La surconsommation numérique s’avère insoutenable pour le climat

Généralement perçu comme un facteur positif de la transition écologique, le numérique, par l’énergie qu’il consomme, constitue un risque important pour l’environnement et le climat. Dans ce domaine comme dans d’autres, nous devrons aussi faire des choix et nous habituer à des gestes quotidiens pour réduire autant que possible notre consommation d’énergie.

Eh oui, avec un usage généralisé du numérique, nous nous imaginions réduire notre empreinte énergétique. Pensez donc : moins de papier, dans la mesure où nous communiquons de plus en plus par messagerie électronique et par SMS, et consultons de plus en plus les articles de presse et autres documents sur écran ; moins de transport de courrier aussi et moins de déplacements, grâce au commerce en ligne ; moins d’emballages pour les produits immatériels (logiciels, flux musique, vidéos), que nous téléchargeons désormais directement, etc.

Certes mais, en contrepartie, notre usage croissant du numérique augmente notre consommation d’énergie électrique dans des proportions dont nous n’avons pas toujours conscience.

Tout ce que nous faisons désormais avec le numérique

Selon un article paru sur le site « actu-environnement.com », l’empreinte énergétique du numérique progresse actuellement de 9 % par an et « l’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de 4% par an, à contre courant de celle du PIB mondial qui décroît de 1,8% par an ».

Cela n’a rien d’étonnant lorsque l’on constate l’importance croissante prise par l’internet depuis plus de dix ans, du fait de la convergence de deux facteurs, qui s’alimentent mutuellement :

  • le premier est que l’internet est désormais le support majeur de l’information, mais aussi son vecteur le plus utilisé : sites d’information, réseaux « sociaux », courrier électronique (avec ses pièces jointes…), commerce et jeux en ligne, démarches administratives, sites d’entreprises à usage externe comme interne, « streaming » vidéo et audio, etc.,
  • le second est la croissance phénoménale des ventes de terminaux (smartphones, tablettes numériques et ordinateurs) permettant l’accès aux contenus véhiculés par l’internet.

On peut parler sans exagérer d’une véritable explosion du numérique, dont la conséquence est une modification profonde de nos usages vers une consommation accrue des contenus numériques, soutenue par la facilité d’accès à ces contenus, ainsi que par l’évolution constante de l’offre et de l’ergonomie des interfaces proposées. Non seulement nous devenons progressivement « accros » au numérique, mais cette addiction coûte extrêmement cher en énergie.

Ci-contre, en temps réel, la consommation électrique due à l’informatique.
Selon le site Planetoscope, les 2/3 de cette énergie sont consommés par des appareils en veille.
A elles seules, les « box » ADSL, qui permettent la connexion des logements à l’internet, consommeraient en France 5 TWh / an, dont 3 en période de veille.


La consommation multimédia en ligne (« streaming »), qu’il s’agisse du visionnage de vidéos ou de l’écoute musicale, est particulièrement dévoreuse d’énergie. Ainsi, l’impact énergétique de la consultation d’une vidéo en ligne sur un smartphone est 1500 fois supérieur à celui de la consommation électrique dudit smartphone.

 

Selon le site « fournisseurs d’énergie », cette consommation double tous les 4 ans.

Les principaux maillons de cette consommation d’énergie sont :

  • les serveurs et « data centers », à partir desquels les contenus sont disponibles,
  • les réseaux qui acheminent les contenus,
  • les équipements des utilisateurs (dont les terminaux: smartphones, tablettes, ordinateurs, « box »).

Du fait de l’exigence de disponibilité intégrale, serveurs et réseaux consomment de l’énergie en continu, ce qui n’est pas tout à fait le cas des terminaux. Cependant, la fréquence de renouvellement des terminaux (smartphones et tablettes, notamment) est, elle aussi, excessivement consommatrice d’énergie. Certains experts estiment qu’il faut 80 fois plus d’énergie pour produire un gramme de smartphone que pour produire un gramme de voiture.

