Inondations dans l’Aude

Inondation du lit majeur de l’Aude vue depuis la digue des Olivettes à Cuxac d’Aude

L’épisode méditerranéen qui a frappé l’Aude la semaine dernière a fait et fait encore l’objet de nombreux commentaires. Bien entendu la question des responsabilités y tient une place importante sinon prépondérante. Le phénomène est bien connu : après une catastrophe on cherche les responsables : «c’est la faute à qui ?».

En 2009 le président de la région Languedoc Roussillon Georges Frèche, de passage à Cuxac d’Aude, avait expliqué lors de la présentation du projet de digues de protection des zones d’habitation de cette commune, que les zones inondables du cours inférieur de l‘Aude présentaient un risque connu depuis l’antiquité et que les Romains évitaient d’y construire des habitations. Plus tard, au 17ème siècle, un intendant royal avait préconisé de n’y bâtir que des maisons solides dont la partie habitable serait située en étage.

Bâtiment ancien en zone inondable avec habitation à l’étage (photo HR)

Quelques exemples anciens de ce type de construction restent visibles et témoignent de la sagesse de cette recommandation puisqu’ils ont franchi les siècles et restent encore debout, intacts.

Dans la course à « la faute à qui » on a tout d’abord incriminé le caractère tardif de l’alerte. Météo France / Vigicrue aurait placé trop tardivement en zone rouge le périmètre frappé par ces pluies exceptionnelles . Rappelons tout de même que la zone était placée en orange depuis la veille et que la vigilance orange donne l’avertissement suivant : – Risque de crue génératrice de débordements importants, susceptibles d’avoir un impact significatif sur la vie collective et la sécurité des biens et des personnes – . Il semblerait que nombre de personnes sinistrées n’aient pas réagi à cet avertissement : il serait donc utile de creuser la question du « pourquoi » avant de mettre en place d’autres systèmes d’alerte plus sophistiqués, qui risquent peut-être d’être en définitive  tout aussi inopérants.
Il faut aussi s’interroger sur le rôle des medias, notamment celui des correspondants des chaînes de télévision présents sur place dès le matin du 15 octobre, qui interviewaient les sinistrés en état de choc sur le mode : « pensez-vous que l’alerte rouge a été donnée à temps ?» On ne peut faire mieux en matière de suggestion !

Tout cela pour dire qu’il vaudrait mieux ne pas trop s’appesantir sur le caractère tardif ou non de l’alerte, mais de réfléchir aux causes de ces inondations qu’on nous annonce de plus en plus fréquentes et catastrophiques. Elles sont multiples : le changement climatique, certes, mais aussi l’urbanisation délirante qui autorise les constructions en zone inondable ; la multiplication du système pavillonnaire qui offre des produits « camelotte » aux ménages à faibles revenus ; l’auto-construction clandestine qui échappe à toute réglementation et plus généralement l’artificialisation des sols, pratiquée à l’échelle du propriétaire particulier comme à celui de la commune, qui limite l’absorption des eaux de pluie et accélère le ruissellement…

Tout cela est connu depuis longtemps, les inondations catastrophiques de 1999 ont été un avertissement, il n’a pas suffi pour enrayer ces pratiques aberrantes de construction et d’urbanisation…la catastrophe d’octobre 2018 en témoigne. Il faut donc continuer à expliquer et à lutter contre le laxisme des uns et l’incurie ou le cynisme des autres.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : s’il faut chercher des responsables : tout le monde l’est, les autorités, comme ceux que ça « arrangeait » de ne pas tenir compte des principes les plus élémentaires qui régissent l’acte de bâtir…

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 20/10/2018

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3 commentaires

Excellente analyse. Les vues aériennes sont accablantes…

Comment ne pas approuver un tel commentaire qui mériterait une large diffusion!!

Administrateur du Clairon

Bonjour Alain, et merci de votre commentaire.

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