Donner de l’argent aux pauvres ne les aide pas !

 

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas. Il faut responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté »

E. Macron, Président de la République française le 13 juin 2018

Les 4 mendiants : tableau de Pieter Bruegel le Vieux 1568

Le débat est ancien, ce commentaire du Président de la République l’a remis en lumière : le nombre des pauvres s’accroit continuellement. Il aurait augmenté en France de 820 000 pauvres entre 2006 et 2016, si l’on place le seuil de pauvreté à 60% du revenu médian (*).
Pourtant la France est le champion du monde des dépenses sociales : en 2015 celles-ci s’élevaient à 32% du PIB selon Eurostat et elles ne cessent de croître. Ainsi notre modèle social serait inefficace pour lutter contre la pauvreté : il serait donc temps d’en changer ?

L’idée, qui est actuellement remise au goût du jour par nos gouvernants, est de ne plus distribuer de l’argent sans demander des contreparties, selon le vieil adage « aide toi et le ciel t’aidera ». Il faut que les pauvres y mettent du leur. Compte tenu de l’effort fait par la société, il faut qu’ils fassent un effort de leur côté et qu’ils gagnent eux-mêmes un peu de cet argent qui leur est nécessaire, donc qu’ils aient un emploi.

Mais en quoi consiste au juste cet effort fait par la société ? Quelles sont ces dépenses sociales qui nous font champions du monde ? Ces 32% de notre PIB représentaient 702 milliards € en 2015. Mais cette somme ne sort pas simplement de la poche de l’Etat, donc des contribuables, pour être distribuée aux pauvres : elle correspond pour sa plus grande partie à des cotisations payées par les personnes : c’est le cas pour les retraites, pour l’assurance chômage, pour l’assurance maladie. Et, selon que ces cotisations sont plus ou moins élevées, les prestations versées (retraites, allocation chômage, remboursements santé) sont plus ou moins importantes.

Certes il y a les prestations familiales (par exemple les allocations familiales, logement, adultes handicapés, etc.) qui sont financées par l’impôt, mais justement ce sont elles qui contribuent à faire baisser le nombre de pauvres dans notre pays. Toujours selon Eurostat sans ces transferts sociaux le nombre de pauvres en France serait passé en 2016 de 13,6 % de la population à 23,6 % !

Que pèsent ces prestations sociales destinées aux plus pauvres ? Selon l’INSEE en 2017 elles pesaient 1,9% du PIB soit 43 milliards € : cela représente une part très faible de l’ensemble des dépenses sociales (P.M. = 702 milliards €).
Dans ces prestations, ce qui actuellement est ciblé par le gouvernement Macron / Philippe, ce sont le RSA, qui représente une dépense publique de 10,9 milliards € en 2017 et la prime d’activité (5,1 milliards en 2017) : ces allocations seraient trop coûteuses et pas suffisamment « stimulantes », elles encourageraient à la passivité…

Le RSA incite-t-il a la paresse ? Cette allocation n’a cessé de perdre en pouvoir d’achat depuis sa création. Malgré sa revalorisation en 2011 par le gouvernement Ayrault, elle n’a jamais retrouvé son pouvoir d’achat de 1989 ! Les montants du RSA actuellement versés situent ses bénéficiaires largement sous le seuil de pauvreté.

Peut-on vivre avec uniquement le RSA ? 

Par ailleurs le nombre d’allocataires reste relativement stable :

Peut-on conclure d’après ces chiffres qu’un million huit cent vingt sept mille foyers français se complaisent dans la pauvreté et qu’ils ne font pas ce qu’il faut pour en sortir ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un problème structurel de notre économie qui, malgré les aides publiques considérables faites aux entreprises (CICE, etc.), n’est plus en mesure d’offrir les emplois nécessaires ?
De plus, cet argent public dont bénéficient les plus pauvres est immédiatement réinjecté dans l’économie. Les pauvres ne sont-ils pas aussi des consommateurs, souvent peu exigeants par nécessité financière sur la qualité des produits et donc cibles de choix pour l’agro-industrie, la grande distribution, etc., acteurs efficaces, malgré eux, de la transformation d’argent public en profits privés ?

Ce qui, dans le discours de nos gouvernants actuels, tend à faire croire que la réforme des aides sociales résulterait d’une nécessaire adaptation au contexte économique et social actuel, semble surtout inspiré par le modèle libéral du « workfare », à l’œuvre en Grande Bretagne et aux Etats-Unis et radicalisé sous Thatcher et Reagan. On passe de l’assistance sociale aux plus pauvres à un système donnant / donnant où l’allocation est versée en échange d’un travail. Mais quel travail ? Le contexte économique actuel peut-il fournir ce travail aux allocataires ? Ce travail peut-il être rémunéré décemment ? Les allocataires disposent-ils des capacités nécessaires aux emplois proposés ?
La pauvreté est loin d’avoir été jugulée dans ces 2 pays, après 40 ans de libéralisme effréné, bien au contraire : la pauvreté et le désespoir y prolifèrent comme jamais. Devons-nous nous aligner sur le modèle allemand et ses jobs à  un euro ?

Sous prétexte de modernité, E. Macron, ses affidés et l’oligarchie qu’il représente, veulent nous infliger des recettes éculées qui, en contribuant à leurs intérêts, font le malheur d’un nombre croissant de pauvres. Jusqu’où, jusqu’à quand les laissera-t-on faire ?

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 21/09/2018

(*) Définition et mesure de la pauvreté :
https://www.inegalites.fr/Comment-mesurer-la-pauvrete

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1 commentaire

gerald.lemaire@icloud.com

Bravo pour le fond ET la forme de cet article. Merci

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