Le coût du carburant : de quoi est-il le symptôme ?

Selon certains commentateurs la forte et soudaine hausse des taxes sur le carburant aurait été à l’origine du mouvement des « gilets jaunes ». Les Français modestes ou pauvres, les petits commerçants et artisans, les petites entreprises auraient été confrontées à des difficultés extrêmes. La réaction des gilets jaunes, soutenus par l’opinion publique, a contraint le gouvernement à annuler cette hausse. Pourtant le prix du carburant comparé aux prix pratiqués dans des pays européens aux économies analogues à la France restait dans la moyenne de la zone euro. Alors pourquoi la réaction française a-t-elle été si forte et si particulière ?

Diverses explications ont été avancées pour expliquer l’ampleur et le caractère inattendu de cette réaction : le bond soudain de la hausse des taxes, l’argument gouvernemental douteux et non avéré du financement de la transition écologique, une hausse des taxes qui vise à rétablir le budget de l’Etat déséquilibré par les cadeaux fiscaux faits aux plus riches, etc.

Les Français ne sont pas égaux en matière de dépenses de carburant

Selon les statistiques de l’INSEE, plus les ménages sont pauvres plus leur budget carburant est élevé : ainsi les 10% des ménages les plus pauvres (*1) dépensent  2 fois plus en frais de carburant que les 10% les plus riches !

Mais la dépense en carburant des ménages ne relève pas que de son prix : elle dépend aussi des trajets qui leur sont imposés.

Ainsi les habitants des zones rurales et des périphéries urbaines sont contraints de dépenser plus en frais de carburant, (*2) car leurs trajets automobiles augmentent en raison de l’absence de transports collectifs, de la fermeture et de l’éloignement des services publics et privés (poste, santé, administrations, etc.), mais surtout en raison du coût du foncier et de l’immobilier qui rend inabordables à la plus grande partie de la population, la propriété, voire la location d’une habitation en milieu urbain (là où se trouve généralement l’emploi). Cette demande de logements à des prix compatibles avec les revenus de la majorité des Français alimente en permanence l’extension de lotissements « camelote » souvent mal conçus, mal bâtis, inadaptés à leurs occupants, qui consomment des terres agricoles « utiles » (l’équivalent d’un département tous les 7 ans) et posent des problèmes de plus en plus difficiles en matière d’aménagement du territoire (transports / déplacements, alimentation en eau, voiries & réseaux, services publics divers, tourisme…), mais aussi de vie sociale.

La France se place en tête de l’Europe en matière de consommation d’espace par habitant !

Selon Eurostat chaque Français occupe 445 m² d’espace au sol. Cet espace comporte les maisons, les routes, l’emprise des services, des réseaux, des centres commerciaux, etc. Un habitant du Royaume Uni en consomme 1,9 fois moins, un Belge 1,5 fois moins, un Italien 1,4 fois moins, un Allemand 1,3 fois moins, etc. Plus consommateurs d’espace nous roulons plus ! Serions-nous les champions de l’étalement résidentiel ?

Alors que faire ? Au moment où le « grand débat » nous invite à réfléchir sur notre futur, ne serait-il pas utile de débattre sur des questions de fond comme : quel urbanisme, quel aménagement du territoire ; quelle répartition des compétences entre communes EPCI, départements, régions, Etat ; quelles ressources, quels moyens ; etc.?

S’il faut, dans le court terme, trouver le moyen d’atténuer les effets désastreux de la taxation des produits pétrolier TICPE sur les ménages les plus pauvres, seule un politique résolue  et persévérante d’aménagement du territoire pourra rationaliser la consommation d’espaces, réduire les déplacements et contribuer à rationaliser les déplacements et ainsi réduire l’impact financier du coût des carburants dans le budget des ménages comme dans celui de l’Etat.

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 11/01/2019

 

(*) Pour les 10 % de ménages les plus pauvres (1er décile) où 45% des ménages n’ont pas d’auto, ceux qui disposent d’une voiture consomment d’autant plus de carburant

(*2) Selon l’INSEE les frais de carburant représentent en moyennes 4,8% du budget d’un ménage mais cette moyenne cache de fortes amplitudes : en région parisienne dans les zones rurale le budget moyen carburant correspond à6,6% des revenus d’un ménage contre 2,7% pour celui d’un ménage habitant dans l’agglomération…

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