elle pose de nombreuses questions sur les plans juridique, éthique, mais aussi sanitaire :

  • de quel droit un service déconcentré du ministère de l’intérieur intervient-il auprès d’un service de l’éducation nationale pour soutenir une entreprise (fût-elle une multinationale dont l’État est actionnaire à hauteur de 86 % du capital) ? Qu’en pensent les autres entreprises ?
  • quel est le genre de société pouvant bénéficier de sollicitudes comparables de la part de l’État ? Ainsi le fabriquant d’armes Thales, où l’État est engagé à hauteur de 25,8 % du capital, pourrait-il devenir un lieu de visite pour scolaires ?
  • quelle est la capacité critique du public scolaire à isoler ce qui relève des faits objectifs et ce qui relève de la propagande d’Orano/Areva ?
  • alors que diverses expertises indépendantes s’accordent à reconnaître une dangerosité au site actuel et à fortiori si le projet d’incinérateur se réalise, ne serait-il pas judicieux de faire jouer le principe de précaution et d’épargner au public scolaire tout risque d’exposition ?

Bien entendu cette intervention de la sous-préfecture au profit d’Orano a été largement diffusée dans le milieu associatif et dans le public, provoquant de nombreuses réactions indignées …

Parmi les réactions associatives, citons les initiatives des associations RUBRESUS et COLERE, ainsi que celles des collectifs « Familles Papillon » et CoViDeM (Collectif de Vigilance sur les Déchets de Malvési), qui multiplient les séances d’information et de débat.

Manifestation organisée par les Familles Papillon
sur la place de la Mairie de Narbonne

L’association RUBRESUS, à l’origine de la contre expertise faite sur le projet d’incinérateur de Malvési et partie prenante des recours en justice, a immédiatement réagi en diffusant largement sur les réseaux sociaux sa condamnation de telles pratiques (voir ici le texte de Rubresus)

Elle a par ailleurs adressé 2 courriers :

  • au Ministre de l’éducation (voir ici)
  • à la rectrice de l’académie de Montpellier (voir ici)

Enfin, l’association C.O.L.E.R.E. (Collectif pour l’environnement des riverains Elysiques à Narbonne) qui, conjointement à RUBRESUS, a introduit deux recours en justice contre le projet d’incinérateur (accéder ici au dossier « Malvési » du « Clairon »), a diffusé une vidéo édifiante réalisée par elle il y a quelques années. Cette vidéo montre les effets du vent à Malvési, qui balaye l’installation nucléaire de base (stock de déchets solides radioactifs – le grand monticule) et qui emporte des nuages de poussières non moins polluantes chez les riverains et les Narbonnais. De même on voit que le vent emporte des embruns et écume des bassins d’évaporation également pollués par des radioéléments (20 hectares !), tant dans l’atmosphère que respirent les Narbonnais que dans le canal voisin du Tauran qui collecte ces effluves polluantes et traverse Narbonne (visionner la vidéo ci-dessous).

 

Dans ces conditions on ne peut que s’interroger sur les causes de l’intervention de l’État : cynisme, incompétence, choix politique, incapacité à résoudre le problème posé par la dangereuse usine de Malvési établie au cœur de l’agglomération narbonnaise ?

La rédaction du Clairon de l’Atax le 201/05/2018

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

1 commentaire

burger catherine

Colère ! scandaleux, mais j’aurais des enfants scolarisés j’exigerais des explications, et même la possibilité d’y participer pour y exprimer mes interrogations et réfutations

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