Du coup d’État 2017 au plébiscite de 2019

Les temps sont difficiles : après la confiance, la défiance ! Le candidat Macron présenté comme l'homme providentiel, capable de redresser un pays défaillant se trouve rapidement remis en cause avec un force inusitée par ceux sur qui s'exerce le pouvoir. faut-il s'en étonner ? Il est bon de se rappeler comment Emmanuel Macron a accédé au pouvoir !

Marc Bloch disait « De l’ignorance du passé nait l’incompréhension du présent ». Pour ma part je rajouterai « et de l’avenir ».

            De plus en plus de personnes en prennent conscience : en 2017, nous avons vécu un coup d’État. Il a été fomenté dans l’entourage de F. Hollande au sein d’une sorte de clan  constitué à la base de JP Jouyet, J. Attali, A. Minc que l’on pourrait élargir à quelques personnalités politiques, tous au service de la cause néolibérale, atlantiste et européiste, allant de Cohn-Bendit à Bayrou en passant par certains caciques du PS (ceux que les communistes nommaient les « sociaux-traites »), sans oublier nos 10 milliardaires (Bouygues, Xavier Niel, Dassault, Bernard Arnault, Bolloré, Pierre Bergé, Patrick Drahi, François Pinault, Matthieu Pigasse et Lagardère). Ces derniers possèdent aujourd’hui 90% de la presse, ce qui leur permet de faire quasiment la pluie et le beau temps au service du pouvoir politique qui leur est favorable.
Autour d’eux, avec eux, s’agite un microcosme composé de hauts fonctionnaires, d’hommes politiques, d’élus (lesquels « pantouflent » entre public et privé ») et de journalistes, d’experts qui interpénètrent les structures de l’État en véritables mercenaires du néolibéralisme.

Souvenons-nous de quelques faits pour resituer le cheminement d’E. Macron.

Sous le quinquennat Sarkozy, E.Macron est membre de la commission Attali et se constitue un bon carnet d’adresses dans les milieux politiques parisiens. 
En 2012, JP. Jouyet le propose à Hollande au poste de secrétaire général adjoint de l’Élysée.
En 2014, il est nommé au poste de ministre de l’Économie où en « jeune prodige », il promeut par ses lois : le bus plutôt que le train, l’ouverture dominicale des commerces, la facilitation du travail de nuit ; il assouplit les règles de licenciement, hâte la privatisation d’aéroports régionaux et la vente de fleurons industriels. De façon évidente, et malgré sa mise à l’écart par M. Valls, il est l’inspirateur de la loi El-Khomri. Cette dernière, cumulée avec la déchéance de nationalité, provoque une fissure au sein du PS et chez les sympathisants de ce parti.

La côte du Président Hollande ne cesse de baisser alors que l’inversion tant attendue de la courbe du chômage n’arrive pas… Beaucoup commencent à douter, certains augurent de la fin politique probable de F. Hollande. Tous ont compris que la politique engagée, qualifiée de social-démocrate, puis social-libérale risquait de ne pas continuer si F. Hollande n’était pas  réélu. Une solution de remplacement s’imposait !

Il fallait trouver un homme « neuf » !

La solution fut trouvée par JP. Jouyet, qui en grand manipulateur, proposa E. Macron. Hollande dans le doute, finit par comprendre que le jeune banquier serait le candidat idéal. Il avait l’air « moderne », il semblait au-dessus des partis et instruit des méthodes dynamiques de gouvernance entrepreneuriale, réputées nécessaires au pilotage du pays… E. Macron est alors mis en scène comme philosophe (donc un sage!), diplômé de Sciences Po, de l’ÉNA, inspecteur du corps d’« élite » de l’inspection des finances. Il avait de plus fait un passage remarqué dans une banque d’affaires. Quel pedigree ! Physiquement et professionnellement, il présentait le profil du gendre, du fils ou du frère idéal ; une aubaine pour les médias de formatage qui lui forgent une image de sauveur providentiel survolant la confusion des partis politiques en déshérence.

Macron lance alors au printemps 2016 son mouvement « En Marche » (E.M. : ce sont les initiales de Emmanuel Macron, ce qui aurait du déjà alerter !). Il mobilise tous les contacts savamment constitués à chaque étape de sa carrière : pas mal pour une personne qui se proclame comme « hors système » ! Il démissionne ensuite de son ministère en août 2016 d’une façon très contrôlée et très médiatisée. C’est alors qu’il va se métamorphoser en « évangéliste politique » en tentant la trajectoire habile d’un technocrate dont l’entregent lui a permis de brûler les étapes.
En quelques mois, avec la complicité objective de la presse et des organismes de sondage, E. Macron apparaitra comme « le candidat préféré des Français ». Il aura bénéficié de 8000 articles, soit plus de 10 par jour (Nouvel Obs, l’Express, Libération, Le Monde, etc.), de centaines de reportages Télé et radios (LCI, BFM, I-télé, France télévisions, France Inter, RTL, etc.). Par un heureux « hasard », un nouveau coup de pouce lui est fourni grâce à l’« affaire » Fillon, déclenchée par un parquet diligenté par le pouvoir en place…

La voie était ouverte !

