Macron cherche idéologie : urgent !

Le président Emmanuel Macron

A la marche victorieuse d’une cohorte hétéroclite unie sous la bannière d’un homme providentiel, Emmanuel (*) Macron, succèdent à présent les désenchantements de l’exercice du pouvoir. On nous promettait du neuf, du vertueux, du mouvement, un changement radical : on a la reproduction du même, l’action politique marque le pas et les « affaires » et scandales ne diffèrent guère de ceux des gouvernements précédents. Des doutes s’installent au sein même de la majorité gouvernementale, l’effet d’entraînement ne fonctionne plus tandis que l’électorat marque de plus en plus fortement son hostilité aux mesures prises par le gouvernement qui ne cesse de répéter qu’il ne fait qu’appliquer le programme sur lequel le candidat Macron s’est fait élire.

Première erreur des « macronistes » : le président et sa majorité ne se sont pas fait élire sur un programme, mais sur le rejet par l’électorat d’un système d’alternances centre gauche / centre droit dont on ne voyait plus la différence dans l’exercice du pouvoir.

Deuxième erreur des « macronistes » : le « et de droite et de gauche » est le récit électoral d’une fusion possible entre des agents politiques d’idéologies diverses « modérées », alors qu’ils oublient que le ralliement de nombreux politiciens est avant tout le fait de déserteurs de partis en déroute. Le « et de droite et de gauche » n’a pas opéré une synthèse au bout d’un processus dialectique où des parties contradictoires auraient négocié et adopté des positions communes.

Les démissions de ministres d’Etat, la grogne des troupes, la baisse de popularité de l’exécutif, la dépréciation de l’action parlementaire aux yeux de l’opinion, conduisent aujourd’hui l’équipe présidentielle à trouver rapidement un moyen de sortir de l’impasse.

Quoi de mieux qu’un récit renouvelé qui légitime l’action de l’exécutif, la sécurise dans la durée, réconforte ses soutiens et désarme ses adversaires. Il s’agit donc de bâtir rapidement, (les circonstances l’exigent et la vitesse n‘est-elle pas la marque de fabrique du « macronisme » ?), un cadre idéologique efficace qui réponde à ce besoin urgent et qui prouve qu’au-delà d’une simple technique pragmatique de gouvernement , le « macronisme » puise sa doctrine dans des références philosophiques et culturelles.

Divers think tanks ainsi que des personnalités ou sympathisants de la République en Marche se sont attelées à cette tâche. Il s’agissait de trouver un mot qui qualifie cette idéologie qui se veut nouvelle et qui est censée survivre après le départ de Macron : ce sera le mot « progressisme ».
Le terme est habile : il contient l’idée de mouvement, déjà reprise par le « en marche » qui dénomme le parti présidentiel et il s’oppose au l’image de conservatisme qui aurait marqué les gouvernements précédents.

Mais vers quoi y a-t-il progressisme ? Ce qui caractérise la pensée dominante des gouvernements de droite et de gauche qui ont précédé l’ère Macron c’est l’idée qu’il n’y a pas d’alternative, qu’il y a une nécessité historique à laquelle il n’y a pas de possibilité de se dérober, qu’il faut faire avec… Cette nécessité c’est le caractère inéluctable du développement capitaliste du monde. Il s’agit donc d’aménager ce développement, c’est à quoi s’emploient en purs libéraux Macron et ses partisans, c’est en quoi ils sont tout aussi conservateurs que leurs prédécesseurs. Comme l’explique clairement un élu LREM, cité dans le Monde  du 21 octobre, cette idéologie à définir aurait pour valeurs cardinales : « la liberté à placer au même niveau que l’égalité, la réhabilitation de la valeur travail comme outil d’émancipation individuelle […] ». Mais que voici une vieille idée aux connotations sulfureuses !

La simple observation de la montée des inégalités, en France comme dans le monde, met à mal ces slogans usés auxquels s’oppose la remarque du philosophe Jacques Roncière : « Le  fond de la domination capitaliste du monde, ce n’est pas la libération des énergies individuelles et individualistes, c’est la furie de l’ordre propriétaire… »

Qu’y a-t-il de neuf sous le soleil ? Certainement pas le « macronisme » et son « idéologie progressiste ».

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/102018

 

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