Il est encore temps…

La question du changement climatique ne fait pratiquement plus débat aujourd'hui. Souvent résumée au réchauffement climatique, elle inclut aussi une transformation radicale du vivant, avec un appauvrissement grandissant et inquiétant de la biodiversité. Si le climato-scepticisme semble s'éloigner derrière nous, nous sommes toujours confrontés, malgré près de cinquante ans d'alertes toujours plus pressantes, à ce que l'on pourrait appeler une "climato-impuissance", caractérisée par l'incapacité de nos sociétés et de leurs dirigeants à s'emparer courageusement de la question. Que pouvons-nous faire, en tant que citoyens, pour infléchir le cours mortifère de ce changement ? Et est-il encore temps ?

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Samedi 8 septembre 2018, une « marche pour le climat » rassemble, selon le site Reporterre, 130 000 personnes dans de nombreuses villes de France. En marge du mouvement international « Rise for Climate », cette marche est à l’initiative du journaliste Maxime Lelong et fait notamment écho aux déclarations de Nicolas Hulot lors de sa récente démission de la fonction de ministre de la Transition Écologique et Solidaire.

Samedi 13 octobre 2018, une nouvelle marche pour le climat rassemble à peu près autant de monde dans plus de 80 villes de France. Quelques jours auparavant, les experts du GIEC ont publié un rapport spécial détaillant les conséquences d’un réchauffement à 1,5° et à 2°, conséquences alarmantes pour la survie de l’homme et des espèces animales.

Ce rapport pointe la nécessité d’une réduction de 45 % des émissions de GES d’ici à 2030 et de la « neutralité carbone » d’ici à 2050, afin de rester autour de 1,5°C de réchauffement global à la fin du siècle. En outre, il indique que, si nous n’agissons pas immédiatement, cette limite de réchauffement de 1,5°C sera atteinte dès 2050 et que les tendances actuelles laissent entrevoir un réchauffement global non pas de 2°C à la fin du siècle mais de 3, voire 4°C.

Nouvelle marche, le samedi 8 décembre 2018

Samedi 8 décembre prochain, une nouvelle marche est organisée partout dans le monde et dans plus de 60 villes en France (voir ici sur Facebook ou là dans l’agenda du Clairon). Ce troisième évènement est particulièrement important, car il se déroule pendant la COP24, qui se tiendra cette année à Katowice, en Pologne. C’est donc une occasion privilégiée, pour tous ceux qui sont concernés par l’urgence climatique, d’interpeller les pouvoirs publics et tous nos contemporains.

Dans son dernier rapport, l’OMM a mis en évidence un niveau de gaz à effet de serre record pour 2017, signe que les états, pourtant engagés lors de la COP21 (accords de Paris) et des suivantes, n’ont en réalité fait que très peu d’efforts pour influer sur ce changement pourtant vital pour l’humanité tout entière. Pire, le rapport affirme que «la dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années: la température était de 2 à 3 °C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel». Le rapport ajoute que la « fenêtre de tir » pour agir est désormais près de se refermer.

Selon l’INSEE, la France, pays organisateur de la célèbre COP21 en 2015, a connu une croissance continue de ses émissions de CO2 entre 2014 et 2017, passant de 324 à 338 millions de tonnes / an durant cette période.

Conscience ou déni, c’est selon…

Beaucoup d’entre nous l’ont compris depuis longtemps : la lutte pour prévenir le changement climatique n’a rien d’une lubie d’illuminés en mal de cause à défendre, mais relève d’un problème bien réel, qui devient chaque jour plus aigu. Il suffit de constater la fonte croissante des glaciers et calottes glacières, la montée du niveau des mers et ses conséquences sur les conditions d’existence de millions d’êtres humains, les sécheresses à répétition et j’en passe… La contemplation des quelques graphiques ci-dessous suffit à elle seule à donner une image de l’ampleur du phénomène et de ses causes indéniablement humaines  (cliquer sur les images pour les agrandir).