Cas particulier qui illustre bien le problème général, l’énergie électrique actuellement consommée pour maintenir le registre de la crypto-monnaie Bitcoin (la fameuse « blockchain ») atteint les 40 TWh / an, soit la consommation électrique d’un pays comme le Pérou ou la Nouvelle-Zélande. Du fait de la particularité de ce processus, sa consommation est en constante augmentation.

Étant donnée la prépondérance du nucléaire et des énergies fossiles dans la production d’électricité mondiale, l’explosion du numérique a un effet négatif direct sur le réchauffement climatique, par l’augmentation des GES (énergies fossiles) et concourt au maintien du nucléaire comme moyen de production d’électricité.

 

Dans ce domaine comme dans ceux du transport, du chauffage et de la consommation, il sera nécessaire de faire preuve de sobriété si nous voulons à la fois continuer de bénéficier des services de l’internet et maintenir des conditions de vie supportables sur notre planète.

Les choix à faire sont bien évidemment politiques et des rapports (voir en fin d’article) fournissent analyses et recommandations sur ce sujet.

Cependant, en tant que particuliers, nous pouvons déjà limiter notre consommation en modifiant nos usages de consommateurs d’internet et d’utilisateurs de terminaux. Un certain nombre d’actions sont d’ores et déjà possibles telles que (liste non exhaustive):

  • débarrasser sa (ses) boite(s) mail des messages (et pièces jointes) inutiles, sans oublier de vider la corbeille,
  • utiliser un moteur de recherche et un service de messagerie moins consommateurs,
  • limiter les recherches en enregistrant les sites dans les favoris du navigateur,
  • télécharger les média vidéo et audio pour les regarder / écouter « hors ligne », afin de diminuer la sollicitation des réseaux et des serveurs, donc leur consommation d’énergie,
  • se désabonner des newsletters inutiles,
  • recycler son ancien smartphone,
  • acheter un smartphone réparable et peu consommateur en énergie,
  • utiliser des logiciels d’optimisation de l’utilisation wifi / données mobiles,
  • acheter des produits « high-tech » reconditionnés,
  • débrancher les appareils numériques non utilisés la nuit (box, wifi, etc.), ainsi que les chargeurs de smartphones / tablettes, lorsque la charge est terminée.

La rédaction du Clairon de l’Atax, 20 octobre 2018

Pour aller plus loin:

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

4 commentaires

Albert CORMARY

Je reviens sur cet article et depuis sa parution, j’ai pris conscience d’autre chose. Non seulement, nous devrions adopter des gestes de sobriété quant aux manipulations mais nous devrions également interroger notre usage. Ho je ne parle pas forcément de moi-même, utilisateur d’un Nokia acheté en 2004 et dont la batterie est d’origine. Il me sert à téléphoner et envoyer des SMS. Pas de Wifi à la maison : une box éteinte la nuit et pendant nos absences…
La rencontre l’Assoc’Epicée d’une community manager (ortografe non garantie) m’a fait comprendre autre chose, les usages majoritaires d’internet ont trait au champ récréatif : échanges de selfies, ce que je pense de la dernière série téléchargée, etc. (et la TNT dans tout ça ?)Tout cela pour la plus grande joie des publicitaires qui peuvent mieux cerner notre personnalité et nos « besoins ».
Autrement dit, non seulement, le numérique est énergétiquement insoutenable mais en plus, il alimente nos sur-consommations de biens et services !
Alors, s’offre à nous deux options. La première nous choisissons de devenir plus (et même très sobres) dans tous les domaines. La deuxième, nous accélérons la marche du système et nous subirons le grand collapse plus vite et plus brutalement. Certains disent que ce serait le moyen d’arriver plus vite au monde nouveau qu’ils espèrent…
Albert CORMARY

Thierry Vidal

Comment ne pas se sentir fautif en ayant pris le temps de lire cet article?!
Je suis étonné de ne pas trouver, dans les propositions de réduction des usages, la simple solution qui consiste à ne pas allumer ordinateurs et smartphones. Je sais, nous sommes tous tombés dans le piège, accro, et restons dans le déni. C’est si beau, pratique, addictif, qu’on en oublie de vivre.

