Réflexions sur le débat public concernant le revenu de base organisé par le CD de l’Aude

 

         Le 27 juin, j’ai participé au débat public sur le Revenu de base, organisé par le Conseil Départemental de l’Aude qui, avec les conseils départementaux de la Haute-Garonne, l’Aude, l’Ariège, la Meurthe-et-Moselle, l’Ille-et-Vilaine, la Seine-Saint-Denis, la Gironde et le Gers mène une réflexion sur le RSA (*).
Constatant que « Le RSA échoue à vaincre la pauvreté », ils souhaitent le transformer en revenu de base dans le cadre d’une demande d’expérimentation dont notre Président fait l’éloge, tout en sachant que cela correspond à un vrai parcours du combattant… dont le pouvoir central est seul décisionnaire !
Son modeste montant nous a amené à en faire un outil pour lutter contre la pauvreté. Les aides sociales coûteraient environ 1% du PIB. C’est en effet beaucoup de « pognon » ! (dixit E. Macron)… qui permet à de nombreux français de ne pas tomber sous le seuil de pauvreté, lequel sans cela serait bien au-dessus de 20% environ, (contre 14% actuellement).
Ceci dit, 30% de ceux qui ont droit au RSA n’en font pas la demande pour des raisons de complexité ou de stigmatisation
L’étude commandée par les conseils départementaux confirme tout cela… Mais rien sur les causes de cette situation qui, en l’état a toutes les chances de s’aggraver.
Déjà on nous annonce la fin de l’ASS (*) … 428 000 bénéficiaires qui vont grossir les rangs des demandeurs du RSA.

Mais en attendant :

  • Rien sur la tendance de fond concernant la diminution prévisible des emplois « productifs ». De nombreux chercheurs, économistes pensent que sous 10 à 20 ans jusqu’à 47 % des emplois vont disparaître pendant que 17% d’emplois nouveaux émergeront. Peu importe les chiffres exacts. La tendance de fond est bien réelle. Dans un monde industriel, basé sur l’automatisation généralisée, où il n’y aura plus de besoin d’employés, si ce n’est de façon tout à fait marginale, nous allons faire face à des réductions d’emplois importantes… avec toutes les chance d’un chômage officiel, peut-être plus bas (selon l’interprétation des statistiques) mais avec des emplois partiels, souvent sous payés et peu « intéressants »… Ce qui a toutes les chances d’accentuer le cycle infernal de l’économie que nous subissons : moins d’employés, moins de salaires et de cotisations sociales, moins de pouvoir d’achat… Et plus en plus de pauvreté… Donc de plus en plus de besoins de financement pour lutter contre la pauvreté dans une économie de plus en plus atone !
  • Rien sur l’activation des dépenses passives du chômage et sur les marges de manœuvre qui existent encore : transformer les budgets de dette sociale et de lutte contre le chômage en budgets d’investissement social. Par exemple permettre aux personnes de reconstituer leurs capacités, (cf. : la « capacitation » d’Amartya Sen), de repenser le travail (déprolétariser nos esprits). Je dirai retrouver des « envies d’agir ». Si le social consiste seulement à aider les pauvres, c’est l’échec au bout du chemin.
  • Rien sur les choix fiscaux, les ristournes sociales ou de subventions publiques décidées par la puissance publique, au nom de l’intérêt général ou local… (Niches fiscales, baisse de cotisations sociales, CICE, et autre pacte de responsabilité, etc.). Tout cela étant d’une efficacité très discutable quand on voit les dégâts humains générés par le chômage et la pauvreté… Comment parler de la valeur travail quand on constate, depuis 30 ans, le transfert des revenus du travail à ceux du capital. La commission européenne (des gauchistes !) avait émis une étude, en 2012, qui évoquait un transfert de 12%… Sur la base du PIB actuel : plus de 250 milliards par an…

            J’ai proposé une expérimentation locale sur la Narbonnaise, dans le cadre d’une plateforme collaborative soutenue par un revenu contributif différent du revenu universel en ce sens qu’il s’agit d’un revenu correspondant à un travail avec la promotion  d’une économie contributive de proximité (alliant l’économie sociale et l’économie de proximité), tournée vers  le bien commun, l’utilité sociale, le développement local. En effet, s’il y a moins d’emplois « productifs », il y a davantage de travail, dans les domaines sociaux, environnementaux et culturels, voire sportifs… L’enjeu devient comment transformer tout ce travail en emplois afin de répondre aux besoins de plus en plus importants et remplacer les emplois détruits par l’automatisation, tout en permettant aux personnes, assez éloignées de l’emploi, de retrouver leurs capacités d’agir, leurs « envies d’agir ».
Le Conseil départemental possède la légitimité et les outils pour mener une telle action, initier un tel dossier, le travailler, le retravailler, avec tous, le présenter à la région Occitanie, en y intégrant  le soutien de l’État (Pôle emploi, la DIRRECTE), et même de l’Europe.
Tous ? Nous sommes un certain nombre d’habitants, citoyens, membres d’organismes les plus diverses, disposés à mettre à la disposition d’une telle expérimentation leur expertise d’usage comme employeurs, chômeurs, habitants, citoyens. De plus, j’ai observé, sur le territoire de la Narbonnaise, un bon nombre d’institutions et organisations existantes, ainsi que des associations d’Éducation populaire. Tous pourraient être des acteurs du développement de cette économie contributive de proximité qui s’inscrit dans une dynamique de territoires. C’est ainsi que nous pourrions espérer être à la hauteur des enjeux de l’emploi dans notre société, tout en répondant aux besoins importants du territoire.
Nous devons comprendre l’urgence de cela, au moment où le système économique ne veut plus partager, ni redistribuer, au moment où l’industrie numérique détruit beaucoup plus  d’emplois qu’elle n’en produit…
C’est face à ce défi, à mon avis, historique qu’il convient de réfléchir, d’agir. Je comprends bien que ce sont des décisions politiques dépassent les compétences des Conseils Départementaux, toutefois, il faut lancer ce débat. Ce qui serait salutaire !
Mais le débat ne suffira pas. S’il s’agit de trouver d’autres approches pour s’attaquer à la pauvreté, à l’exclusion. Changer le Revenu de Solidarité Active en Revenu de base et en faire une  opération de communication ne suffira pas… face à un pouvoir central qui réduit les marges de manœuvre financière des collectivités locales. C’est bien ceci le fond du problème !

J.F. LAMBERT pour le Clairon de l’Atax le 12/07/2018

 

(*) RSA = Revenu de Solidarité Active , ASS = Allocation de Solidarité Spécifique

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Publié par Jean-François Lambert

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