Du « pognon de dingues » au capitalocide !

Le discours du nécessaire sacrifice pour réduire la dette et provoquer le retour d'une croissance qui ruisselle de haut en bas sur l'ensemble de la société n'est pas nouveau. A quoi joue l'Etat-Macron qui le propage et le serine à satiété et de quoi cet état est-il le faux nez ? Il est bon de rappeler quelques vérités chiffrées...

David Rockfeller (Photo : le Cercle des Libéraux)

 « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire.»                                David Rockfeller au magazine Newsweek, 1er février 1999

           

Ainsi, le pays serait endetté, nous payerions trop d’impôts et de « charges » ! Les  protections sociales, comme le bien commun, coûteraient « un pognon de dingues ». En conséquence, notre budget national serait « déséquilibré », ce qui justifierait des plans d’austérité… lesquels nous étouffent et nous endettent pour le bonheur des banquiers mais pour notre malheur. Au point qu’actuellement le service de la dette approcherait le budget de l’Éducation nationale !
À longueur d’antennes, de journaux, on essaye de nous culpabiliser, nous subissons une intox quasi quotidienne… Nous serions trop dépensiers et il n’y aurait pas d’autres politiques possibles que de réduire… réduire… réduire les dépenses publiques, et « détricoter » cet État social si prodigue !

Pourtant des marges de manœuvre existent. Pour voir cela il suffit d’analyser notre PIB (Produit Intérieur Brut), qui est constitué de la somme des plus-values réalisées par les revenus du travail et du capital (ndlr : lui-même issu du travail !), sans prendre en compte la valeur estimée des actifs et passifs (le patrimoine) publics et privés.
Depuis des dizaines d’années, la production augmentant, nous nous sommes polarisés sur un chiffre magique attendu tous les mois, au point de devenir la boussole de notre société : le taux de croissance ! Tellement aveuglés que nous avons cru qu’il conditionnerait tous nos problèmes économiques et sociaux, comme l’emploi, le pouvoir d’achat, etc. Nous pensions que sa progression favoriserait immanquablement la consommation, la santé et le bonheur… Faire de la progression du taux de croissance la grande ambition qui caractériserait nos sociétés matériellement développées, mais philosophiquement et éthiquement sous-développées. On reste médusés devant cette incroyable et tautologique réduction : la croissance, c’est le progrès et le progrès, c’est la croissance !

Pourtant nous continuons à croire en la croissance, quel qu’en soit le prix : c’est-à-dire produire d’une façon débridée, tout, n’importe quoi, n’importe où, avec les seuls critères de rentabilité maximale et immédiate. Pour favoriser cela  il s’agit de créer de plus en plus de besoins afin de soutenir et développer une addiction consumériste. Peu importe si cette addiction génère des insatisfactions, des frustrations, pendant que la pauvreté, l’exclusion et la précarité explosent… alors que nous vivons sous la contrainte environnementale, alors qu’il devient de plus en plus difficile d’argumenter que notre production doit croître indéfiniment dans un monde fini.
L’impasse où nous sommes se manifeste de plus en plus : pour en sortir, il faudra vite et bien inventer autre chose, changer de type de développement. Nous sommes maintenant nombreux à comprendre que ce système « nous envoie dans le mur » et à nous poser des questions :

–   Comment continuer sur cette voie de la croissance indéfinie dans un monde fini, défini, limité ?
–   Comment maîtriser ce système productiviste entraînant des dégâts environnementaux comme du mal-être social, dans le  travail et la société ?
–    Ne nous sommes pas trompés d’objectifs ?

Souvenons-nous aussi que le mode de calcul du PIB comporte des perversions redoutables. Car de cette croissance frénétique de la production résulte ce que les économistes appellent les externalités négatives, comme les  accidents de la route, la consommation d’alcool et de tabac, la vente des anxiolytiques et autres antidépresseurs, etc. ou encore les équipements de guerre, qui créent à leur tour des plus values, toutes additionnées dans le PIB.

