Cathares : premiers gilets jaunes… «alternatifs» ?

(Petites histoires de révoltes)

1/ l’Homme serait il mauvais ?   

Les gilets jaunes, dans leur diversité, ont un point commun avec les Cathares : l’injustice ressentie, traduite par un rejet des dirigeants,  jugés comme des élites trop éloignées du peuple et se sucrant au passage, grâce à des montagnes de taxes dont ils s’exonèrent eux-mêmes sans vergogne.

Le philosophe gardois  Alain Guyard, qui parle philosophie dans les prisons, dénonçait dans l’émission « Là-bas si j’y suis »  de Daniel Mermet le formatage dans toutes  les « grandes écoles » d’une pensée unique tirée des écrits de Thomas Hobbes et d’Adam Smith qui, tous deux, considèrent que l’Homme est mauvais, en proie au aux désirs générant de la violence et du rapt.

Pour Hobbes, il faut un État surpuissant, contrôlant et punissant, alors que Smith prône la main invisible du marché qui va tout réguler.  Sauf que, depuis la chute du mur de Berlin,  le libéralisme outrancier nous amène à l’explosion de la planète bleue. Les « puissants », de  moins en moins nombreux et de plus en plus riches, mènent le monde à sa ruine, au sens propre comme au sens figuré. Ces ultra riches entrepreneurs recherchent le profit maximum, immédiat, en exploitant tous les besoins mis en marché : alimentation – famine, éducation – illettrisme – analphabétisme, santé – pandémie, énergie-dérèglement climatique, autocratie et royauté – guerre et terrorisme,  démocratie de plus en plus bafouée, etc., avec des populations esclaves de consommations subies.  Comment ne pas rouler en voiture diesel vieillissante quand on habite en milieu rural à 50 km  de son lieu de travail ou des services (maternité, écoles, hôpitaux, crématorium, etc.) ?

2/ Et Pourtant l’Occitanie a contribué, par moult intellectuels et praticiens du « socios » (au sens de peuple de citoyens), à d’autres approches sociétales, curieusement négligées, oubliées ou combattues.

  • Au 12 et 13 e siècle, Les 400 troubadours (artistes hommes et femmes de toute conditions) ont commis quelques 1500 poèmes dont 400 sont mis en musique  véhiculant des valeurs d’une société laïque (a-religieuse), diversifiée, si recherchée ? aujourd’hui : fine Amor, Paratge, Convivencia,  c’est-à-dire Egalité Homme – Femme,  noblesse de cœur et Subsidiarité – et l’art et la manière du Vivre ensemble dans le respect des différences irréductibles considérées comme atouts …. Cette œuvre monumentale est enseignée aujourd’hui dans les grandes universités (Aix-Marseille, Montpelier, Toulouse, Bordeaux  mais aussi en Australie, Japon, Autriche, Allemagne, Canada ….),
  • le philosophe montpelliérain Auguste Comte (1798 – 1857), père de la sociologie, est aussi l’inventeur de la Sociocratie. Renvoyant dos à dos l’autocratie (pouvoir d’un seul) et la démocratie (le pouvoir de quelques-uns), il propose de redonner le pouvoir au peuple (socios – peuple =  vers la sociocratie), afin que les habitants de chaque territoire puissent lister les besoins et trouver des réponses en terme d’habitat, de nourriture, d’éducation,
  • Charles Gide, né à Uzès (1847 – 1932), est co-fondateur de l’École de Nîmes et du mouvement coopératif. Père de la fameuse loi de 1901 qui régit les associations, il avance l’idée de « la solidarité pour principe, les associations et la coopération pour moyens « ,
  • 1997 ! les rencontres TERRITOIRES D’AVENIR, organisées dans le département de l’Aude et réunissant plus de 2 000 acteurs de développement local de France et d’Europe et au-delà, venus dire ce qui les empêchait de réaliser leurs projets.

Comment se fait-il que ces écrits, concepts, réalisations, restent à ce point marginalisés ? Pourquoi la région Occitanie ne les met-elle pas en exergue ?

3/  Les 30 glorieuses : un leurre ?

