« Marx et la poupée » de Maryam Madjidi

Premiers mots de la 4 ème de couverture : « Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. »
Connaître l’exil de la bouche de ceux qui l’on vécu… Un exil et un roman couronné du Goncourt du premier roman ! Double tentation quand on s’intéresse à notre monde!… Non?
« Exilés », « Réfugiés »…Ces mots qu’on retrouve régulièrement dans la bouche de nombreux décideurs, et aussi dans celle de l’homme de la rue, soit parce que ce sont des mots de rejet de ces étrangers, porteurs de tous les maux de la création, soit parce que d’autres, bien moins nombreux – en tout cas bien moins vindicatifs, et qu’on entend moins dans les médias et les discours – accompagnent ces exilés afin qu’ils s’insèrent du mieux possible dans notre société.
Maryam a de vagues souvenirs de cette révolution iranienne, qui vit arriver à la tête de l’Iran les ayatollah, leur rigorisme religieux, leurs barbes, leur robes noires et surtout leurs tueurs pourchassant les opposants. 
Ses parents, communistes étaient de ceux pourchassés par ces « révolutionnaires ». Les moins chanceux des opposants étaient arrêtés, jetés en prison, torturés, pendus à des grues ou fusillés puis enterrés dans des fosses communes…les femmes étaient arrêtées, parce qu’une mèche de cheveux sortait du voile…
Aujourd’hui sur ces fosses, des immeubles modernes ont été construits.
Les parents de Maryam se réunissaient dans la clandestinité et transportaient dans les langes de leur fille, bébé, les comptes rendus des réunions de cellule…Maryam était trop petite pour s’en souvenir, on lui l’a raconté. 
Alors son père quitta l’Iran pour la France, son épouse et sa fille le rejoindront quelques années plus tard.
La gamine, appendra le français, fera des études à la Sorbonne et son métier l’amènera à travailler à l’étranger, en Chine, en Turquie, notamment, pour le compte de la France. 
Intégration réussie de Maryam, devenue auteure, pour nous conter ces années de vie en Iran, cette répression, ces crimes, la banalisation de la répression, le départ du père, l’attente angoissante du départ dans l’aéroport, dernières minutes de tous les dangers sur le sol iranien, l’arrivée et la vie à Paris dans des chambres de bonnes sans confort, l’ennui de sa mère et sa nostalgie de l’Iran, les repas français vs les repas iraniens, la lente ascension du père pour donner des conditions de vie décente à sa famille, la scolarité…bref la vie de ceux que nombreux ne veulent pas voir, parce qu’ils coûtent cher, parce qu’ils viennent manger notre pain…

, de ses parents, de l’Iran et de la France, vue par la gamine et l’adulte qu’elle est devenue. 

Et de nous aussi…!

Cette gamine dont les parents n’avaient que Marx pour dieu, abandonna là-bas ses poupées. Elle partage avec nous le souvenir de ses angoisses, de ses peines, de ses peurs passées, de ses succès, de ses joies.

Tout n’est pas dit, chronologiquement. Non… par des aller-retours littéraires entre l’Iran et la France, elle pioche aléatoirement de ci de là, quelques événements souvenirs, quelques conversations, quelques morceaux de vie, afin de nous parler d’elle

Ah que j’aimerais que tous ceux qui ont le mot « Exil » à la bouche, puissent prendre connaissance de ce texte. L’écriture est merveilleuse, certains passages notamment le poème « Il était une fois » devraient être lus par le plus grand nombre. 
Tout y est dit en quelques vers que je vous invite à feuilleter.
Alors je vais acheter ce petit livre, que j’avais trouvé sur la table de présentation d’une médiathèque, l’acheter pour le partager, pour le prêter ou pour l’offrir, et pour le relire.
A méditer :
  • « Étrange façon d’accueillir l’autre chez soi. Un contrat est passé très vite entre celui qui arrive et celui qui « accueille » ; j’accepte que tu sois chez moi mais à la condition que tu t’efforces d’être comme moi. Oublie d’où tu viens, ici, ça ne compte plus. » 
Gros, gros coup de cœur pour ce titre et cette auteure amoureuse du français…..qu’elle enseigne à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. !
Clin d’œil à ceux qui repoussent les réfugiés ! 
(Éditeur : Le Nouvel Attila – 2017 – 202 pages)
 
Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 20/01/2019
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