Le philosophe P. Viveret pense à ce sujet que nous disposons de thermomètres qui nous rendent malades ! Et bien changeons de thermomètres ! Instituons des thermomètres, des indices qui prennent en compte d’autres valeurs que purement financières et comptables, telles que le bien-être et la santé, la cohésion et l’utilité sociale, la qualité du logement, de l’éducation, l’égalité homme/femme, un revenu décent, la sécurité, le respect de l’environnement, etc. De tels indicateurs, dits de développement humain et de progrès social, orienteraient notre développement vers les « vraies » demandes de notre société qui fondamentalement représentent la possibilité d’une autre croissance, fondée sur l’humain, l’environnement, sur l’utilité sociale  et qui, en plus, faciliterait l’équilibre des comptes sociaux. 

Utopie ? C’est pourtant ce que propose l’IDH (indice de développement humain du PNUD programme de développement des Nations-Unies) qui prend en considération des indices sociaux et environnementaux. Les études du PNUD démontrent, chiffres à l’appui, que la croissance à tout va de la consommation, souvent ostentatoire, soumet non seulement à rude épreuve l’environnement de la planète, les écosystèmes, mais aussi aggravent l’exclusion, la pauvreté et les inégalités.
Certes la prise en considération de cet indice ne réglerait pas l’ensemble des problèmes mais elle permettrait à nos concitoyens de relativiser les « sermons » péremptoires diffusés par nos « experts économistes » néolibéraux, et autres éditocrates « neutres et autoproclamés », omniprésents dans les médias. Ils Ceux-ci diffusent leurs mantras, appellent constamment à la reprise afin de retrouver la fameuse croissance, comme ailleurs on tambourine, on prie, pour appeler la pluie. Qui n’a pas entendu au moins une fois : « le PIB français doit progresser de 1,5 à 2% par an pour réduire le chômage » ? Alors que la simple observation des faits montre que depuis près de 40 ans,  la richesse globale de la France, de cette société qu’ils proclament « en crise », s’est accrue de 70% (production de biens), mais que le nombre de chômeurs a été multiplié par 7 (700%). Non la croissance n’a pas réduit le chômage ! Par contre La masse salariale a subi le recul relatif de l’activité industrielle, mise à mal par les concurrences déloyales, les délocalisations, la vente au privé des entreprises publiques, tout cela provoquant la masse de chômeurs et d’exclus que nous connaissons aujourd’hui en France…
C’est la faute à qui ?  Aux « politiques » qui ont démissionné ? A l’État qui s’est endetté ! Si crise il y a, il ne s’agit pas d’une crise de la production, mais bien d’une crise de la redistribution des richesses produites par le travail de tous… Ce qu’explique très bien l’évolution de la ventilation entre les revenus du travail et ceux du travail dans le PIB.

En 1983, date du virage vers le social libéralisme, dans la composition du  PIB, les revenus du capital (dividendes, plus-values) représentaient 30% du PIB tandis que les revenus du travail (salaires, cotisations, y compris retraites) en représentaient 70%. Depuis lors toutes les « réformes » libérales, puis néolibérales n’ont eu pour but que de faire baisser la part des revenus du travail afin d’augmenter les revenus du capital…
Un rapport sur l’emploi publié, en 2012, par la Commission Européenne, (des gauchistes ceux là !) démontre que la part des revenus du travail, directs ou indirects, dans la richesse nationale est passée de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008, soit  – 12% ! Je ne pense pas que depuis les choses se soient améliorées !

Restons sur les grandes masses.

Aujourd’hui nous produisons, en France, 2300 milliards d’euros par an, dont :

– 1380 milliards (disons 60%) qui nous reviennent sous forme de salaire direct (750 milliards  = 32,5%) et sous forme de cotisations sociales (630 milliards : 27,5%) ;
– 920 milliards auxquels il convient d’enlever un peu plus de 100 milliards pour les travailleurs indépendants certifiés (justice, santé, architectes). Par ailleurs fortement attaqués par le néolibéralisme (mais il y a des faux indépendants : sous traitants, auto-entrepreneurs, les chaînes de distribution).

