La lie de la terre : un récit d’Arthur Koesler à lire ou relire !

Auteur Arthur Koestler, Editions calman-lévi ; collection « Mémorial de la Shoa », 304 pages.

 

De tout temps, la France a été une terre d’accueil d’étrangers. Aujourd’hui encore nombreux sont ceux qui frappent à nos portes

Mais ce ne fut pas toujours simple, voire jamais simple!

Des étrangers pour travailler dans les mines, provenant de l’Europe de l’Est, polonais, tchèques, des espagnols pour travailler dans les exploitations agricoles, et des réfugiés politiques fuyant des régimes qui en voulaient à leur peau, à leur race, et ils sont légion, de toutes origines, Europe de l’Est, Afrique noire et Afrique du Nord, Espagne, Chili. Et j’en oublie sans aucun doute.

A chaque époque ses réfugiés.

Arthur Koestler était l’un d’eux. Né dans une famille juive hongroise, de langue allemande, il partit vers la Palestine, fit la guerre d’Espagne, au cours de laquelle il fut condamné à mort, expérience qu’il contera dans « Dialogue avec la mort – Un Testament Espagnol ».
Puis il se réfugia en France, à la veille de la deuxième Guerre Mondiale. Il était toujours citoyen hongrois, citoyen d’un pays neutre, non engagé dans la guerre menée par le régime nazi. Il était aussi journaliste. Et libre de circuler en France !

Comme des milliers d’autres étrangers et de Juifs, il croyait en une France, Pays d’accueil et patrie des droits de l’homme. Il n’en fut pas moins convoqué par la police, arrêté et retenu dans des camps pour étrangers, considérés alors par les médias, par le pouvoir comme « La lie de la terre ».

Ces étrangers dont on se méfiait et qu’il fallait écarter. Des étrangers qui très souvent avaient combattu, sous d’autres cieux, pour la liberté, pour les Droits de l’Homme.

Il connut le Camp de Vernet dans l’Ariège – un camp infâme, qui avait été créé pour les réfugiés espagnols – les baraques en planches, les coups des gardiens, la saleté, le froid, la faim, les privations de toutes sortes que réservait aux étrangers, le pouvoir français qui n’était pas encore celui de Vichy. Un camp qui « accueillit » de nombreuses personnalités étrangères, dont certains d’origine allemande, des communistes, des anarchistes ou des juifs.

Koestler, étranger, juif, ayant des sympathies communistes, et parlant allemand cumulait les motifs d’incarcération !

C’est cette expérience qu’il nous conte, comme un journaliste infiltré l’aurait fait. Mais il n’était pas infiltré, il était juste l’un de ces étrangers écartés, dont on se méfiait! Sans raison en ce qui le concerne.
Malgré tout, et c’est un secret pour personne, il fut libéré, alors que l’armée allemande avançait. Non rancunier, mais au contraire désireux de combattre pour la liberté, il s’engagera dans la légion étrangère et se réfugia en Angleterre, d’où il poursuivra le combat contre les nazis…Mais c’est une autre histoire qu’il évoque également.
Il faut aussi se rappeler que si Koestler eut la chance d’être libéré, d’autres internés n’eurent pas cette chance. Certains d’eux fuyaient le régime nazi après l’accession d’Hitler au pouvoir, ils croyaient en une France Patrie des Droits de l’Homme…et ils découvrirent la France du régime de Vichy, une France qui les livra à la Gestapo qui les transporta en Allemagne vers d’autres camps plus sinistres.

Koestler témoin, Koestler journaliste… dont le regard historique est dérangeant, révoltant.

Le regard de Koestler dans « La lie de la terre » ne peut que nous interpeller au moment où la France et d’autres pays d’Europe sont confrontés à une demande d’autres réfugiés fuyant d’autres guerres, d’autres régimes.
Les conditions d’accueil ont sans aucun doute changé, mais la demande d’accueil est toujours d’actualité!

Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 19/11/2018

 

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