            Arrive le premier tour des élections présidentielles de 2017. E. Macron, avec un électorat « ni gauche, ni droite », donc fragile, sort en tête des candidats avec 16,49 % du nombre de français de plus de 18 ans. Vient les élections législatives inscrites dans la suite lors desquelles seulement 39,54 % des plus de 18 ans se déplacent… dont 66% (soit 26%) votent pour E. Macron Pour arriver ensuite, grâce au code électoral de la V° République, à réunir à l’Assemblée une majorité absolue de 308 députés sur 577. Le contexte et les modalités de ces élections présidentielle et législative porte déjà en lui les germes d’un naufrage démocratique, économique.

Pour le moins, cette situation aurait du rendre prudent tout homme sensé. Mais au contraire, grisé par une victoire qui semble lui confirmer la justesse de ses conceptions, E. Macron s’est pris pour « Jupiter », a voulu « bousculer la France », appliquer son programme néolibéral qui de fait n’avait jamais été approuvé par les Français.
Maladroitement, il a ignoré les partis politiques. À l’Assemblée nationale : 355 amendements ont été posés lors du débat sur la loi travail, 312 lors de l’examen du pacte immigration, 240 lors de la présentation de la réforme de l’université : zéro furent acceptés !

            Brutal E. Macron  s’est aussi rapidement mis à dos l’armée avec la démission du Général De Villiers. Puis ce fut une prise de distance avec tous les contre-pouvoirs, tous les corps intermédiaires. Les syndicats : on écoute, mais les décisions sont déjà prises. Les collectivités locales : on les ignore et l’on baisse leurs dotations. Les journalistes : on les  méprise. Qui n’a-t-on pas vu dans la rue ? Les hospitaliers, les policiers, les enseignants, les gardiens de prisons, les juges et avocats… Et bien sûr le peuple auquel il a administre une amère potion fiscale (GSG, APL, Taxes diverses, etc.) tout en avantageant ses commanditaires les plus riches (retrait de l’ISF, application de la flax-tax, CICE, etc.).

            Face à la montée des contestations de sa politique, nous avons alors découvert, à l’aune de ses réactions, un homme prétentieux, arrogant, méprisant, utilisant des formules provocantes qui sont restées dans toutes les mémoires… « Une gare, c’est un lieu où se croisent les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien »… Une violence verbale, une attitude provocante, un mépris affiché des « petits ».
Son comportement de « petit chef » (« qu’ils viennent me chercher ») ressemble à celui d’un post « adulescent » immature, déconcertant, qui peut maltraiter, réprimander selon son humeur ou son « bon vouloir », le « dominé » qui passe à proximité.
Il n’a pas l’air de réaliser qu’il n’est plus à l’ENA où des « élites » auto proclamées continuent à encenser les idées libérales de Thatcher et Reagan. De ces derniers, il appliquera les  préceptes, en reprenant la formule de Thatcher : « il n’y a pas d’autre alternative », ce qui implique que toute autre politique serait fondée sur un mirage ! La priorité sera donnée à la liberté du capital entre les mains de quelques personnes ou groupes avec pour principe un profit maximum au sein d’une « libre concurrence ». Faire des cadeaux fiscaux afin de disposer de plus de capitaux disponibles… à placer dans la financiarisation de l’économie, donc acheter de la dette française (garantie peu risquée)… Cette dette, dont 59% serait illégitime, sera brandie comme grevant le budget de la France pour culpabiliser les citoyens, les inciter aux efforts et renoncements et pour justifier le « détricotage » l’État social !

Pour certains de ses affiliés c’en était trop ! D’autres abusent de leur proximité du pouvoir.

Le comportement provocateur, autocratique et l’orientation ultra-libérale du Président expliquent les départs rapides de F. Bayrou, M. De Sarnez, T. Solère. Plus tard ont suivi F. Collomb, N. Hulot. Sans oublier nombre de conseillers et techniciens qui ont pris leurs distances.  

Puis, il y eu cette incroyable affaire Benalla qui mit à jour l’existence d’une sorte de milice présidentielle en phase avec l’entourage d’E. Macron, et au service d’intérêts particuliers. La pire des dérives était « en marche » ! Accepter qu’un Président recrute des « gros bras », les installe à l’Élysée, les utilise en force supplétive pour casser la gueule des citoyens et des « adversaires » politiques, c’est tout bonnement accepter la mise en place d’une dictature ! On peut immédiatement penser aux heures les plus sombres de notre histoire et craindre des développements dramatiques.
Benalla est-il la partie visible d’un iceberg, le membre d’une bande organisée ayant infiltré la présidence, ou encore un acteur parmi d’autres qui révèle qui se passe dans l’œil du cyclone élyséen ? Cette dernière hypothèse laisserait à penser que l’affaire Benalla serait en fait une affaire Macron. Si les « cogneurs » doivent être sanctionnés qu’en est-il de celui qui les emploie, c’est-à-dire le président ? Le « Jupiter » tout puissant aurait-il décidé de faire rentrer par la force dans la tête de ses opposants sa « pensée complexe » ?