Donc restent environ 800 milliards qui vont aux revenus du capital, par ailleurs produit par nous car seul le travail produit de la valeur… Sommes qui après nous avoir été dérobées, nous sont ensuite prêtées sous forme de crédits, avec intérêts.
– 460 milliards sont investis dans les constructions et l’industrie, dont la construction des maisons /  logements qui ne sont pas un outil de production, sauf le temps de la construction.
– Restent 340 milliards non investis et dont les entreprises ne voient pas beaucoup la couleur. Ces sommes disponibles vont se déverser sur le marché secondaire où se revendent des actions existantes qui ne rapportent rien à l’entreprise… L’émission de nouvelles actions s’élève par an à 10 milliards alors que le volume global des transactions est de 3300 milliards : c’est de la spéculation pure ! Les actions gonflent sans qu’aucun investissement réel ne soit fait, sans que rien de supplémentaire ne se soit produit, au moment même où la production industrielle stagnerait. Ainsi la bourse ne finance pas les entreprises… mais c’est l’entreprise qui verse aux actionnaires… En fait, c’est la finance qui joue contre les entreprises.
Ironie de l’histoire. Le CAC 40 composé de 2/3 de capitaux flottants (Fonds de pension, assurances, etc.) a été créé en 1988 par un ouvrier (Pierre Bérégovoy) avec un indice de base de 1000. Aujourd’hui l’indice est de plus de 5100, soit multiplié par plus de 5 en 30 ans.
Le résultat net de toutes les entreprises du CAC 40, de 2008 à 2016, s’élèvent à près de 700 milliards d’euros. Les dividendes distribués à plus de 400 milliards d’euros, soit 58 % redistribués… Tous ces capitaux vont rejoindre, souvent par le canal des paradis fiscaux, les 97 % des capitaux existants sur cette Terre qui sont investis dans finance spéculative mondiale, qui achètent de la dette française (garantie !), dont les intérêts creusent le budget national de 40 milliards ! Une bonne façon de créer une situation de chantage qui influe, voire oriente les politiques des États…

Tout cela commence à faire beaucoup !

Imaginez ! Si une partie de ces sommes revenait dans le budget de l’État pour répondre à nos besoins sociaux : la sécurité sociale, l’hôpital, l’éducation, la justice et bien sûr la création d’emplois d’utilité sociale qui permettraient d’améliorer la cohésion sociale et plus généralement l’ambiance dans notre société.
Quand des néolibéraux, comme notre Président, nous racontent que nous n’avons pas de marges de manœuvre, ils se foutent de nous. Ils nous enfument lorsqu’ils nous expliquent qu’il faut supprimer l’ISF pour financer par le ruissellement l’emploi et la croissance. Le vrai projet d’E. Macron et du gouvernement est de sécuriser la « richesse des riches » : il n’a pas compris ou ne veut pas comprendre qu’être milliardaire, c’est s’enrichir sur le dos des autres.

Mais ça ne suffit pas au grand capital. La pression sur les revenus du travail s’accentue… avec l’augmentation des taxes sur les produits pétroliers, la TVA (proportionnellement plus lourde pour les plus humbles), la CSG (des cotisations sociales transformées en taxes). Tout cela qui pèsent sur les plus humbles pendant qu’une minorité de très riches s’approprie des profits maximums, ce qui a fini par provoquer le mouvement des « gilets jaunes »  

De plus en plus fort : au 1er janvier 2018, est entrée en vigueur la « flat Tax » ou Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) dont le principe est le suivant : appliquer un taux unique à tous les revenus du capital (dividendes, plus-values) ! Ce nouveau système d’imposition a pour effet de réduire les impôts des plus riches. Il s’agit de taxer les revenus du capital que sont les plus-values de cessions mobilières, les intérêts, les dividendes, obligations, et l’assurance-vie au taux unique de 30%, soit un empilement de deux taux distincts :

  • 17,2% au titre des prélèvements sociaux qui sont, par comparaison, de 46 % sur les revenus du travail 
  • 12,8% au titre de l’impôt sur le revenu dont la première tranche est à 14%

Imaginons la même taxation sur les revenus du capital que ceux du travail… Pourquoi cette différence de prélèvements entre revenus du travail et revenus du capital ? Vraisemblablement pour gratter quelques dizaines de milliards à au profit des plus riches.  

