Orano / Malvési : « opération.com »

Les 12 et 13 juin derniers, l’usine de traitement de minerai d’uranium Orano / Malvési, ex AREVA, organisait des journées portes ouvertes. Il s’agissait de rassurer le public sur l’innocuité de cette usine nucléaire classée INB (Installation Nucléaire de Base) et ICPE / SEVESO (*),  située à moins de 3 km du centre de Narbonne. Ces journées « portes ouvertes », s’inscrivent dans un contexte de forte opposition à un projet de traitement par incinération (THOR) des effluents accumulées par l’usine au cours d’une cinquantaine d’années de fonctionnement, mais aussi des effluents issus de son fonctionnement actuel.

Des associations narbonnaises, des collectifs d’habitants, des familles se sont fortement émus des dangers supplémentaires constitués par ce procédé inédit de traitement thermique. Une enquête publique mal conduite a encore augmenté les craintes du public, tandis que de nombreux scientifiques à l’expertise reconnue en soulignaient les dangers. Des recours en justice contre ce projet sont actuellement en cours.

Il était donc important qu’une information complète et transparente du public soit faite.

Cela n’a pas été le cas : ces journées n’ont pas laissé la possibilité aux adversaires du projet de traitement thermique de s’exprimer. Il s’est en fait agi d’une classique opération de « com », employant les ingrédients promotionnels habituels : sécurité des installations vantée par le personnel salarié, technicité et modernité des « process » industriels, perspectives d’emplois à haute technicité, retombées économiques sur la Narbonnaise, jeux « éducatifs » pour les plus jeunes, etc.

Un public de scolaires et de jeunes étudiants demandeurs d’emplois potentiels a été particulièrement soigné par la « com » d’Orano, relayée par certains médias. Il est à noter l’intervention de la sous-préfecture de Narbonne, incitant les établissements scolaires à participer aux journées portes ouvertes, pression relayée par Orano qui prenait en charge les frais de transport (*).

Un contributeur du Clairon, présent à une de ces journées « portes ouvertes », a relevé un certain nombre de propos murmurés par des « visiteurs ».

Nous en résumons quelques uns :

  • Pourquoi cette transformation du minerai ne se fait pas sur place au Niger ? Ou dans un même endroit en France ?  Ce qui éviterait les temps et coûts de stockage, de  transport et les risques inhérents,
  • Si le process semble maîtrisé, qu’en est-il des déchets stockés – entassés – à l’air libre depuis des décennies ? Qui fixe les « normes à ne pas dépasser »  et quelles garanties pour la santé des humains ? Des animaux ? Des végétaux ?  D’autant qu’il nous a été dit que l’usine a des autorisations de dépassement de rejets  !!!  La volatilité par le vent et l’évaporation par le soleil diminuent sans doute les volumes stockés mais où vont-ils se « poser » ?
  • Que rejettent les cheminées (à l’arrêt complet pendant la visite), dont les panaches sont visibles de loin (autoroute) ? Quels sont les produits qui sont ainsi dispersés – volatilisés – dans le ciel et où vont-ils se fixer ? Avec quelles conséquences pour les animaux, les vignes et autres produits agricoles ? Quels dangers pour la santé à moyen et long terme ?
  • Que se passerait-il avec tous ces déchets (ou minerai brut ?) entassés  dans d’innombrables fûts empilés dehors, à même des palettes, exposés à tous vents (et soleils) et /ou enterrés – recouverts de terre – si des aléas climatiques genre fortes pluies diluviennes, orages et coups de vents violents,  voire tornades localisées, venaient à faire déborder les piscines, rompre les digues  et faire voguer les fûts sur les flots ?
  • Combien coûte réellement l’industrie du nucléaire civil en France et dans le monde et quel serait le prix du kW à payer en intégrant tous les coûts ?
  • Pourquoi ne pas favoriser des alternatives (cf. le scénario Négawatt) en diminuant les gaspillages (réduction de l’éclairage de nuit –  enseignes, magasins fermés, éclairage public, etc.),  en isolant les logements du froid et du chaud afin de réduire l’énergie consommée en chauffage et en climatisation, en intégrant à toutes les toitures des panneaux solaires  pour chauffer l’eau et produire de l’électricité et en intégrant l’énergie produite par les éoliennes ….
  • Impossible d’avoir un chiffre d’Orano / Malvési sur l’énergie et les ressources consommés chaque année pour produire le tétra-fluorure d’uranium (Gaz, pétrole,-fioul lourd-, eau, etc.)

Cette opération de « com » montée par Orano / Malvési, ex Areva,  a probablement charmé quelques participants et fait miroiter quelques hypothétiques emplois, mais, en l’absence de tout débat contradictoire, elle ne peut être qualifiée d’action d’information du public. Il s’agit tout juste de propagande qui, comme toute propagande, loin d’apaiser les conflits, les exacerbe. A preuve la force des réactions des opposants à ce projet d’incinérateur : nous publions ici un communiqué de l’association RUBRESUS et renvoyons nos lecteurs au site de l’association TCNA pour la réaction radio diffusée de son président à l’opération « Portes ouvertes Malvési ».

Joêl Raimondi & Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 19/06/2018

 

(*) Voir le dossier Areva – Malvési du « Clairon », en particulier l’article du 23 mai 2018

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