Avis de tempête !

Photo Nice Matin

Un monde d’incompréhension entre les « gilets jaunes » et nos élites semble se perpétuer et s’étendre. La réponse du gouvernement a été édifiante à cet égard : « nous gardons le cap » ou encore « les gilets jaunes sont extrémistes, anti-écologiques »
Au départ, c’était une révolte contre l’augmentation des taxes sur l’essence dont on  s’est rendu compte qu’une petite part était affectée à la transition écologique.
Il aura fallu plusieurs semaines pour que le gouvernement réagisse en annonçant le relèvement du barème kilométrique, le doublement de la prime à la conversion des véhicules, l’extension du chèque énergie… Voyant qu’il avait loupé la cible, fébrilement, le gouvernement a retiré ses annonces, puis les a remises dans le budget de l’État. Amateurisme ou inconséquence ?
Devant ce manque de réalisme, les demandes se sont élargies, particulièrement sur des thèmes concernant la démocratie… Toujours en retard d’un épisode, il a fallu que le Président intervienne pour répondre aux demandes des mouvements des « gilets jaunes ». Lesquels ont réussi là où les mouvements citoyens, politiques, les syndicats ont échoué… Ces corps intermédiaires décrédibilisés depuis des années et encore davantage par Macron, manquent aujourd’hui terriblement ! Et voilà maintenant, le chef de l’État face à un mouvement vaste, insaisissable, divers qui le met dans l’embarras.

Il a fallu attendre un mois pour voir le Président annoncer des mesures.  

L’annonce de plus de 100 € sur le SMIC.
Une annonce fausse, ne concernant que 1,2 million de personnes sur 5 millions au SMIC… Si nous enlevons les 1,8% déjà prévus soit 20 €… il reste environ 80€ qui seront attribués dans le cadre de la prime d’activité. Une petite partie des travailleurs concernée selon chaque situation. De plus, cela ne pèsera pas sur les budgets des entreprises puisque la prime d’activité est un budget de solidarité à la charge de l’État, donc à notre charge.  

La défiscalisation des heures supplémentaires. 
Cette expérience avait déjà été tentée puis abandonnée. Ne permettant pas de partager le travail, cette mesure pesait sur la protection sociale en aggravant la situation financière de la Sécurité sociale (les droits à la retraite, les protections sociales), à terme à la charge de l’État, donc à notre charge.

Sur la CSG des pensions de retraite : pas d’imposition en dessous de 2000€ pour une personne et 3000€ pour un couple.

Visiblement, les annonces n’étaient pas à la hauteur des revendications.
Ces mesures sont chiffrées entre 10 et 12 milliards… qui seront, en fait, payées par les classes moyennes pendant que le gouvernement maintient la flax-tax, la suppression de l’ISF, le CICE… environ 50 milliards pour les plus riches et les grandes entreprise

Rien sur les retraites et les allocations non indexées, rien sur le gel du point d’indice de la fonction publique.
Pour clore le budget de l’État il se posera alors la question : comment trouver ces sommes ? Dans la logique gouvernementale ce sera moins de fonctionnaires, moins de finances publiques et sociales… et la réduction des indemnités de chômage (mesures de contrôle de plus en plus fortes) Ce qui est contradictoire avec la demande des « gilets jaunes » qui veulent plus de dépenses sociales et plus de services publics, mais parfaitement cohérent avec le dogme néolibéral macronien. C’est bien le problème de fond.

Même si les « gilets jaunes » n’en ont pas toujours conscience, il convient de rappeler constamment que depuis 30 ans, alors que la productivité a augmenté de 80 % et les salaires de 8 %, la part des revenus du travail dans le PIB a baissé dans le même temps de 10 à 12% par an tandis que les revenus du capital ont augmenté d’autant : soit plus de 200 milliards par an sur 30 ans… C’est considérable et cela explique l’enrichissement rapide des plus riches qui sont maintenant au pouvoir et la précarité des plus pauvres dont on retrouve une partie dans les « gilets jaunes ». Des marges de manœuvre existent pourtant, mais il faudrait changer de politique fiscale, économique, sociale, européenne, ce que ceux qui ont mis Macron au pouvoir ne souhaitent pas…
En 2018, la rémunération des actionnaires des entreprises du CAC 40 ont reçu 57,4 milliards d’euros de rémunération de leurs dividendes, soit 12,8% de plus qu’en 2017 et 62% de plus qu’en 2009… Dans le même temps (sic) le pouvoir d’achat a plutôt baissé pour une majorité des classes moyennes…

