Le temps du politique, le temps de la finance

La marche de la troupe macroniste s’est ralentie, elle tend même à faire du sur-place. Au « blitzkrieg », à la rapidité d’exécution qui constituaient l’un des arguments électoraux d’ « en marche », succèdent les hésitations, les atermoiements, voire les contradictions.

Ainsi l’examen de la loi PACTE, censée restaurer la compétitivité des entreprises, traîne en longueur : son projet soumis au parlement étant devenu un véritable fourre-tout de mille pages, sans qu’un axe stratégique fort ne semble s’en dégager.

Ainsi les tribulations autour de la révision de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie), particulièrement sur la question de l’évolution de la filière nucléaire. Même la fermeture de la centrale de Fessenheim, pourtant actée, semble échapper à la décision du gouvernement et relever désormais du bon vouloir d’EDF.

Ainsi les mesures promises d’extension de l’indemnisation du chômage aux  indépendants et aux démissionnaires, histoire de « fluidifier »  le marché du travail, semblent devoir se réduire à une peau de chagrin.

Ainsi les mesures annoncées du plan pauvreté entérinent le passage d’une politique sociale fondée sur le  « welfare » à des aides (revenu universel d’activité) relevant  du « workfare » sans que soient améliorés les revenus des catégories sociales les plus modestes.

Par ailleurs le petit rebond de la sacro-sainte croissance, dont le gouvernement aurait pu s’attribuer le mérite, semble désormais terminé avec le ralentissement de l’économie mondiale. Comment dans un pays qui se désindustrialise de plus en plus la croissance du PIB pourrait elle être dynamique ? D’autant plus que, sous prétexte de restaurer la compétitivité, les macronistes diminuent les revenus et le pouvoir d’achat des ménages ! (*)

Depuis près de 60 ans la croissance ralentit !

Dans le discours gouvernemental le contraste est étonnant entre l’abondance des déclarations visant les restrictions et réorganisations dans le court terme et la quasi-absence de mesures visant le long terme. On aide les entreprises à retrouver de la compétitivité mais on n’évoque et encore moins planifie la restructuration de l’appareil productif dont l’inadéquation est la véritable cause de notre déclin industriel…

On est amené à se demander si la cause de cette inefficacité, voire paralysie, de nos gouvernements successifs n’est pas liée à l’envahissement par la finance du champ du politique (le gouvernement actuel en serait la forme la plus achevée).
Le temps de la finance est celui du court terme, de la tactique, tandis que le temps du politique est celui du long terme, de la stratégie. L’économie réelle a besoin de temps pour développer ses productions, la finance à besoin d’espérer des retours rapides sur investissement.

Les découvertes fondamentales du siècle écoulé se sont surtout faites dans des contextes politiques où l’État n’était pas subordonné à la finance. Ainsi l’histoire d’internet commence dans les universités et chez les militaires…
C’est sur ces découvertes fondamentales que se construit une armature industrielle efficace, bien plus que sur les start-up. Concevoir la renaissance économique de la France sur les start-up est une illusion, un fantasme : les start-up inventent peu, elles bricolent, aménagent, adaptent des découvertes, fabriquent des gadgets.
Le développement et les performances financières de quelques « licornes » font rêver les investisseurs… jusqu’au temps de la désillusion. L’exemple de la start-up américaine Tesla devrait faire réfléchir : légendaire chez les tenants de la « start-up économie », elle ne tient, malgré les problèmes techniques et financiers qui la mettent actuellement en difficulté, que parce que les investisseurs croient encore au mythe du « génie » de son concepteur. Pour combien de temps ? Faut-il faire reposer notre économie sur des mythes et des croyances ?

Notre avenir économique dépend de la capacité de nos gouvernants à s’autonomiser des diktats de la finance. Faudra-t-il attendre les prochaines présidentielles ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/09/2018

 

(*)

La consommation des ménages est une composante essentielle du PIB (elle varie entre 50 et 60% selon les périodes). Bloquer ou baisser le pouvoir d’achat des ménages est contreproductif pour la croissance.

 

Print Friendly, PDF & Email

3 commentaires

Hubert,j’ai lu avec grand intérêt cet article sur le nucléaire et j’aimerai en connaître un peu plus sur Malvezy,qui nous concerne tous dans le Narbonnais.Merci à toi.Amicalement.

Bonjour Alain,

Pardon de répondre si tard, mais si vous souhaitez des informations plus complètes sur Malvézy, le Clairon vous propose un dossier relativement complet sur le sujet, qui regroupe notamment tous les articles publiés par le Clairon sur le sujet.
Vous trouverez ce dossier dans le menu, rubrique « Dossiers ».
Bien cordialement,
La rédaction

Bonjour Alain je te réponds un peu tardivement, désolé…As-tu lu le dossier sur Malvési ? (cliquer sur le bouton dossier) qui se trouve sous la bande titre). De nouvelles info devraient sortir dans le N° 47 du « Clairon » publié le 23 de ce mois.
Amicalement
Hubert

Laisser un commentaire