Lettre à un ami : y a-t-il de vrais économistes?

En France, la croissance décroissante ? (Source Insee)

Cher ami,

Tu m’annonces l’arrivée de vrais économistes, non inféodés au système dévastateur de la finance mondialisée.
Méfions nous du mot VRAI car l économie n’est pas une science exacte, point s’en faut, mais une science « molle », qui plus encore que tous les autres systèmes de connaissance implique des allers et retours entre sa vision du réel et ses représentations du réel (mémoire accumulée qui est toujours une mémoire interprétée disent les neurosciences). L’économie tente de dire des choses temporairement vraies sur le fonctionnement de notre vivre ensemble (en trois groupes dirait Dumezil pour les sociétés indo européennes), avec l outil, la monnaie, que les hommes ont inventé pour dépasser dans l’espace et dans le temps passé / présent / futur, la logique plus complexe du don.
Mon opinion est qu’après avoir inventé des dieux uniques nécessaires à l’accumulation par l’agriculture et à la naissance des villes, homo sapiens a voulu trouver des recettes pour vivre ensemble nombreux, au delà de la famille, condition indispensable pour éliminer les trois autres catégories d’hominidés dont le dernier Neandertal ! 

Il faut reconnaître que les trois grandes religions monothéiques, en créant leurs églises et leurs dogmes, ont déclenché des guerres fratricides de religion qui ont fait des millions de morts !!!! 
Avec la démarche scientifique d observation du réel pour comprendre le permanent dans l’impermanent -soit des sortes de lois répétitives-, est née une profession nouvelle qu’on appelle les économistes !!!! J’oserais dire que, prenant acte des dérives sur le « vivre ensemble » des religions monothéistes ils ont tenté de formuler des lois plus laïques acceptables par le plus grand nombre : croyants ou non croyants. 

Ainsi, avec la trouvaille de la loi de l’offre et de la demande inspirée de la thermodynamique linéaire des fluides de la physique (Il faut savoir qu’Adam Smith écrivait toutes les semaines à Carnot inventeur de la machine à vapeur), les économistes ont cru se libérer de la religion en nommant en quelque sorte un minimum syndical pour réconcilier tout les humains sur le « vivre ensemble ». La monnaie est devenue un outil de déclic de l échange et de mesure de l’échange permettant de dépasser le troc et d’anonymiser l échange. Le premier problème est venu quand les humains ont fait de la -monnaie outil- une fin en soi, en lui donnant une qualité et une fonction qu’elle n’avait pas : celle de se reproduire elle même sans passer par la création de richesse réelle. ARISTOTE, 4 siècles avant JC, disait que ce n’était plus de l’économie soit de l’oikos nomos, mais de la chrématistique. 
Il disait alors que par cette troisième propriété de la monnaie de se reproduire elle-même, de manière à-sexuée en quelque sorte, il n’y aurait plus de limite à l accaparement du pouvoir et de la richesse !!! 

Aristote aurai-t-il inspiré les gilets jaunes ? Lui qui voyait qu’il ne pourrait pas y avoir une croissance infinie dans un monde fini !  Ce que le réchauffement climatique par déstockage du pétrole nous rappelle… 
Mais nous savons qu’avec l’effondrement de notre société thermo-productiviste, vivant désormais dans l’anthropocène, nous allons devoir repenser individuellement et collectivement le rôle que nous voulons donner à cette -monnaie crédit- devenue -monnaie dette-, spéculative, qui se fonde sur la croyance à un monde infini, comme ces très riches qui veulent se faire congeler pour se croire éternel !!! 

Tu vois qu’une lecture critique de nos croyances, aller et retour entre nos représentations et le réel est très importante en économie ! L’alternative demeure entre le retour à la pensée dogmatique fondée sur la croyance quasi-religieuse en la croissance comme seule solution au « vivre ensemble » pacifique et continuer la marchandisation  généralisée de chaque m2 de notre planète et de chaque minute de notre vie ; ou alors nommer et établir des biens communs, par, pour, et avec tous… Cette dernière option caractérise une famille de pensée en économie à laquelle je me sens appartenir.

Voilà pour apporter un mot de modestie au mot VRAI économiste.  Nous avons besoin pour dialoguer de revisiter nos représentations moins visibles, pour mieux rendre visible nos désaccords toujours féconds.

Pardon d avoir été si long et vive les dialogues sur nos différences avec ceux qui préfèrent les certitudes et les dogmes toujours vrais. Il y en a un peu mais pas beaucoup en économie.

François Plassard chercheur en incomplétude qui se méfie du monothéisme de marché pour vivre ensemble joyeusement en société 

Amitiés 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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