Faut-il déplacer Narbonne ou l’usine nucléaire de Malvési ?

Cette question sous forme de boutade peut paraitre incongrue, pourtant elle attire l'attention sur une question essentielle qui se pose et qui est posée par un nombre croissant de citoyens et d’organisations diverses : peut-on maintenir une usine nucléaire au milieu d'une agglomération ?

Le développement des activités de l’usine nucléaire ORANO / Malvési, l’expansion démographique et territoriale de l’agglomération narbonnaise, les changements climatiques, le contexte politique et économique,  alimentent une cristallisation d’enjeux contradictoires qui pèsent de plus en plus lourdement sur l’évolution de ce territoire.

L’importance des enjeux

Les politiques  pratiquées jusqu’ici par les différents protagonistes  (Etat, Collectivités, Industriel) qui tentent de masquer, de différer ou de contourner les problèmes posés par l’usine nucléaire de Malvési semblent trouver actuellement leurs limites. La question de la compatibilité du voisinage de l’agglomération narbonnaise et de l’usine est désormais incontournable et suscite des réactions de plus en plus fortes de la société civile mais aussi d’une partie des politiques.
Outre les questions de sureté et de sécurité posées par ses installations, l’usine constitue un handicap en matière d’écologie, d’aménagement du territoire, de développement économique et touristique.

Les  inondations catastrophiques des 15 & 16 octobre dernier qui ont submergé une partie de la ville de Narbonne et de la plaine environnante ont ravivé les craintes quand à la survenue d’un accident majeur dont le risque est augmenté par le changement climatique en cours, susceptible de provoquer  des intempéries de plus en plus fréquentes et importantes dans l’Aude.

Un inquiétant développement des activités de l’usine de Malvési

En plus des risques liés au fonctionnement actuel de l’usine, la mise en service prochaine d’un incinérateur destiné à réduire les effluents nitratés stockés dans les bassins de l’usine, dispersera sur la ville de Narbonne et ses environs un panache de fumées de 40000 m3 / heure charriant des gaz et des particules toxiques (voir dossier Malvési du « Clairon »). Ce projet TDN qui utilise un procédé d’incinération inédit (THOR), soulève beaucoup de questions, tant dans le public qu’au sein de la communauté scientifique, quand à son innocuité pour la population environnante.

Par ailleurs l’usine de Malvési vient d’être autorisée à produire du dioxyde d’uranium (UO2) qui entre dans la fabrication du combustible nucléaire Mox . Cette activité nouvelle augmente mécaniquement les risques d’incident…

Une politique de communication et un processus décisionnel contestables

Les autorités (l’Etat, les collectivités) ainsi que l’industriel ORANO témoignent d’une grande méfiance à l’égard du public lorsqu’il s’agit de diffuser des informations. Celles-ci sont souvent tardives ou partielles et contrastent avec l’ampleur des moyens déployés par ORANO dans des campagnes de « com », parfois soutenues par les services de l’Etat. Tout cela laisse au public une fâcheuse impression de duperie, où les services de l’Etat semblent faire le jeu de l’industriel…

Cette impression est encore renforcée par la manière dont sont prises les décisions du représentant de l’Etat. Ainsi l’arrêté préfectoral de novembre 2017 portant sur l’autorisation de l’installation TDN dans l’usine de Malvési fut pris à la suite d’une procédure d’enquête publique plus que contestable sur le fond : étude incomplète, information parcellaire, consultation sélective d’experts…Il en est de même pour des arrêtés préfectoraux « discrets » pris en 2018 qui autorisent d’une part des modifications d’entreposage des déchets radioactifs et la gestion des effluents sur le site et d’autre part la production de dioxyde d’uranium, sans enquête publique et sans information préalable de la population…

Des réactions de plus en plus fortes dans la société civile

La succession des dysfonctionnements, incidents et accidents qui accompagnent l’activité de l’usine depuis sa mise en service, ne mettent pas en évidence une amélioration de la sureté et de la sécurité de l’installation. Dans ces conditions les réactions d’inquiétude et de rejet du public s’accroissent (manifestations régulières du collectif des Familles Papillons). A cela s’ajoute l’action de collectifs ou d’associations comme RUBRESUS , COVIDEM, TCNA, SDN11, ADN34, C.O.L.E.R.E., qui disposent de capacités d’expertise leur permettant d’analyser les projets d’ORANO, ou, le cas échéant, de contester les décisions préfectorales et d’ester en justice.

Face à la gravité de la situation, ces associations et collectifs ont su mener des démarches et actions conjointes ce qui est assez rare dans les habitudes locales. (Cf.  communiqués conjoints Aude inondations Narbonne menacée par l’industrie nucléaire et  Communique recours AP 22 mai VF)

Des élus et diverses personnalités conscients du problème se sont manifestés, mais…

En 2015 dans le contexte des élections régionales des élus PCF, PG, EELV, des personnalités de la société civile ont interpellé le gouvernement, Areva (ORANO) et EDF, ainsi que les candidats aux élections mais aussi toutes et tous les candidats-es aux élections régionales dans une lettre ouverte qui demandait la fermeture de Malvési et proposait des solutions alternatives sur le site.

Extraits de cette lettre ouverte (2) :

« Mais il y a une décision qui doit être prise par l’Etat et que doit demander la Région : celle d’organiser la fermeture d’une usine de fabrication de carburant nucléaire à partir de minerais d’uranium extraits au Niger ou ailleurs, une usine installée aux portes de Narbonne, à deux kilomètres des tours de la cathédrale : c’est le site de Malvési. […]
L’Etat et AREVA doivent entendre qu’il est impensable de conserver un tel site en pleine agglomération, et la restructuration d’Areva doit permettre que cesse cette aberration, ce scandale économico-sanitaire.
Ils doivent agir immédiatement pour en soustraire toutes les activités de type SEVESO en garantissant les règles de sécurité optimales, ainsi que les moyens humains et financiers à la hauteur de ces enjeux.».

Le temps a passé et les collectivités les plus concernées, la ville de Narbonne et la Communauté d’Agglomération du Grand Narbonne, ne manifestent aucune position particulière, sinon d’accompagner l’industriel dans son développement au prétexte des retombées économiques ou d’emplois qu’il pourrait générer…

Il est temps que la question du maintien des activités d’Orano à Malvési soit à nouveau posée et traitée

Cela concerne en premier lieux les habitants de la Narbonnaise et leurs élus, associés dans une réflexion commune et une prise de décision démocratique..

  • C’est à eux de connaître en toute transparence les risques encourus en cas de maintien des activités de l’usine ORANO / Malvési et de disposer de tous les moyens d’information pour les connaître et les évaluer.
  • C’est a eux de se prononcer sur le maintien, le changement d’activité ou la fermeture de l’usine
  • C’est à eux, le cas échéant, de participer à la définition des conditions de départ et d’en suivre l’exécution.

Compte tenu de la nature des risques présentés par les activités d’ORANO / Malvési, il n’est pas envisageable d’opposer à l’intérêt particulier des habitants de la Narbonnaise un intérêt supérieur qu’il soit civil ou militaire.

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/10/2018

 

 

Lien vers la lettre ouverte des élus et personnalités en faveur de la fermeture de Malvési, publiée par Médiapart :

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/130815/lusine-areva-malvesi-narbonne-au-centre-des-debats

 

 

 

 

 

 

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