Dans cette affaire Benalla-Macron, il semble que nous ne sommes pas au bout des révélations… (Cf. : les révélations de Médiapart)

Tout cette dérive du pouvoir est gravissime.

Ce qui se passe actuellement est la négation même de la démocratie.
Par sa conduite et ses actes Macron semble « en marche » vers l’établissement d’un régime quasi dictatorial. (Voir chronique  d’oncle Jef : « avis de tempête du mois de janvier)  
Mais voici qu’une opposition improbable mais résolue s’est levée. Avec le mouvement des « gilets jaunes », le régime a montré sa fragilité. Ils ont réussi là où les mouvements citoyens, politiques, les syndicats avaient jusqu’alors échoué. Réussite en ce qu’ils démontrent la possibilité et l’efficacité d’une opposition au pouvoir autocratique, même si les concessions faites par le Président ne répondent pas à la question fondamentale du partage de la richesse et encore moins aux demandes qui se sont élargies, particulièrement celles relatives à plus de démocratie dans le fonctionnement de nos institutions.

Dans un premier temps, face à ce mouvement des « gilets jaunes », le gouvernement semble avoir choisi la répression, la juridisation, la décrédibilisation constante de ses opposants au risque d’affrontement durs avec eux. On connaît maintenant le nombre de victimes, de blessés,  d’opposants en garde à vue ou jugés en comparution immédiates, les emprisonnés, qui viennent saturer les tribunaux et les prisons déjà engorgés.

À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes !

MACRON serait-il un produit déjà périmé ! ?

            Pour sortir de ce piège politique, E. Macron a lancé un « grand débat » : en fait une opération de communication dans laquelle il essaie de se refaire… On ne peut qu’être étonné des conditions d’organisation de cette consultation de grande envergure qui, en raison de son pilotage par l’Elysée, ressemble plus à une campagne électorale du Président et de son parti. Une campagne avec un seul candidat, un seul parti ! Curieux ? Au point que Chantal Jouhanno, Présidente de la Commission Nationale du Débat Public, s’est désistée de l’organisation de ce débat en raison des pressions et de sa manipulation par l’Elysée qui ôtaient toute garantie d’une objectivité des conclusions ?
Comme à son habitude, Macron n’a pas écouté les objections formulées par C. Jouhanno ainsi que par les représentants des contre-pouvoirs. Ce débat est maintenant totalement sous contrôle de la présidence de la République : choix des questions, des réunions organisées par les députés LREM, des garants choisis par le pouvoir… Et dans ce contexte E. Macron redevient le « télé-évangéliste » qu’il était lors de sa campagne électorale, avec à nouveau le soutien des médias et des organismes de sondage chargés de formater l’opinion.

            En posant des questions auxquelles il ne sera difficile de ne pas répondre « OUI », ce débat, soigneusement encadré par le pouvoir en place, vise à endormir et / ou diviser l’opinion, à affaiblir sa contestation, tout en essayant de se redonner à E. Macron une légitimité de façade pour pouvoir continuer à gouverner en « gardant le cap » selon l’expression si chère au Président ! Tout cela va durer jusqu’au 15 mars, soit 2 mois avant les élections européennes, lesquelles, présentées comme un débat de société important, vont peut-être être noyées, si le projet gouvernemental de  les adosser à un référendum à questions multiples etait retenu ! 

La confusion règne.   

Si son tour de passe-passe réussit, E. Macron pourra ensuite faire le tri et choisir les options politiques qui l’arrangent. Mais sans réponses satisfaisantes, les mouvements des « gilets jaunes » s’agglomèreront avec d’autres mouvements sociaux rendant alors la situation politique du Président délicate voire intenable, au risque qu’il tente de s’en sortir en s’engageant dans une dérive autoritaire de type dictatorial. Ou alors le piège politique peut se refermer sur lui et tout ce mécontentement cette insatisfaction se transformer en plébiscite défavorable. E. Macron qui est de moins en moins le Président de la République dans les faits, comme dans beaucoup d’esprits et de cœurs, risquerait d’être achevé politiquement par un tel plébiscite …
Normalement, si ce scénario se réalisait, il devrait partir. Mais Macron n’est pas De Gaulle ! Et là, tout est possible !

  Oncle JEF pour le Clairon de l’Atax le 11/02/2019

 

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