Colibri, y es-tu ?

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part »

Colibri : le seul oiseau capable de faire « marche arrière »

C’est, paraît-il, la « légende amérindienne » que Pierre Rabhi nous raconte depuis une bonne vingtaine d’années. Tout le monde, ou presque, du MEDEF jusqu’aux écolos, s’est  rangé derrière cette vision : « faire sa part » en choisissant l’action la plus modeste et la plus individuelle. Ce consensus apparent ne devrait pas empêcher les gens de se poser la question : est-ce un modèle pertinent pour sauver la forêt d’un incendie ?

Il est d’ailleurs curieux que personne n’ait jamais fait une liste des efforts que le petit colibri aurait pu également faire et qui auraient pu être plus efficaces. Étonnant  non ?

Alors que peut faire le petit colibri en cas d’incendie de forêt ?

    1. apporter tout seul ses misérables gouttes d’eau (proposition retenue et validée par l’État, brevetée SGDG : ça ne dérange personne et ça ne remet pas en cause les « grands équilibres politiques »),
    2. tenter de convertir tous les autres colibris qu’en s’y mettant tous, les gouttes d’eau deviendront aussi grosses qu’un pipi de chat,
    3. aller convaincre les chats d’aller, eux aussi, faire pipi sur l’incendie,
    4. proposer aux plus craintifs des colibris, qui refusent de s’exposer aux flammes et qui  considèrent les aigles comme l’un de leurs prédateurs naturels, de se faire protéger par les loups pendant qu’ils pisseraient dans des violons, que les aigles emporteraient et iraient verser le contenu au-dessus des flammes,
    5. créer une commission interne au mouvement des colibris pour désigner ceux qui iront parlementer avec les chats, les aigles et les loups, pendant que les autres continueront à verser des gouttes d’eau sur la forêt qui brûle,
    6. piquer le cul des mammouths (pas ceux du PS, ils sont morts, mais il y a en d’autres et de toutes sortes !), pour qu’ils fassent le job pour lequel ils sont payés,
    7. s’enfuir de cette forêt comme une famille syrienne fuit une mort certaine (et laisser sa part aux autres qui s’illusionnent encore sur la possibilité d’une démocratie, alors que de toutes façons, c’est cuit !),
    8. aller visiter une autre forêt, dénicher un petit bosquet où l’on trouve des petites fleurs à butiner, pendant que certains se sauvent et que d’autres cherchent une solution, …ça évite les foules.

Les premières évocations de cette histoire de colibri, retrouvées sur internet, datent de fin 2000 – début 2001. Elles sont toujours référencées comme « la légende amérindienne que cite Pierre Rabhi », mais aucune version de cette légende n’a été trouvée ni en français, ni en espagnol, ni en aucune autre langue avant cette époque.

Il n’en reste pas moins que Pierre Rabhi a choisi pour exemple l’effort le plus inutile que l’on puisse imaginer ! Quelle belle parabole ! Le sujet le plus modeste contribue à l’œuvre collective, bien à sa place, bien docile, sans poser de questions sur la nature et la cause du désastre. Belle une vision néolibérale de laquelle l’État est absent (et où sont les pompiers ?), où l’action individuelle s’épuise à suivre la morale des « puissants » dans un sacrifice inutile, tandis qu’une action collective menacerait de les mettre à bas !

Rabhi a-t-il réfléchi à cette interprétation de sa parabole ? La question ne lui a jamais été posée…

Aux dernières nouvelles, le colibri serait mort d’épuisement, grillé dans l’incendie de la forêt dont le propriétaire, cousin du ministre, a été indemnisé par l’État pour cause de… catastrophe « naturelle » !

Oncle JEF, mi–fâché, mi-goguenard…

En tous cas de plus en plus agacé de voir combien de gens confondent les causes d’un problème avec leurs conséquences et réciproquement… Donc qui ont toutes les chances de proposer des solutions bancales !

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1 commentaire

C’est le côté face du positionnement de Pierre RABHI.
J’ai bien aimé cette approche prônant la mise à distance face à une situation problème, la solidarité, la coopération plutôt que l’action solitaire et la soumission.

Qu’en penserait Pierre RABHI?

Merci!

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