Je crois comprendre que la proposition de « ne pas allumer ordinateurs et smartphones » signifie ne pas les laisser en service lorsqu’ils ne sont pas utilisés. Cela semble tellement évident que cela n’a en effet pas été indiqué dans l’article. C’est ce que je fais moi même, du moins pour mon ordinateur: lorsque je ne l’utilise pas, il est éteint.

On conviendra que, en ce qui concerne le « smartphone », c’est moins évident, car il faut pouvoir répondre à un appel. On peut bien sûr envisager de s’en remettre à sa messagerie vocale et n’allumer son téléphone qu’à certains moments de la journée, consulter sa messagerie et répondre en différé aux appels, mais ce n’est pas toujours le mode le plus adapté, surtout si l’on doit pouvoir être contacté en cas d’urgence. Et comme le recours aux messageries vocales est lui même un poste spécifique de consommation d’énergie, le bilan énergétique d’un tel choix n’est pas nécessairement en faveur ce cette solution.
De plus, dans le cas des « smartphones », le problème de surconsommation d’énergie « en veille » ne se situe pas tant au niveau de la pure téléphonie, qu’à celui des données en ligne (WiFi ou « data ») et du GPS. Ces fonctionnalités consomment effectivement de l’énergie, même lorsqu’elles ne sont pas sollicitées par l’utilisateur. Cependant, elles peuvent être désactivées à la demande (ce que je fais personnellement) et on peut aussi avoir recours à des logiciels d’économie d’énergie qui permettent de contrôler leur activation selon des règles précises.

Nul besoin d’être « addict » pour surconsommer, il suffit de ne pas être conscient de la façon dont fonctionnent ces équipements, qui ont la particularité d’entraîner la consommation électrique d’équipements qui ne sont pas directement sous le contrôle de l’utilisateur. Par exemple, un « smartphone » dont le GPS est actif va solliciter le réseau GPS, c’est à dire : les satellites présents dans la zone plus l’ensemble du réseau d’acheminement du signal entre les satellites et l’utilisateur. Et cela, même lorsque aucune application nécessitant le GPS n’est active sur l’appareil. En désactivant la fonctionnalité GPS de son « smartphone », l’utilisateur influe positivement, même de manière infime, sur la consommation de ces équipements.

A l’inverse, il est tout à fait possible d’être à la fois « addict » à ces outils et de faire très attention à sa consommation d’énergie.

Au-delà de ces considérations, la question de l’addiction me semble plus difficile à résoudre : faut-il limiter arbitrairement la consommation d’énergie informatique de tout un chacun et, si oui, dans quelle proportion et selon quels critères ? Ou bien faudrait-il envisager de rééduquer les populations pour qu’elles cessent toute consommation inutile ? Mais alors, comment évaluer l’utilité d’une consommation personnelle de ressources informatiques dans un monde qui fait de plus en plus appel à ces techniques ? Personnellement, si je vois bien le problème énergétique que pose l’utilisation croissante de ces moyens d’information, d’échange et de communication, je ne vois pas bien par quoi les remplacer. En revanche, alerter, comme le fait cet article, sur les dangers de leur utilisation, permet peut-être à chacune et chacun de prendre conscience de la nécessité de limiter leur utilisation à un strict nécessaire, différent pour chacun.e, ce qui est déjà un premier pas. Le pas suivant étant de s’informer pour savoir comment utiliser raisonnablement ces moyens, ce qui commence par apprendre comment ils fonctionnent.

Merci en tout cas de ce commentaire qui me permet de fournir ces précisions.

dans la bibliographie (en ligne bien sur, on n’est pas une contradiction près), on peut ajouter : https://www.greenit.fr/…/transition-numerique-fera-t-exploser-consommation-denergi…

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