Les chiffres de l’INSEE attestent que la France a connu une embellie économique exceptionnelle après la 2e guerre mondiale, avec une croissance qui a dépassé les 6% (plus que la Chine aujourd’hui). C’était le plein emploi pour tous, natifs ou étrangers. Le besoin de main d’œuvre était important, alors même qu’il n’existait quasiment aucune règle : je pouvais demander mon compte à mon patron boulanger un matin et me faire embaucher l’après midi chez le boucher …

3 séries de raisons expliquent cette embellie :

  • l’envie d’effacer les horreurs et privations de la 2e guerre mondiale, de tourner la page en oubliant le régime de Vichy et les collabos !
  • le besoin de reconstruire le pays dévasté : routes, ponts, voies de chemin de fer, logements, écoles, mairies, bibliothèques, théâtres, terrains de sports, relance de l’économie, de l’industrie, de l’agriculture, du commerce, de l’artisanat, mais aussi de l’enseignement, de  l’éducation populaire et de la vie associative,
  • un désir de modernité : logement avec le confort (électricité 110v puis 220v, eau courante froide et chaude sur l’évier et dans la salle de bain, sanitaire et chauffage central), les arts ménagers (!) (gazinière, frigidaire, congélateur, aspirateurs, mixers machine à laver, fer à repasser), poste de radio, puis de télévision, téléphone, et voiture.

A première vue, la France se portait bien avec une économie en surchauffe et le plein emploi garanti.

4/ Le débarquement du 6 juin 1944 ?  Une aubaine pour… les États Unis !    

Et si les « boys » américains n’étaient pas venus uniquement pour anéantir les nazis ?

Les USA peinent à se relever de la fameuse crise de 1929. Le président Roosevelt est confronté à une grave crise économique au début de la seconde guerre  mondiale avec un chômage endémique ….

En réaction à l’attaque de Pearl Harbour, les USA décident d’entrer en guerre, ce qui va provoquer un boom économique immédiat : recrutement de jeunes militaires en nombre, embauche de femmes dans les usines qui tournent à plein pour fabriquer habillement armes et munitions, véhicules, etc., etc.

Mais les USA ne vont pas venir gratuitement pour nos beaux yeux, ni par générosité et bonté d’âme : ils vont exiger des alliés une contribution à l’effort de guerre, dans un accord signé le 22 juillet 1944 à Bretton Woods… Accord encore en vigueur aujourd’hui ! Il précise que :

  • les échanges commerciaux doivent s’effectuer en dollars US,
  • le pétrole utilisé pour le commerce international ne peut être taxé (cf. les porte-containers et les avions aujourd’hui),
  • le recueil des réserves mondiales d’or des banques centrales est censé être gardé à Fort Knox / USA.

5/ Alors les 30 glorieuses ? Pas pour tout le monde… Genèse des gilets jaunes

Alors que la machine économique s’emballe en France, des citoyens réagissent pour aider les personnes restant sur le bord du chemin :

  • en 1954, le député Henri Grouès, au sortir d’une séance de nuit à l’assemblée nationale, se retrouve nez à nez avec une famille dans le plus grand dénuement, ne sachant où dormir ni quoi manger. Reprenant son nom de résistant « abbé Pierre », il  lance un vibrant appel sur les ondes de RTL et va les accueillir avec quelques amis, concrétisant ainsi « les compagnons d’Emmaüs » qu’il avait créé en 1949. Chaque personne accueillie, quel que soit son parcours de vie,  retrouve sa dignité par le travail : récupérer les objets inutilisés pour les revendre à bas prix aux plus démunis,
  • en 1956, le père Joseph Wresinski, nommé à la Courneuve, découvre, à quelques pas de sa cure, des familles qui vivent dans des « bidonvilles ». Il crée le mouvement « Aide à toute détresse », devenu aujourd’hui ATD quart-monde, qui propose de recouvrer une dignité via l’éducation et la culture,
  • en 1962, René Dumont, ingénieur agronome, publie « L’Afrique noire est mal partie », y dénonçant le pillage, par les pays riches, des ressources du continent africain, grâce à des systèmes de corruption qui prévalent encore aujourd’hui. Il se présentera à l’élection présidentielle de 1974, profitant de cette tribune médiatique pour faire avancer les idées de l’Écologie, *
  • en 1965, des coopérants en poste en Afrique noire et à Madagascar décident de rentrer en France, eu égard aux territoires oubliés de la croissance, notamment en Bretagne et dans les monts du Lyonnais. Ils appliquent des principes de démocratie participative pour que les habitants de ces territoires élaborent des diagnostics et imaginent des solutions de réponses adaptées,
  • en 1968 : mouvement mondial de contestations du métro / boulot / dodo … d’une société d’hyper consommation, des villes-dortoirs, etc. Les grèves générales obligent les dirigeants à lâcher du lest, dont une augmentation du SMIC de 35%. Suivront les lois sur la formation permanente de 1971 et l’assurance chômage de 1973 (260 000 personnes au chômage à indemniser ),
  • le 15 août 1971, en pleine torpeur estivale, le président américain Nixon décide seul, dans son bureau ovale de la Maison Blanche, d’interdire purement et simplement le change du dollar en or ! Et ce d’autant plus que les billets verts en circulation équivalent à 5 fois le stock d’or de la Banque Centrale. Depuis cette date, les billets verts qui s’échangent ne sont que de la monnaie de singe sans aucune valeur marchande. 

