Nouveau chapitre dans la saga des déchets du nucléaire civil

Faisant suite à plusieurs articles publiés sur la question des déchets du nucléaire civil en France, le Clairon vous informe sur les difficultés rencontrées par EdF pour procéder au retraitement des déchets nucléaires, frein majeur au processus de démantèlement de réacteurs nucléaires en fin de vie.

La centrale nucléaire des Monts d’Arrée, située à Brennilis dans le Finistère a fonctionné entre 1965 et 1985. Depuis cette date, soit plus de 30 ans, elle est à l’arrêt et son démantèlement n’est toujours pas terminé, loin s’en faut. Cette opération a d’ailleurs connu de multiples péripéties depuis la phase expérimentale (1985 – 1992) qui s’est soldée par un arrêt définitif, jusqu’à aujourd’hui (voir ici l’article de Wikipedia). Pour la première centrale française à faire l’objet d’un démantèlement, cela fait plutôt long et laisse mal augurer du démantèlement des autres réacteurs définitivement arrêtés (à l’heure actuelle 13 réacteurs dans 7 centrales).

Dernièrement, EDF a fait savoir que le dossier de démantèlement de Brennilis serait à nouveau déposé le 31 juillet 2018. En effet, la dernière cause de ce ralentissement des opérations était l’absence d’un centre de stockage temporaire des déchets. La construction par EDF de ce centre (ICEDA – centrale du Bugey, dans l’Ain) devrait être terminée à la fin de l’année 2018. L’autorisation de démantèlement pourrait suivre, mais l’instruction du dossier devrait prendre trois ans et comporter une phase d’enquête publique. Après cela, EDF prévoit une durée totale des travaux de 17 ans.

Une fois encore, la gestion des déchets du nucléaire est au centre du problème

Cette question comporte deux aspects majeurs :

  • le retraitement des combustibles usagés pour fabriquer un nouveau combustible,
  • le stockage sécurisé des déchets ne pouvant faire l’objet d’aucun retraitement.

Nous parlerons ici essentiellement de la question du retraitement, qui précède celle du stockage.

Le retraitement a pour objectif la réutilisation d’une partie des combustibles usés, ce qui présenterait le double avantage d’augmenter la quantité de combustible disponible et de réduire les besoins de stockage.

Pour les chiffres, il faut savoir qu’à la fin 2016, près de 14 000 tonnes de combustibles usagés étaient en attente de retraitement. Pour le seul site de La Hague (Manche), 9 800 tonnes de métaux lourds étaient entreposées, sur une capacité totale de 14 000 tonnes (saturation des actuelles « piscines » d’entreposage d’ici à 2030).

Retraiter ? Fort bien, mais dans quelles proportions ?

Un rapport du HCTISN pointe que le taux de recyclage est inférieur à 1 %. Ce sont donc 99 % des combustibles usagés qui devront être considérés comme déchets nécessitant un stockage sécurisé.

En outre, le combustible retraité (le « MOX »), n’est lui-même pas actuellement retraité après usage et il est considéré comme « hautement radioactif ». Actuellement, 1 330 tonnes de MOX usé seraient entreposées dans l’usine ORANO de La Hague. La PPE, outil de pilotage de la politique énergétique, prévoit l’étude des possibilités de retraitement du MOX, mais pas à court-terme.

Par ailleurs, les associations ayant participé à ce rapport rappellent que, le MOX n’étant utilisé que dans les réacteurs les plus anciens, le taux de recyclage devrait progressivement s’abaisser. Déjà qu’il n’est pas tellement significatif…

Seule une réduction significative du recours à l’électricité nucléaire, dans un délai relativement court, pourra avoir une réelle influence sur la question des déchets.

Masquer l’impuissance par un langage trompeur ?

Ces quelques informations montrent que les industriels français du nucléaire civil ne sont pas en mesure de limiter significativement l’accroissement des déchets par le retraitement. Et, comme souvent, pour masquer cette impuissance, ils font appel à la bonne vieille technique que nous appellerons ici de création linguistique.

A ce sujet, le rapport du HCTISN met en garde EDF contre l’ambiguïté des termes utilisés pour évoquer le retraitement. En effet, EDF parle de « cycle » de retraitement (« cycle fermé » et « cycle ouvert »). De quoi s’agit-il donc ?

  • l’expression « cycle fermé » laisse entendre que, dans ce mode, la totalité des combustibles usés seraient retraités, sans déchets résiduels. Or, avec un taux de déchets de 99 % à l’issue du retraitement (cf. plus haut), le recours à cette expression semble pour le moins abusif. EDF, qui ne recule devant aucun effort de créativité,  parle de « cycle idéalement fermé », manière de bien montrer qu’un recyclage sans résidus est hors de sa portée, 
  • plus intéressant encore, l’expression « cycle ouvert » désigne des combustibles ne pouvant faire l’objet d’aucun retraitement et destinés de ce fait à être stockés comme déchets. « Cachez, monsieur, cette montagne de déchets, tout palpitants de radioactivité, que je ne saurais voir« …

En attendant, le stock de déchets s’accroît d’année en année et les solutions fiables de stockage sécurisé se font toujours attendre.

Plutôt que de continuer à dépenser un « pognon de dingue » dans une promotion toujours plus hasardeuse de l’énergie nucléaire, plus soutenue par une novlangue douteuse que par une maîtrise réelle des processus, ne serait-il pas temps qu’industriels et politiques consacrent l’essentiel des moyens ainsi gaspillés à sortir définitivement du nucléaire et à investir massivement dans le développement des énergies durables et non polluantes ?

La rédaction du Clairon de l’Atax, le 22 septembre 2018

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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