Nucléaire : à Malvési l’observatoire des activités industrielles d’Orano ex Areva est bien mal parti !

C’est le 9 novembre 2017 qu’Alain Thirion, préfet de l’Aude, signait un arrêté actualisant les prescriptions techniques applicables à l’ensemble des installations de l’usine et autorisant Areva à installer sur son site industriel de Malvési un incinérateur destiné à traiter les déchets nitratés stockés sur place depuis plus de 50 ans.
Ainsi l’Etat passait en force malgré une forte contestation par la société civile et de nombreux scientifiques de renom tant sur la forme peu démocratique que sur le contenu scientifiquement contestable de l’enquête publique menée préalablement à cette décision préfectorale. C’est que l’enjeu est de taille : il s’agit de réduire au moindre coût une partie des déchets produits par cette usine nucléaire. Orano et l’Etat ont choisi le procédé d’incinération « Thor » (*1), expérimenté en laboratoire mais pas en conditions réelles, qui doit permettre de réduire en partie ces déchets stockés en en les dispersant dans l’atmosphère sous formes de fumées et de gaz.

Fumées d’incinérateur dans la lumière du soir

Un observatoire censé contrôler les activités industrielles d’Orano / Malvési

Pour tenter de calmer les critiques et les inquiétudes concernant l’ensemble des effluents, et celles portant sur la sureté du procédé THOR qui menacent directement l’agglomération Narbonnaise, il a été prescrit dans le même arrêté de créer un Observatoire des activités industrielles d’Orano / Malvési.

Un observatoire « maison » qui semble inféodé à l’industriel avec l’aide de l’Etat

La liste des membres de l’observatoire ne comprend aucun représentant des associations opposées au projet alors qu’elles ont témoigné de leur connaissance et de leur maîtrise du dossier. Pour l’une sa candidature n’a pas été retenue par le Préfet au motif d’arguties administratives, pour l’autre, selon ses responsables, les données fournies à l’observatoire par le seul Orano ne constituent pas une information suffisamment objective qui justifierait leur participation !

Dès lors l’observatoire des activités industrielles d’Orano / Malvési se résume à un outil de la communication de l’industriel, voire de sa propagande !

L’Etat et ses services sont-ils en mesure de contrôler les activités de l’industriel ?

Cette question inquiète de nombreux observateurs de la société civile et scientifiques qui suivent ce dossier. Parmi eux le Docteur Mariette Gerber, chercheur honoraire à l’INSERM, expert à l’ANSES, membre du Comité Santé-Environnement de l’ANR (*2), s’inquiète des affirmations du préfet sur la composition des fumées et gaz émis par l’incinérateur.

  • Selon le préfet, l’arrêté préfectoral limite les émissions de composés organiques volatiles (COV), dont les phtalates, à 10 mg/m3, c’est-à-dire bien en dessous des normes habituellement retenues (110mg/m3), ce qui écarterait toute menace pour la santé des habitants de la Narbonnaise.
  •  Selon le Docteur Gerber, cette norme de 10mg/m3 ne concerne pas les phtalates émis par l’incinérateur, d’une part parce que les phtalates ne sont pas des COV et qu’ils ne peuvent donc être mesurés ensemble, d’autre part parce que l’impact des phtalates, qui sont des perturbateurs endocriniens, sur la santé ne répond pas aux règles classiques de la toxicologie qui disent « le poison c’est la dose » (Paracelse). C’est le cas des COV si on réduit la dose on réduit les risques.. Pour les phtalates ce n’est pas la dose ou la durée qui détermine leur impact sur la santé, mais le moment de l’exposition (par ex. : fœtus ou petite enfance) même à une dose faible ou moyenne. Par ailleurs on sait que les perturbateurs endocriniens ont une forte tendance  à se combiner à d’autres polluants (effets cocktail)…

Il est très inquiétant de constater d’une part  l’amalgame fait entre les COV et les phtalates par les services de l’Etat : ont-ils les capacités scientifiques et techniques nécessaires au suivi de cet observatoire et d’autre part  l’absence des phtalates dans la liste  des effluents à contrôler alors que la toxicité de ce perturbateur endocrinien est formellement reconnue !

Dans de telles conditions de fonctionnement, l’Observatoire des activités industrielles d’Orano ne peut être considéré comme fiable. D’autant plus que l’histoire récente d’Orano / Areva témoigne de pratiques de l’industriel visant à dissimuler, malfaçons et dysfonctionnements : il ne suffit pas de changer de nom pour changer de pratiques…

Ne serait-il pas alors opportun de créer, en contrepartie de cet observatoire « maison », un outil indépendant de suivi des activités d’Orano / Malvési qui serait conçu et cautionné par des experts indépendants ?

 

Merci à M. Gerber pour sa contribution

La rédaction du Clairon de l’Atax le 18 /07/2017

 

(*1)Thor = Thermal Organic Regulation : pour plus d’info voir le dossier Malvési-AREVA publié par le Clairon de l’Atax.

(*2) INSERM = Institut national de la santé et de la recherche médicale ; ANSES = Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ; ANR = Agence nationale de la recherche

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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