La vieille histoire des lendemains qui chantent !

Hitler, Mussolini, Staline, Franco…. et tous les futur guides des peuples qui leur promettent le bonheur pour demain…

Le peuple aveuglé par ses passions triviales et trop occupé à satisfaire en égoïste ses désirs de consommation, s’illusionne sur ce qui peut lui apporter ce bonheur auquel tout le monde aspire.

Heureusement il y a une « élite » qui veille au grain ! Une « élite » formée par l’école républicaine, puis par les grandes écoles ; une « élite » qui en a franchi avec succès toutes les étapes en réussissant ce qu’ « on » attendait d’elle. « On » c’est qui ? Vaste question : en schématisant on peut dire que cela implique tous ceux qui trouvent un intérêt à l’ordre établi et qui en craignent la fin. On les trouve partout : chez les parents, les profs, les agents économiques, les gouvernants… Avoir réussi ce qu’« on » attendait de vous, accéder à un statut social respecté, obtenir la bienveillance des « puissants », il n’y a rien de mieux pour vous confirmer la justesse des idées qui vous ont été inculquées et que vous ingurgitâtes avec un zèle qui fut récompensé. Rares sont ceux qui échappent au puissant formatage de cette matrice. Le jeune Macron n’y a pas échappé et mieux encore, c’est lui qui a progressé le plus loin et le plus vite dans cette trajectoire à la Française. Le voici à 39 ans président de la République, porté et entouré par un essaim de gens aux parcours comparables et aux mêmes fondements conservateurs (*).

Cette « élite » sait donc qu’elle est une élite et ne doute aucunement de la justesse de ses idées, qu’une fois au pouvoir elle s’empresse de rendre légitimes.
Face à elle existe une masse hétéroclite et labile aux aspirations contradictoires : le peuple. Il en émerge une cacophonie relayée par des corps intermédiaires affaiblis et disparates et des institutions politiques locales défaillantes.

Il appartient donc aux « élites » de mettre de l’ordre dans tout ça ! 

Mettre de l’ordre, pour ces « élites », c’est appliquer ce vieux modèle qui leur a si bien réussi : faire advenir la société de marché qui régule les rapports sociaux bien mieux que l’Etat providence en les fondant sur le primat d’un travail productif et efficace qui alimenterait des échanges harmonieux…

Mais le peuple rechigne à ce changement qu’eux seuls proclament révolutionnaire. Car le peuple éprouve dans son quotidien les dysfonctionnements que leur politique engendre. Loin de se rapprocher de ce bonheur éthéré qu’on lui fait miroiter pour bientôt, il constate l’affaissement de son pouvoir d’achat, le renforcement des inégalités, l’attrition du lien social par la montée des individualismes et/ou des communautarismes, l’arrogance et l’impunité des puissants, la confiscation de sa parole par des politiciens de tout acabit,  tandis que la morsure du réel se fait chaque jour plus âpre, plus douloureuse. Alors le peuple manifeste comme il peut, avec les moyens qui sont les siens, avec les emblèmes qu’il trouve : aujourd’hui les gilets jaunes des automobilistes en difficulté…

Mais faut-il que l’« élite » cède devant ces revendications divergentes voire contradictoires ? Faut-il comme tous les gouvernements précédents faire acte de faiblesse et capituler devant la rue ? Il n’en est nullement question : fortes des techniques de négociation apprises dans les « grandes écoles » et quelquefois expérimentées face à des salariés en déroute, nos « élites » affirment une fois de plus avoir « entendu » (**) le message du peuple, mais proclament garder le cap de la politique qu’ils entendent poursuivre vers le futur bonheur général. Tout au plus concèdent-t-ils un léger manque de pédagogie dans l’explication des réformes qu’ils mènent, ce qui implique que, de leur avis, le peuple n’est pas encore à même de comprendre le bien qu’on lui veut ! Faut-il céder devant un enfant qui pleure parce qu’il ne veut pas aller chez le dentiste se faire soigner une carie ? Non ! Il nous en sera reconnaissant plus tard !

Pour le peuple c’est pareil : il lui faut un peu souffrir et serrer les dents aujourd’hui pour s’assurer plus tard des lendemains qui chantent.

« Les lendemains qui chantent » c’est une vieille histoire : c’est l’universelle carotte agitée par tous les führers, caudillos, conducators, duce, présidente, grands timoniers et leaders, pour exhorter leurs peuples à subir encore plus de sacrifices alors qu’ils les mènent vers la destruction.

L’époque actuelle ressemblerait aux années 1930, selon certains commentateurs dont le président Macron. Il y aurait de leur avis une montée des totalitarismes et des nationalismes, corrélative à l’affaiblissement des démocraties. Sombres perspectives que seul, le renforcement d’une gouvernance d’inspiration néolibérale serait en mesure de conjurer. Curieuse interprétation de l’histoire alors que justement ce sont les dysfonctionnements de l’économie de marché qui ont suscité la montée des totalitarismes dans les années 1930 !

Si le constat de l’affaiblissement des démocraties dans le monde semble se faire de plus en plus insistant, ne serait-ce pas, ici en France, à nos « élites » de déployer toute leur énergie à restaurer et conforter le fonctionnement démocratique de nos institutions, au lieu de se considérer comme plus avisés que le peuple qu’ils sont censés représenter ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 19/11/2018

 

(*) Pourquoi n’y a-t-il pas en France de parti qui s’intitule conservateur? Serions-nous si encombrés de notre histoire révolutionnaire qu’il faudrait en brandir en tous lieux et temps la gloire passée, même lorsque les conduites de nos partis, dits « de gouvernement », témoignent des dispositions les plus réactionnaires ?
(**) à défaut de l’avoir écouté !

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1 commentaire

Cela rejoint l’idée suggérée par les poèmes de Jean cordier et du pasteur allemand;
tous deux, comme toi, visent juste!
Il est désolant de constater que ceux qui visent le mieux ont toujours autant de difficulté à
atteindre leurs cibles.

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