« Homo Deus. Une brève histoire de l’avenir » un livre nécessaire !

Editions Albin Michel – Traduction Pierre-Emmanuel Dauzat – 2017 – 426 pages

 Certains livres ont la capacité de nous informer et de nous permettre de nous interroger. « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » en faisait partie.

Dans ce dernier Yuval Noah Harari nous présentait la longue évolution de l’Homo Sapiens qui est devenu celui que nous sommes aujourd’hui, en éliminant les autres espèces d’hominidés. Il nous rappelait les étapes essentielles qui ont permis à Homo Sapiens de dominer le monde, révolution cognitive, révolution agricole, inventions des écritures et des monnaies d’échanges, échanges d’informations entre les divers continents, etc…

C’est cette capacité d’échange et de collaboration qui a permis à Sapiens de dominer le monde, d’éradiquer les autres hominidés, et malheureusement certaines espèces animales….

Après avoir regardé dans le rétroviseur, Yuval Noah Harari, nous propose avec ce livre de regarder loin, très loin devant. Cette réflexion philosophique est passionnante et dérangeante, donc discutable, comme tout essai philosophique. C’est tout son intérêt. Passionnante et dérangeante parce que l’Homme conçoit dorénavant des machines qui font à sa place, qui pensent à sa place, ordinateurs, programmes d’intelligence artificielle, voitures autonomes…et j’en passe. Yuval Noah Harari repousse ainsi les limites des mondes imaginés par Jules Verne,  Aldous HUXLEY,  Georges ORWELL et d’autres. Le choix est à la fois simple et complexe : inventer un monde technologique dont les limites se repoussent sans cesse ou subir ce monde technologique.

La vie de Sapiens est maintenant fortement améliorée et interdépendante des évolutions technologiques toujours plus rapides qu’il imagine. Et parmi celles-ci on ne doit pas sous estimer l’importance des travaux humains sur la génétique. Ces manipulations génétiques qui après avoir permis de créer et d’améliorer des espèces animales à notre profit, s’attaquent dorénavant à l’amélioration de Sapiens lui-même, à l’éradication de maladies, et projettent la création d’un Sapiens amélioré, Sapiens souhaitant même accroître son espérance de vie. Mais la vie de tous ou de quelques uns seulement…?

Nous n’en sommes qu’aux prémices…les propos d’Harari nous interrogent et m’ont personnellement dérangé. En connectant son cerveau à l’intelligence artificielle de machines, d’ordinateurs,  en maîtrisant la génétique, la robotique, en envisageant de greffer des puces électroniques aux cerveaux humains, en créant des organes artificiels, en tentant de connecter le cerveau à Internet, Homo Sapiens tente de devenir « Homo Deus ». Un homme Dieu.

Certains envisagent et travaillent même pour permettre une vie éternelle…pour tous, ou pour quelques uns seulement ? Ce qui ne manque pas de poser des questions éthiques sur le devenir de notre société, sur l’égalité d’accès à ces nouveaux pouvoirs, sur l’évolution de l’espèce humaine ! Qui pourra y accéder, se les payer? Qu’en sera-t-il de notre démocratie, si nous conférons de plus certains pouvoirs à nos ordinateurs, si nous laissons l’intelligence artificielle nous proposer des décisions, voire les prendre à notre place, si la science permet la création de surhommes?

Va-t-on vers la création « d’hommes utiles » et « d’hommes inutiles » ?
Des milliards d’Homo Deus ou quelques uns seulement ?
Nombreux sont les ouvrages d’anticipations dans lesquels les auteurs imaginent, uniquement sous l’angle de l’Innovation, avec un grand « I » le futur promis par ces nouvelles technologies, « Homo Deus. Une brève histoire de l’avenir » envisage quant à lui l’évolution de l’espèce humaine, du fait de ces innovations. En ce sens, bien que pas facile d’approche, il mérite d’être connu du plus grand nombre. Parce qu’il pose aussi le problème de la morale, de ces innovations voulues et proposées par quelques grandes firmes internationales, bien peu philanthropiques, qui ont quant à elles pour seul dieu, le dieu Argent, le dieu Dollar et qui nous imposent des produits, des services, devenus indispensables à notre vie, l’informatique, Internet, et j’en passe. Que penser notamment des pesticides (non évoqués me semble-t-il) développés…pour notre bien parait-il !
Qui détient réellement le pouvoir politique aujourd’hui et qui le détiendra demain ?

Certes, certains points de cet ouvrage peuvent être discutables. D’autres font froid dans le dos… Lire pour s’interroger et s’instruire, c’est tout l’intérêt de la lecture!

Hasard de la vie …Le jour où je lisais cette phrase, Hulot démissionnait :
 « Il est dangereux de confier notre avenir aux forces du marché, parce que ces forces font ce qui est bon pour le marché et non ce qui est bon pour l’humanité ou pour le monde. La main du marché est aveugle aussi bien qu’invisible ; livrée à elle-même, elle pourrait bien rester passive devant la menace du réchauffement climatique ou les dangers potentiels de l’intelligence artificielle. » (P. 405)

Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 21/09/2018

 

Yuval Noah Harari est Historien et professeur d’histoire israélien, né en février 1976 à Haïfa
Il enseigne au Département d’Histoire de l’Université hébraïque de Jérusalem.
Il est membre de l’Académie israélienne des sciences

Son site : http://www.ynharari.com/

Il a reçu à deux reprises en 2099 et 2012 le « prix Polonsky pour la créativité et l’originalité »
Ses titres traduits en France  :
« Sapiens : Une brève histoire de l’humanité »
« Homo Deus. Une brève histoire de l’avenir »

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