1968 – 1971 : période au cours de laquelle les grands patrons et financiers ont décidé de :

  • délocaliser leurs usines et ateliers de fabrication dans des pays stables politiquement et à faible coût de main d’œuvre, sans règles administratives,
  • automatiser les usines avec des machines-outils, « robots » jamais malades, ni fatigués, ni en grève : il fallait 80h pour fabriquer une voiture à la chaîne en 1970 ; aujourd’hui, la moyenne est de 13h30 et même de 7h30 à l’usine Nissan d’Angleterre !  Où sont les 45 000 ouvriers (60 000 avec les sous-traitants)  de Renault Billancourt de 1968 ?
  • de créer des holdings, composées de myriades de sociétés écran, dans l’objectif de contourner les états et les réglementations : s’enrichir de plus en plus sans payer d’impôts ! L’évasion fiscale se propage, estimée à 1 000 (mille) milliards par an pour l’Union Européenne (de 85 à 213 milliards en France selon les calculs).

 1972 : le rapport « Halte à la croissance » du  club de Rome attire l’intention sur le pillage éhonté des ressources du sous-sol de la planète, qui sont par définition en stocks finis, notamment les réserves de  pétrole ou d’uranium.

1981 : élection de François Mitterrand (président « union de la gauche ») sur l’idée de changer la vie au vu du million de chômeurs, insupportable pour la société française. La suite est connue : le chômage en France ne cessera d’augmenter (certaines ONG parlent actuellement de 15 millions de personnes vivant dans la précarité et la pauvreté).

1985 : l’artiste francais COLUCHE lance les « restos du cœur »  avec ses amis artistes, pour ceux qui n’ont plus rien. «  Aujourd’hui, on n’a plus le droit ni d’avoir faim, ni d’avoir froid ». 130 millions de repas distribués à 860 000 personnes en 2017 !

1988 : le président F Mitterrand crée le RMI (revenu minimum d’insertion) qui deviendra le RSA en 2008 (1,97 millions de personnes).

1989 : chute du mur de Berlin et fin des régimes «communistes » ; le libéralisme « no  limit »  apparaît comme le seul modèle viable ! Avec des premiers de cordées qui tirent les autres et la richesse qui se partagerait par « ruissellement ».

1992 : Traité de Maastricht qui valide la création d’une monnaie unique et qui interdit aux États membres de frapper monnaie. L’Euro n’est donc plus indexé sur  l’or, valeur refuge  des banques centrales Il n’est plus possible de dévaluer ou ré-évaluer sa monnaie : Pour se financer,  les Etats doivent  recourir aux banques de l’économie de marché.  

2002 : rapport de Patrick Viveret intitulé « Reconsidérer la richesse », démontrant que:

  • de 1974 à 2002, la productivité en France a fait un bond de 80%,
  • 98% des échanges boursiers sont purement spéculatifs et de plus en plus générés par des ordinateurs dotés d’algorithmes ultra-puissants échangeant des informations au rythme de la nano seconde,
  • qu’un écart mathématique de 28% existe entre l’offre et la demande de travail : quelques 10 millions de personnes ne peuvent donc mathématiquement pas trouver un travail. 

2008 : crise des « Subprimes« . Le monde fait mine de découvrir l’industrie de la finance avec des emprunts toxiques. Les grandes banques françaises ne sont pas les dernières à en profiter.

2018 : les gilets jaunes. Depuis 1968, la lente augmentation des taxes en tous genres a fait tomber une partie de la classe moyenne dans la pauvreté et la précarité. Au départ,  l’ annonce d’une nouvelle taxe sur le carburant met le feu aux poudres des chômeurs et des sans-droit , sans toit, (sans dents). Des travailleurs pauvres qui ne peuvent plus boucler leurs fins de mois . N’ayant rien à perdre, ils prennent d’assaut l’espace public pour dire stop, en revêtant un gilet jaune,  censé rendre visibles et protéger les automobilistes en panne !  Ce costume devient l’emblème du refus de cette société libérale outrancière, où les 1% les plus riches possèdent plus que les 99% autres. Ces regroupements inter-générationnels revendiquent d’être écoutés,  entendus, reconnus par les élites d’en haut.
La Ve république et son système électif sont rejetés.

L’histoire s’écrit sous nos yeux

(A suivre…)

Joël Raimondi  pour le Clairon de l’Atax le 22/12/2018 

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