Pour une répartition plus juste des aides de la PAC : la Confédération paysanne de l’Aude mobilisée

La nouvelle PAC mise en place par la Commission Europénne a été voulue « plus juste, plus équitable, plus verte, plus transparente ». La France perçoit à ce titre 9,1 Mds € / an pour la période 2014/2020. Elle est le pays européen le moins touché par les restrictions budgétaires. Ces aides ont été jusqu’aujourd’hui redistribuées par l’Etat selon des arbitrages qui ne correspondent pas au vœu d’équité formulé par la Commission Européenne. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’Etat dirigé par E.Macron saura corriger le tir. Pour le moment l’objectif d’équité et de justice semble avoir du mal à être mis en pratique : est-il compatible avec une économie néo-libérale ? En tout cas la Confédération paysanne lutte pour concrétiser ces objectifs : il est apparu important au Clairon de la soutenir en diffusant ce communiqué de presse.

La rédaction du Clairon le 18/01/2019

Limoux, le 16 janvier 2019

Communiqué de presse

PAC : mettre fin au règne des inégalités !

La Cour des comptes se serait-elle plongée dans le bilan de la PAC réalisé par la Confédération paysanne ? A lire le référé* des magistrats de la rue de Cambon, publié vendredi, nous ne pouvons que saluer ce lucide bilan du caractère « inéquitable » des aides versées à la France entre 2008 et 2015.

En effet, 10 % des bénéficiaires, soit 33 000 exploitants, ont perçu moins de 128 € par hectare d’aides directes découplées (droits à paiement de base). A l’autre extrémité, 10 % des bénéficiaires ont perçu plus de 315 €/ha. La Confédération paysanne dénonce depuis très longtemps cette répartition totalement injustifiée des aides, majoritairement basée sur des paiements découplés aveugles, qui s’appuient sur des références historiques obsolètes et génératrices de rentes de situation. Ainsi, les exploitations en grandes cultures – entre 2.200 et 2.800 exploitations – ont perçu 1,75 milliard d’euros d’aides.

La Cour des comptes pointe aussi la captation d’une part importante des aides par l’amont et l’aval des filières, notamment dans l’élevage. De plus, elle relève pour ceux qui bénéficient des montants les plus importants, une corrélation entre le montant des aides directes, des investissements excessifs, notamment en machines, et un accroissement des consommations d’engrais et de pesticides !

Dans l’Aude, le podium des aides PAC a de quoi donner le vertige, surtout si on le met en parallèle avec le revenu des agriculteurs et viticulteurs de ce département :

  • En 2017, le CIVL (interprofession) a touché 772 000 €
  • Gérard Bertrand, membre du Conseil d’administration de ce même CIVL, propriétaire de 14 domaines, qui vend 25 millions de bouteilles par an, à qui le Conseil régional va vendre le domaine de Céleyran (acheté 8 millions d’euros) 2,5 millions d’euros ; a touché 563 000 €. A t il vraiment besoin d’argent public ?
  • La Coopérative d’Arzens du groupe Vinadéis a été subventionnée 501 000 €.

Le Ministère est lui aussi mis en cause pour son absence d’analyse en matière de revenus des ménages agricoles, de suivi et d’évaluation des aides directes, dont le montant est 5 à 6 fois supérieur à celui du second pilier, faisant lui l’objet d’une évaluation formaliste et pointilleuse.

Pourtant, aucune réforme de la PAC n’a su remettre en cause cette distribution des aides, de peur de recevoir les foudres de ceux qui en jouissent depuis si longtemps. Car ce bilan désastreux, c’est bien celui d’une PAC voulue et obtenue par la FNSEA, qui a fait disparaître massivement des paysan-ne-s. Une FNSEA qui s’est farouchement opposée à la revalorisation des 52 premiers hectares, que nous avons défendue. La FNSEA qui, avec les autres organisations syndicales, hormis la Confédération paysanne, a refusé de conforter le budget consacré aux MAEC (*) et aux aides à la conversion et maintien en agriculture biologique !

Qu’en sera-t-il de la prochaine PAC ? Si la Cour des comptes appelle le Ministère à s’en saisir pour « améliorer la pertinence et l’efficacité » des aides, la Confédération paysanne se bat pour une politique agricole et alimentaire commune (PAAC) qui oriente enfin l’agriculture vers des modèles résilients, efficaces et durables, qui améliorent la situation des paysan-ne-s en manque de revenu et portent la nécessaire transition écologique.

Contacts :

Mélanie Vandecasteele, co-porte parole : 06 23 81 57 56
Patrick Perles, co porte parole : 06 77 26 44 50
Lozat Olivier, communication : 06 31 34 84 59

(*) Ndlr : Les Mesures agroenvironnementales et Climatiques (MAEC) permettent d’accompagner les exploitations agricoles qui s’engagent dans le développement de pratiques combinant performance économique et performance environnementale ou dans le maintien de telles pratiques lorsqu’elles sont menacées de disparition. C’est un outil clé pour la mise en œuvre du projet agro-écologique pour la France.

Print Friendly, PDF & Email

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

Laisser un commentaire