Comment faire de l’argent dans une économie en déclin

On a beaucoup fêté en ce début de mois de juillet la victoire de la France au championnat du monde de football. La liesse populaire fut au rendez-vous, à la fois cornaquée et relayée par les médias : nous étions champions du monde 2018 ! Au début de cette même année se diffusa une nouvelle qui fit nettement moins de bruit dans l’opinion publique et qui ne fut pas fêtée : selon la Banque Mondiale, la France avait perdu en 2017 son rang de 6ème puissance économique et se retrouvait au 7ème rang. Ce classement était établi en fonction du PIB, le produit intérieur brut qui marque l’activité économique de chaque pays.
Cette évolution est le résultat d’une croissance économique plus « molle » de la France par rapport à d’autre pays. Elle n’est pas terminée : selon différents scénarios la France devrait se retrouver à la 9ème place d’ici quinze ans et poursuivre encore sa descente…

Tableau sur l’évolution du PIB par pays

Cette nouvelle qui semble honteuse à certains de nos politiques qui continuent à déclarer la France 5ème puissance mondiale, ne doit pas  inquiéter ceux qui ne croient pas à la religion de la croissance telle qu’actuellement proclamée. Car si le PIB est un instrument de calcul de l’activité économique d’un pays, il ne rend compte ni de sa richesse réelle ni des conditions de vie de ses habitants. Ainsi l’Inde qui vient de doubler la France avec un PIB de 2597 milliards $, alors que la France n’a « produit » que 2582 milliards $, a obtenu ce résultat  avec une population de 1,324 milliard d’habitants, soit un PIB par habitant de 7055,6 $ /an contre 42778, 9 $/ pour la France qui n’a qu’un peu plus de 65 millions d’habitants…

Cette évolution économique de la France favorise d’autres moyens de tirer des profits privés de sa richesse restante.

On peut faire de l’argent en produisant et vendant des marchandises, on peut faire de l’argent en vendant des services. Le déclin industriel de la France est une réalité, nous avons détruit des fleurons de notre industrie qui nous plaçaient aux premiers rangs mondiaux : les exemples actuels d’Alstom, du Nucléaire, de la SNCF en sont une éloquente illustration. S’agit-il de manque de compétitivité ou de performances technologiques moindres ? Rien n’est moins sûr : l’histoire témoigne dans la plupart des cas de fautes stratégiques mettant directement en cause nos dirigeants politiques et industriels. Il faudra bien un jour se poser la question de la formation de nos cadres dirigeants, issus de ces grandes écoles qui semblent former des castes plus que des élites…

Mais la réalité est là : notre tissu industriel s’est délité. Nous avons donc compensé le déclin de notre industrie par le développement de services ce qui a permis à notre économie de continuer à tourner… mollement. Mais pour le capitaliste, affamé de profit, le compte n’y est plus : au lieu de réaliser de juteux bénéfices en fabriquant et vendant des marchandises à moindre coût, d’autres le font mieux que la France, il lui faut trouver une autre ressource à exploiter. Heureusement la France est encore riche, l’Etat est riche et les Français aussi : il s’agit donc de les exploiter.

Les moyens sont multiples : on vend les biens de l’Etat,  on privatise, on concède, on oriente les impôts en préservant les grandes fortunes et leurs capitaux si mobiles, en adoucissant la fiscalité des grandes entreprises  et en taxant les classes moyennes prisonnières de leurs rentes si statiques (cf. l’exemple de l’exonération de l’ISF pour les valeurs mobilières et de son maintien pour les immobilières)… Mais surtout on s’attaque à ce magnifique gâteau trop longtemps préservé : la Sécurité Sociale ! Les filons à creuser y sont nombreux et la méthode est simple : réduire autant que possible ces aides qui nous coûtent « un pognon fou», transférer au privé tout ce qui peut l’être en matière de santé et de solidarité -équipements et assurance maladie-, réduire le fonctionnariat et les statuts spéciaux excessivement dispendieux et si difficiles à  manipuler, réduire le coût du chômage en transformant les chômeurs en main d’œuvre précaire sous-payée, bref transformer autant que possible le service public et la solidarité en services onéreux.

Bien entendu il faut trouver un stimulant pour faire « avancer » : cela implique de nier la réalité, de nier le caractère inéluctable de notre repositionnement économique à la place qui nous revient compte tenu de nos caractéristiques démographiques, géographiques, de nos ressources propres, etc. Alors le discours est tout trouvé, les médias de formatage et les experts de l’expertise se chargent de le diffuser : il faut faire des sacrifices pour retrouver la compétitivité des entreprises qui « boostera » notre croissance et nous fera reprendre la place prépondérante qui nous revient ! Ce discours là nous le subissons au quotidien : l’Etat Macron s’y réfère pour justifier sa politique et légitimer ses exactions…,

Certes, les mines s’épuisent un jour mais est-ce un problème ? Avec la mondialisation on va partout avec des capitaux bien mobiles !

Bonnes vacances chers lecteurs et attention à la rentrée !

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/07/2018

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