Sans réponse sur le partage de la richesse, le piège politique se referme !
On a pu voir, le premier samedi de janvier, une recrudescence de la participation des « gilets jaunes », face à une répression dont le caractère politique s’affirme de plus en plus. Depuis le début des manifestations, la violence se développer n’a cessé de se développer des 2 côtés : 10 à 11 morts, 2000 blessés (en grande partie des « gilets jaunes ») mais aussi 5000 gardes à vue, 4000 condamnés, 700 en comparution immédiate, 250 emprisonnés… (Chiffres début janvier 2019)
Le gouvernement semble avoir choisi la répression, la juridisation, la décrédibilisation constante du mouvement des « gilets jaunes », au risque grandissant d’affrontement entre deux parties qui se radicalisent, ce qui serait la plus mauvaise solution ! 
Sur le plan démocratique, le Président a annoncé un débat national qui devait débuter le 15 décembre, puis le 15 janvier et dont les thèmes seront indiqués préalablement aux Français. Ce qui pose beaucoup de questions : qui définit les thèmes du débat ? qui organise ? qui anime ? qui va reprendre les conclusions ou pas ? Comment les citoyens seront-ils associés aux décisions ? Si on parle, on parle… Pour rien à la fin ! Les réveils risquent d’être brutaux.
Mais pourquoi organiser un débat national alors que le Président comme le gouvernement annoncent à longueur d’antenne vouloir garder le « cap » néolibéral ?  

Le problème de fond remonte aux élections présidentielles. Le débat des partages des richesses mais aussi sur les défis nouveaux que doit affronter notre société, n’a pas eu lieu lors de cette campagne. Du fait d’un système électoral injuste, la majorité présidentielle n’a pas compris (ou pas voulu comprendre) que si elle est légale, c’est avec seulement 18 % des voix des français inscrits au 1° tour… Ce qui a conduit ensuite à une majorité totale à l’assemblée que je pense illégitime… En tous cas, en appliquant la même politique, dont on voit les résultats depuis des années, et qui est aujourd’hui rejetée par la majorité des citoyens… Et voilà comment Sarkozy s’est fait éliminer par Hollande qui, de son côté, n’a pas pu se représenter… Aujourd’hui on peut se poser la question : comment bien de temps va pouvoir tenir Macron ?
La réponse ne sera pas dans l’injustice sociale ou dans l’enfermement illusoire dans un grand débat stérile. La réponse doit-être politique… Il faut retourner aux urnes.
Alors que les revendications des « gilets jaunes » semblent reprendre une majorité de mesures demandées par la France Insoumise, c’est le Rassemblement national, selon les « horoscopes sondagiers » qui en bénéficierait le plus… Il suffit de regarder quels sont les propriétaires de ces instituts de sondage pour avoir un début de réponse !
Du côté des forces progressistes, minoritaires dans le pays, c’est la division, avec pourtant des projets qui se fondent sur des idéologies proches… De leur côté les médias prennent un certain plaisir à semer la zizanie, par un bashing continuel des uns et des autres, des jugements caricaturaux… Et beaucoup se font piéger, entraînés dans des divisions sur-jouées et mal venues (par ex : Mélenchon / Hamon, Faure). Dans ces conditions, la convergence des luttes, nécessaire pour garder un espoir de victoire lors des prochaines élections s’éloigne à grand pas.  

Si le Président décidait de dissoudre l’Assemblée nationale, il y aurait des élections législatives qui auraient de bonnes chances d’amener une majorité de droite, voire d’extrême droite à l’Assemblée.
Dans le cas contraire, Macron s’entêtera à « garder le cap ».  Dans ce cas, le risque d’un coup d’État est  probable (voir la chronique d’Oncle Jef de décembre 2018 sur l’ordo-libéralisme). C’est alors la droite et l’extrême droite, soutenues par les capitalistes qui manipuleront les médias et l’opinion dans le but d’installer un système plus autoritaire voire totalitaire lequel procèdera à l’élimination de toute contestation ou opposition. Cette hypothèse satisferait l’oligarchie et les pouvoirs financiers en place actuellement.
Dans cette situation instable, tout peut arriver… Que ce soit le Président Macron qui ait les cartes en main, ne rassure pas forcément.

            Jean François Lambert pour le Clairon de l’Atax  le 16/01/2019

 

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Publié par Jean-François Lambert

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