Malheureusement, beaucoup préfèrent s’imaginer que l’Homme (avec sa grande hache…) trouvera bien, avec son génie scientifique et technologique, les moyens de se sortir de ce mauvais pas. Cependant cette affirmation ne résiste pas trop à l’examen, lorsque l’on constate le peu d’empressement avec lequel il se met à la tâche et les réticences qu’il met à joindre les actes à la parole. En réalité, ceux-là ne veulent pas être dérangés dans leurs habitudes et ne réagiront qu’au dernier moment, quand l’évidence les touchera personnellement. A ce moment-là, ils s’affoleront, accusant les pouvoirs publics de n’avoir rien fait. Désespérément banal…

Il est frappant de constater à quel point tous les pouvoirs,  publics comme privés, n’hésitent pas à promouvoir les découvertes scientifiques et autres innovations technologiques lorsque ces dernières servent leurs calculs politiques ou financiers, et comment ils semblent rester sourds lorsque ces mêmes scientifiques s’unissent pour les alerter sur le danger climatique.

À lui seul, ce graphique illustre bien l’inertie de nos sociétés et de leurs dirigeants, face aux alertes qui ne cessent de s’amplifier depuis près de 50 ans. Il montre comment le jour du dépassement régresse d’année en année vers le début de l’année.

En 1970, pour l’ensemble de la planète, c’était à la toute fin de décembre, en 2018, c’était le 7 août. En 2018, pour la France, ce jour était le 3 mai ; il faudrait donc les ressources de 3 planètes Terre si l’humanité entière vivait comme la France.

Si la planète était une entreprise, son chef comptable s’arracherait la calvitie devant un tel constat.

 

D’autres préfèrent se murer dans le déni, à l’instar de l’homme aux cheveux oranges, et semblent préférer une vitalité économique supposée, meurtrière sur le long terme, à des changements profonds qui réduiraient leur liberté, leurs revenus et contraindraient par trop leur mode de vie. Certains d’entre nous se souviennent peut-être d’une autre forme de déni, celle de Claude Allègre, géologue, distingué en 1986 par la médaille d’or du CNRS, ancien directeur du BRGM, ancien ministre « dégraisseur de mammouths » et auteur du livre « L’imposture climatique« . Dans ce livre, il n’a pas hésité à falsifier le graphique d’un climatologue pour lui faire dire le contraire de ce qu’il illustrait.  Bien qu’il soit apparu que l’imposteur était en réalité Claude Allègre, le livre obtint, en 2010, le prix de la Société de Géographie, ainsi que de nombreux soutiens. Quand intérêt personnel, notoriété et esprit de corps vont à l’encontre des évidences les plus manifestes…

Que peut-on faire ?

On peut marcher bien sûr. Participer à ces marches ne change peut-être pas grand’chose sur le fond, mais cela donne à voir que la question est tout sauf anecdotique. Et plus nous serons nombreux à participer à ces marches, plus ce sera manifeste.
C’est pourquoi le Clairon, convaincu de cette urgence climatique, appelle toutes et tous à participer massivement à ces marches, dont l’ambiance est par ailleurs fort sympathique, malgré la gravité du sujet. Bien évidemment, nous nous engageons aussi à tenir nos lecteurs informés des marches qui seront organisées dans le futur.

Au-delà des marches, il y a l’action individuelle et l’action collective, qui ne sauraient aller l’une sans l’autre.

Sur le plan individuel, le premier pas indispensable consiste à s’informer et cela sur deux plans. D’abord sur la réalité de la situation, afin de s’approprier la réflexion sur ce grave sujet. Cet article, comme tous ceux du Clairon, n’a pas la prétention de convaincre ses lecteurs, mais de leur donner les moyens de forger leur propre conviction sur les sujets abordés. Ensuite, il s’agit de s’informer sur les moyens qui sont à notre portée, dans notre quotidien, pour modifier nos pratiques et réduire ce que l’on appelle notre empreinte écologique, c’est à dire les effets négatifs de notre mode de vie sur l’environnement.