En 2019, le CICE a doublé (40 milliards), soit 560 000 € par emploi alors que le coût de l’emploi dans les territoires sans chômage est évalué à 18 000 € !
La transformation de l’ISF, prévue initialement pour 2019 mais votée pour 2018, nous coûte 3,8 milliards d’euros avec l’argument de financer la croissance et l’emploi par le ruissellement : une autre foutaise !  
Actuellement l’évasion fiscale se situe entre 80 et 100 milliards, pendant que sont  supprimés 2500 postes de contrôleurs fiscaux  et que l’optimisation fiscale, pour ne pas parler de fraude fiscale, profite …aux paradis fiscaux ! Cette fraude fiscale est à mettre en face du déficit du budget national de 67 milliards qui alimentent la dette nationale (laquelle apparaît de plus en plus illégitime). Plutôt que judiciariser les syndicalistes, militants et opposants les plus divers, quand allons-nous judiciariser les évadés et tricheurs fiscaux

Hugo disait « l’enfer des pauvres fait le paradis des riches »

En 2018, les actionnaires des entreprises du CAC 40 ont reçu 57,4 milliards d’euros de rémunération de leurs dividendes, soit 12,8% de plus qu’en 2017 et 62% de plus qu’en 2009.
« En même temps » (sic) le pouvoir d’achat a plutôt baissé pour une majorité des classes moyennes et les riches sont devenus de plus en plus riches. En 2016, les 8 multimilliardaires les plus riches possèdent un patrimoine équivalent, en valeur monétaire, aux avoirs détenus par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3,5 milliards d’êtres humains. Dans le classement FORBES, la fortune des 20 des personnes plus riches de la planète s’élève à près de 1000 milliards d’euros. On y retrouve deux français : Bernard Arnaud avec 41,5 Mds et Liliane Bettencourt avec 39,5 Mds. Quand on sait que le budget de l’État français se situe aux environs de 368 milliards d’euros…

Alors qui coûte un pognon de dingues ? Cela commence à faire beaucoup ! Certes je ne suis pas économiste et il faudrait affiner toutes ces données, afin de  confirmer que des marges de manœuvre existent. Auquel cas nous devrons de toute urgence nous réapproprier ces sommes dilapidées et les affecter d’urgence à plus de justice sociale et à l’investissement dans la transition écologique afin de répondre aux risques d’effondrements (collapses) qui nous menacent.   

En 2008, s’est produit un premier collapse bancaire qui a failli nous mettre tous sur la paille… On aurait alors pu en finir avec le système financier. Mais non, nous avons laissé faire une création monétaire insensée pour renflouer les actionnaires. Et c’est ainsi que la banque centrale européenne, qui n’a jamais d’argent pour le peuple, a aligné les milliards pour les actionnaires des banques (1000 milliards !), qui sont passés vraisemblablement dans la spéculation. 
À quand le prochain collapse ? Sera-t-il encore d’ordre financier ou en plus  écologique ou pire ?

D’injuste, le système financier néolibéral est  passé à mortifère. La recherche éperdue du profit entraîne la perte de l’humain. On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas…
Qui est coupable ? Les pauvres gens qui polluent ? L’humanité dans son ensemble ?

Non, le coupable c’est le capitalisme que l’on pourrait nommer le « capitalocide » puisqu’il procède à un crime par l’élimination physique intentionnelle, systématique et programmée, totale ou partielle d’un groupe humain en raison de son appartenance à la classe des pauvres, de plus en plus réputée inutile ! Des exterminations planifiées par des États soumis à une oligarchie capitaliste, indifférentes à l’âge ou au sexe de ses victimes et qui emploient pour ce faire des moyens collectifs, directs ou indirects : tout ceci ressemble furieusement à la définition d’un génocide.

            Il faudra bien un jour faire le procès de tout cela !

            Oncle JEF pour le Clairon de l’Atax le 10/03/2019

 

 

 

 

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