Narbonne capitale du nucléaire ? Un débat mené de main de maître au conseil municipal

Décidément le site de l’Usine nucléaire Orano, ex Areva, situé à Malvési au cœur de l’agglomération narbonnaise fait encore parler de lui ! Cette fois-ci il s’agit du projet d’installation d’une unité de production de dioxyde d’uranium. Ce projet a reçu, dans la plus grande discrétion, le feu vert du préfet de l’Aude. Pas de procédure d’enquête publique puisque, de l’avis du Préfet et d’Orano, cette installation ne serait pas concernée par la règlementation prescrivant une telle procédure. Ce projet, dénommé NVH a été découvert par l’association citoyenne Rubrésus, qui bénéficie d’une forte audience, au niveau local comme dans les réseaux nationaux. Cette association a alerté la population et les élus du Narbonnais, sur les dangers supplémentaires de pollution créés par cette installation, de ce fait la présentation de ses arguments devant le conseil municipal de Narbonne devenait incontournable.

                                                          Une partie du public donne de la voix pendant l’exposé de Rubresus
                                                                                Crédit photographique Le Midi Libre

C’est donc en toute logique que le maire, Didier Mouly, avec une sagesse digne du grand roi Salomon, a organisé le 20 décembre une confrontation entre les arguments développés par Rubrésus et ceux défendus par Orano en séance publique de son conseil municipal.

Le représentant de Rubresus débuta en premier son argumentation devant un public nombreux et attentif, tandis que le maire Mouly, assis dans son grand fauteuil, faisait face à son adversaire politique, le président de l’agglomération narbonnaise Bascou, assis lui dans un petit fauteuil,

Après les classiques errements de la sonorisation qui rendaient les propos de l’orateur inaudibles pour la plus grande partie de la salle et provoquaient des cris divers dans l’assistance, un réglage correct permit enfin d’entendre les propos du porte parole de Rubrésus accompagnés d’un montage vidéo. (RUBRESUS Conseil Municipal 20 decembre V4)

C’est alors que de violents beuglements s’élevèrent d’une partie du public avec pour intention et conséquence de couvrir la voix de l’orateur. Renseignements pris, il s’agissait de salariés d’Orano qui, sous prétexte de défendre leur outil de travail, tentaient d’empêcher l’argumentation d’André Bories, le représentant de Rubrésus. La situation se dégrada au point qu’une conseillère d’opposition demanda au maire Mouly pourquoi il ne faisait pas évacuer le public comme il l’avait fait lors de la contestation par TPAMP de son projet de salle multimodale. Cette demande paraissait raisonnable puisqu’avant tout l’intervention de Rubresus était destinée à informer le conseil municipal, ce qui en l’occurrence s’avérait difficile. Mais le maire, probablement passionné par la diversité des modes d’expression en présence, ne donna pas suite à cette requête et l’exposé de Rubresus continua derechef, couvert de temps en temps par des cris et des imprécations.

La démonstration de Rubresus visait à expliquer que les rejets polluants de cette nouvelle installation étaient loin d’être insignifiants et que, dans certains cas, ils augmentaient significativement ceux provoqués par l’installation TDN. De plus, Rubresus contestait certaines conclusions de l’observatoire des rejets d’Orano. L’exposé ainsi que la présentation qui lui était associée étaient clairs et didactiques : tout au plus peut-on regretter le caractère provocateur des conclusions soulignées par des logos qui présentaient Narbonne comme la capitale de l’uranium ou la viticulture affectée par l’uranium, etc. Tout cela provoqua bien entendu les vociférations des « supporters » d’Orano.

On assista alors à un grand moment théâtral : le président Bascou s’insurgea, comme s’il se sentait personnellement remis en cause, contre les remarques portées par Rubresus quand à la qualité des données fournies sur  les rejets d’Orano, en précisant que la pollution qui menaçait Narbonne et son bureau personnel, provenait essentiellement de la circulation automobile, que les émissions de Malvési étaient comparativement insignifiantes et que les rejets aqueux étaient de l’eau de pluie. Cela déclencha bien entendu, dans le camp d’Orano, une rafale d’applaudissements. Puis, se levant tel un diable jailli de sa boite, un dossier à la main, il se dirigea vers l’orateur qu’il venait de fustiger verbalement et posa sur sa table le mystérieux document que le maire Mouly s’empressa d’écarter… Étrange !?

Ce fut ensuite au tour de monsieur Stephan Jolivet, directeur du site de Malvési, de défendre le projet NVH d’Orano, sans montage vidéo cette fois. Il enchaîna les éléments de langage habituels : le projet ne constituait pas une nouveauté dans l’activité d’Orano, la sécurité du site, dont l’activité était d’ordre chimique et pas nucléaire, était si parfaitement maîtrisée qu’il n’y avait aucun risque nucléaire, comme le montraient toutes les analyses effectuées en interne et par des organismes indépendants certifiés ; la faible pollution émise par le site restait largement en dessous des normes réglementaires, lesquelles étaient définies par l’absence de tout impact sur la santé, grâce à « la forte dilution des gaz issus des processus par injection massive d’air ». Enfin, cerise sur le gâteau et argument suprême, il fit état de son expérience personnelle et rappela qu’avant Malvési, il avait été directeur de l’usine Arcelor de Fos sur Mer, laquelle émettait autant de pollution en un jour qu’en émettait Malvési en un an ! Comme il se doit pour ce genre d’exposé de facture tout à fait académique, sa conclusion ne pouvait passer à côté de l’évocation de l’impact de l’entreprise sur l’économie locale : l’entreprise faisait vivre plus de quatre cent familles, sans compter les fournisseurs et prestataires divers, etc. Bien entendu, seul un public mal intentionné aurait pu comprendre qu’il s’agissait de menaces voilées…

A la fin de cette intervention, le maire Mouly, considérant probablement  que l’équilibre entre les parties était atteint, voulut clore le débat. C’est alors que la conseillère d’opposition Sabine Flautre réussit malgré tout à faire remarquer au représentant d’Orano que l’usine de Malvési n’était pas qu’une usine chimique sans risque radioactif, puisqu’une partie de ses installations était classée INB (installation nucléaire de base). Elle proposa d’autre part de laisser la CRIIRAD, organisme indépendant effectuer des mesures de radioactivité à l’intérieur du site, proposition éludée par Monsieur Jolivet qui expliqua que de telles mesures étaient déjà effectuées régulièrement en interne par Orano, ainsi qu’en externe par des organismes certifiés.

Le débat terminé le conseil municipal reprit son cours tandis que le public, rassuré par ce grand et digne moment de démocratie, se dirigeait vers la sortie de la salle. A la porte, tel un général inspectant et remerciant ses troupes, le directeur d’Orano saluait un à un ses employés et leur serrait la main…

La rédaction du Clairon de l’Atax, 21 décembre 2018

Voir aussi l’article de l’Indépendant qui relate cette séance

 

 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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