Ce second pas, pour la majorité d’entre nous, demandera beaucoup de travail, de vigilance et de persévérance, tant il est vrai qu’il est difficile, voire douloureux, de changer ses habitudes. Mais cette nécessité de changement sur le plan personnel est un fondement de l’exigence démocratique, qui veut que l’on place l’intérêt général au-dessus de ses intérêts particuliers. Qu’on le veuille ou non, nous ne vivons pas isolés et nos actes ont des impacts bien au-delà de nos petites personnes.

En matière d’information, vous trouverez, à la fin de cet article, quelques références pouvant vous aider dans vos recherches.

Si l’action individuelle est indispensable, ne serait-ce que par nécessité de cohérence, l’action collective s’avère tout aussi nécessaire et ce dans trois directions au moins :

  • en direction de ceux qui, peu informés et/ou peu sensibilisés, ne voient pas forcément l’importance de l’enjeu et peuvent être tentés, par confort intellectuel, d’en minimiser l’importance. Il ne s’agit pas de convaincre, mais de porter un message destiné à susciter la réflexion, à apporter les « briques » d’un questionnement,
  • en direction, bien sûr de nos élus à tous niveaux (municipalités, départements, régions, parlement), en les interpellant sur cette question cruciale, afin qu’ils s’engagent et agissent en vue de mettre en place des dispositifs à l’échelon collectif. Dispositifs incitatifs pour encourager à l’abandon de pratiques destructrices de notre environnement, mais aussi dispositifs contraignants, afin de dissuader la poursuite de telles pratiques,
  • en direction des entreprises elles-mêmes, que ce soit par l’interpellation, le boycott ou tout autre moyen de pression non violent.

Mais n’est-il pas trop tard pour agir ?

Épineuse question.

Ce qui semble certain, c’est que la planète survivra à l’humanité, de même qu’elle l’a précédée.
Ce qui est moins certain, c’est que l’humanité survivra au changement climatique d’ores et déjà enclenché, mais personne ne peut à ce jour affirmer que l’humanité disparaîtra du fait de ce changement. Il y a en revanche fort à parier que, si rien n’est fait, elle s’en trouvera profondément transformée, d’une façon que nul n’est en mesure d’imaginer de façon précise et certaine.

Ce que nous savons déjà, c’est que nombre d’espèces animales et végétales, avec lesquelles nous partageons notre seul territoire de vie, sont très lourdement touchées par ce changement, et il paraît utile de rappeler qu’elles n’ont aucune responsabilité dans ce processus qui les pénalise, pour l’instant, plus que nous.

Les seules questions qui semblent pertinentes sur ce point sont:

« Est-il juste de s’enfuir devant une maison qui brûle lorsque l’on sait que des êtres vivants y sont encore et ont besoin d’aide pour en sortir ? »
« Est-il juste de risquer l’avenir du vivant, pas seulement de l’humanité, au profit de notre confort immédiat ? »

Chacun a en soi la réponse à ces questions.

Pour terminer, je vous invite à visionner la vidéo ci-dessous, qui aborde cette question beaucoup mieux que je ne saurais le faire.

L’orateur Aurélien Barrau est un astrophysicien spécialisé dans la physique des astroparticules, des trous noirs et en cosmologie.
Il travaille au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble (LPSC) sur le polygone scientifique.
Il est également professeur à l’université Grenoble-Alpes.

 

Jean Cordier, pour le Clairon de l’Atax, le 22 novembre 2018

Les liens ci-après ne sauraient représenter l’exhaustivité de ce que vous pourrez trouver sur le sujet du changement climatique. N’hésitez pas à nous en  proposer d’autres que nous publierons bien volontiers.

Pour s’informer et agir:

 

 

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