Pollution Maritime : des effets trop souvent ignorés !

Dégazage en mer 

 

Maman les gros bateaux ont ils des jambes ? Mais non mon gros bêta, ils brulent du gros fioul lourd visqueux plein de saloperies dont les pétroliers se débarrassent en douce. Ecoute-moi bien, je vais t’expliquer le tour de passe-passe consistant à culpabiliser ces s… de prolos qui, faute d’argent, tous les matins polluent l’atmosphère avec leurs mobylettes pétaradantes, alors que les plus polluant sur cette terre sont justement les gros transconteneurs navigant sur des flots pas très clairs.

L’histoire est très simple et connue de tous, mais il ne faut pas la divulguer aux masses populaires qui risqueraient d’interférer dans ce juteux marché.

Les pétroliers pompent le fioul et ses annexes dans les entrailles de notre planète, sans trop se soucier des dégâts collatéraux, puis le raffinent afin d’en extraire un tas de produits qui les enrichissent. (Gaz, essence, fuel, naphta, etc…). Mais il reste des résidus non exploitables qui concentrent un éventail de déchets : sable, métaux, silicium, paraffine, molécules toxiques comme les PCB et DCPD (*). Tout cela est alors mélangé à 25% de diesel avec d’autres produits de coupe pour donner un fioul lourd un peu plus fluide. (Les bretons et vendéens en ont fait la connaissance grâce au naufrage de l’Amoco Cadiz sur leurs cotes en 1978.

Naufrage de l’ Amoco Cadiz en 1978 et ses conséquences

Ce fioul lourd demande à être chauffé et centrifugé avant d’être brûlé dans les moteurs des navires. C’est le boulot de l’industrie du « Bunker oil » qui recycle les rejets des raffineries pour fabriquer un carburant polluant, abondant et peu cher. Les traders s’en donnent alors à cœur joie. Le problème, c’est que des gens se débarrassent de cette façon de leurs déchets chimiques. Lors d’une augmentation du prix du baril, certains sont allés jusqu’à ajouter de l’eau, provoquant ainsi ce qui s’appela «l’effet cappuccino » très nocif pour les moteurs.

Dans le pétrole, comme dans le cochon, tout est bon !!!

Cela donne un transport maritime extrêmement polluant, car dans ce fioul résiduel la particule la plus abondante est le soufre (3,5%) c.à.d. de 3.000 à 3.500 PPM alors qu’une voiture utilise un carburant à 15 PPM. En 2011 la consommation mondiale de fioul lourd est de 250 millions de tonnes, soit 10% de la production pétrolière mondiale. Un seul gros navire pollue autant que 50 millions de voitures. Les 20 plus gros navires polluent autant que toutes les voitures de la planète.

Comment cela est il possible ? Une spécialiste de la question, Marietta Harjona, précise que le combustible de soute est un produit qui n’est presque pas régulé et où il n’y a pas de traçabilité.

En Europe du Nord, et en Amérique du Nord l’ ECA (**) une législation a été mise en place afin de limiter cette pollution, mais la Méditerranée n’est pas encore concernée par cette réglementation.

Selon l’ONG « Transport et Environnement », environ 50.000 morts prématurées en Europe sont imputables à la pollution maritime. Des mesures simples permettraient de réduire cette pollution de 80 à 90%. Brittany Ferries utilise des « Scrubbers « sur ses navires pour nettoyer le carburant des oxydes de soufre , depuis la mise en vigueur de l’annexe VI de la convention « Marpol » limitant les émissions de soufre à 0,1% dans la zone SECA (**).
Selon « France Nature Environnement », un paquebot à quai pollue en particules fines et dioxyde d’azote autant qu’un million de véhicules. Une usine ayant un taux de pollution identique serait interdite de fonctionnement. Les ferrys reliant l’ile de beauté au continent ne sont pas assujettis aux mêmes règles que ceux de la mer du Nord.

                  ECA : zones où le fioul lourd est contrôlé                                                          Zones de surmortalité due à la pollution maritime

Les solutions existent, mais les volontés manquent. L’OMI (Organisation Maritime Internationale) repousse régulièrement la date butoir de la mise en conformité mondiale au prétexte qu’il faudrait équiper les 60.000 navires mondiaux, qu’il n’y aurait pas assez de carburant « propre », que les raffineries ne pourraient faire face à une telle demande,  que cela va entrainerait un surcout énorme du transport. Il est évident que cela remet en cause le bien fondé des délocalisations de certaines usines (CF : Sylvain Besson « Fioul lourd : Le sang impur de la globalisation. » : https://labs.letemps.ch/interactive/2016/longread-fioul-lourd/  )

En attendant la pollution maritime gagne et s’ajoute à la pollution marine. Ainsi en Méditerranée sur nos cotes peut-on encore se baigner sans soucis, dans les calanques de Marseille où l’on trouve plus de plastiques que de poissons, tout en respirant à pleins poumons le cocktail des fumées crachées par les paquebots énormes remplis de prolos ayant cassés leur tirelire pour jouer les VIP dont ils ont étudié les affligeantes turpitudes dans le magazine « Voici »…

Néry Debacker pour le Clairon de l’Atax le 20/06/2018

(*) Glossaire :
PCB  = Polychlorobiphényle (Pyralène) famille de 209 composés aromatiques cancérigènes
DCPD  = Dicyclopentadiene composé organique bi cyclique C10H12Pur, il est solide incolore à jaunâtre, moins pur c’est un liquide produit lors du vapocraquage des naphtas et du fioul pour produire de l’éthylène donnant des polyesters insaturés (encres, adhésifs et peintures)
IMO = organisation Maritime Internationale
BFMTV
=  Ferrys en Méditerranée 

(**) ECA, acronyme de Emission Control Area, aussi appelées zones d’émission contrôlée de soufre, SECA, acronyme de Sulphur Emission Control Area (zone d’émission contrôlée de soufre)) sont des zones maritimes dans lesquelles des contrôles stricts des navires marchands ont été établis par l’Organisation maritime internationale (OMI) pour minimiser les émissions d’oxydes de soufre (SOx), d’oxydes d’azote (NOx) et interdire toute émission délibérée de substances qui appauvrissent la couche d’ozone. (source : Wikipédia)

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